Babybel abandonne discrètement son format historique après 70 ans d’existence

Le groupe Bel a discrètement cessé la production du Babybel Format Maxi après 70 ans d’existence, privilégiant désormais les mini portions. Cette transformation stratégique s’accompagne d’investissements de 60 millions d’euros et d’une transition vers des emballages recyclables.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 29 avril 2026 5h30
Babybel Maxi Arret Fromage
Babybel abandonne discrètement son format historique après 70 ans d’existence - © Economie Matin
60 millions d'eurosLe groupe Bel a injecté 60 millions d'euros dans l'usine de Sablé-sur-Sarthe pour ériger une nouvelle ligne de production.

La fin d'une époque pour le fromage historique de Bel

Le groupe Bel vient d'enterrer discrètement l'un de ses produits phares. Après sept décennies de loyaux services, le Babybel Format Maxi, pionnier de la gamme fromagère iconique française, a définitivement cessé sa production fin 2025, révèle le média Actu.fr. Sans communication officielle ni tambour ni trompette, le géant laitier clôt ainsi un chapitre fondateur de son histoire industrielle.

Cette mutation s'inscrit dans une logique économique implacable où les nouvelles habitudes de consommation redessinent impitoyablement les orientations stratégiques. L'interdépendance croissante entre les préférences des consommateurs et les choix des groupes agroalimentaires cristallise parfaitement les transformations profondes du marché alimentaire contemporain.

Le Babybel Format Maxi incarnait pourtant l'ADN même de la marque. Lancé en 1952 après une genèse remontant aux années 1930, ce fromage rond de 200 grammes, paré de sa mythique cire rouge, constituait le précurseur de toute la gamme. Paradoxalement, il demeurait également l'option la plus accessible financièrement, au regard du prix au kilogramme.

Selon les déclarations du groupe transmises vendredi 24 avril 2026, la production s'est éteinte aux derniers jours de 2025. Cette cessation feutrée, orchestrée sans préavis public, trahit une approche prudente de l'entreprise, bien que Babybel récuse toute volonté délibérée de dissimulation. Une stratégie de communication minimaliste qui souligne la sensibilité du sujet.

Une stratégie centrée sur les mini portions

Le groupe Bel justifie cette réorientation par l'évolution inexorable des usages contemporains. Les mini Babybel s'imposent désormais comme « largement plébiscités par les consommateurs pour leur praticité et leur dimension ludique », selon les termes de l'entreprise. Ces portions individuelles épousent davantage les pratiques alimentaires modernes, privilégiant nomadisme et facilité de conservation.

Cette métamorphose s'accompagne d'investissements colossaux dans l'appareil productif. L'entreprise a injecté 60 millions d'euros dans l'usine de Sablé-sur-Sarthe pour ériger une nouvelle ligne de production capable de générer plus de 10 000 tonnes de Babybel en format portion. Cette infrastructure, dont le démarrage est programmé pour juin 2026, devrait créer 50 emplois en contrat à durée indéterminée.

Des volumes de production considérables

Les chiffres de production révèlent l'ampleur industrielle vertigineuse du phénomène Babybel. Quotidiennement, cinq millions d'unités sortent des chaînes françaises, tandis que plus de deux milliards de portions s'écoulent annuellement à l'échelle planétaire. Cette production pharaonique s'orchestre depuis cinq sites industriels mondiaux, notamment ceux d'Évron en Mayenne et de Sablé-sur-Sarthe.

Joël Gélin, directeur de l'usine Bel de Sablé, confiait en juin 2025 que « l'intégralité des capacités de production fonctionne à plein régime sur tous les sites. Et cela demeure insuffisant pour satisfaire la demande ». Cette tension productive chronique éclaire en partie la concentration stratégique sur le format le plus sollicité.

Babybel engage en parallèle une transition environnementale

Concomitamment à cette évolution de gamme, Babybel orchestre une mutation écologique d'envergure. En novembre 2025, Bel avait annoncé la suppression progressive du cellophane enveloppant ses fromages. D'ici 2027, l'ensemble des Babybel commercialisés dans cinquante pays arborera un emballage en papier recyclable.

Cette transformation concerne exclusivement l'emballage extérieur. La coque rouge en cire, véritable signature de la marque, demeure intangible pour préserver l'intégrité microbiologique du produit. Comme l'explicite Delphine Chatelin, vice-présidente Recherche et Innovation du groupe Bel : « Il ne s'agit nullement de substituer simplement un matériau à un autre, mais de repenser intégralement le système de protection ».

Cette double transformation révèle les défis contemporains auxquels l'industrie agroalimentaire fait face. L'impératif d'adapter perpétuellement l'offre aux évolutions sociétales impose des arbitrages parfois douloureux, y compris pour des produits chargés d'histoire. Cette réalité économique fait écho aux récentes polémiques autour des produits laitiers pour enfants, où les industriels doivent composer avec des exigences nutritionnelles et environnementales croissantes.

Le déploiement mondial du nouvel emballage, déjà initié outre-Manche et programmé aux États-Unis, au Canada ainsi qu'en Europe du Nord dès 2026, témoigne de la dimension planétaire de ces mutations. Cette standardisation progressive répond aux pressions croissantes des consommateurs concernant l'empreinte environnementale des emballages alimentaires.

Pour les amateurs du format historique, cette évolution sonne définitivement le glas d'une époque révolue. Le Babybel originel, témoin de sept décennies d'excellence fromagère française, s'efface devant les impératifs de la modernité. Une métamorphose certes regrettable pour les nostalgiques, mais inéluctable dans un marché en perpétuelle recomposition.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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