Il publie un manifeste. Il laisse planer le doute sur une candidature. Mais l'ancien ministre qui a présidé aux pires années budgétaires de la Ve République peut-il vraiment incarner le renouveau économique de la France ? La question mérite d'être posée, franchement.
600 milliards €
C'est le montant des déficits cumulés accumulés sous les cinq années de ministre de l'Économie de Bruno Le Maire, entre 2017 et 2024.
Le retour du pompier pyromane
Bruno Le Maire publie un manifeste. La France libérale, réformée, compétitive — il en rêve, il l'écrit, il la théorise. Fort bien. Mais on ne peut pas ne pas rappeler quelques faits gênants avant de le couronner en sauveur de l'économie française.
Pendant sept ans au ministère de l'Économie, la dette publique est passée de 2 200 à 3 100 milliards d'euros. Les dépenses publiques ont atteint des sommets historiques, flirtant avec 58 % du PIB — du jamais vu, même en temps de crise structurelle. Le déficit a été laissé filer à 5,5 % en 2023, puis à plus de 6 % en 2024. Ces chiffres ne sont pas des accidents de parcours. Ils sont le résultat de choix politiques assumés : quoi qu'il en coûte, boucliers tarifaires, aides à tout et à tous.
Que Bruno Le Maire publie aujourd'hui un programme de rigueur et de réforme, c'est son droit le plus absolu. Mais le lecteur qui a bonne mémoire est en droit de sourire — jaune.
Ce que le manifeste devrait dire — et ne dira probablement pas
Imaginez un instant un manifeste économique vraiment courageux pour 2027. Il commencerait par un mea culpa chiffré. Il proposerait une réduction nette des dépenses publiques de cinq points de PIB sur dix ans, soit environ 130 milliards d'euros d'économies réelles — pas de "maîtrise de la dépense", pas de "trajectoire de convergence", mais des coupes identifiées, poste par poste.
Il alignerait enfin les régimes de retraite du public sur le privé. Il réduirait le nombre de fonctionnaires par le non-remplacement d'un départ sur deux — une mesure timide, déjà promise et jamais tenue. Il supprimerait un tiers du mille-feuille territorial, ces 101 départements, 13 régions et 34 000 communes qui se chevauchent, se doublonnent, et coûtent au contribuable sans que personne ne sache vraiment qui fait quoi.
La Suède a fait ce travail dans les années 1990 : en dix ans, elle a réduit ses dépenses publiques de plus de dix points de PIB. Résultat ? Une économie parmi les plus compétitives d'Europe, une dette maîtrisée, un État efficace. La France connaît cet exemple. Elle choisit, élection après élection, de l'ignorer.
La présidentielle ne se gagnera pas avec des manifestes
Force est de constater que la France entre en campagne présidentielle comme elle entre en salle de sport en janvier : avec de grandes intentions et peu de chances de tenir sur la durée. Les manifestes fleurissent, les diagnostics se ressemblent, et les remèdes restent soigneusement vagues.
Ce qu'attendent les chefs d'entreprise, les cadres, les indépendants qui portent l'économie productive de ce pays, ce ne sont pas des déclarations d'intentions. Ce sont des engagements précis, datés, chiffrés, et surtout — nouveauté absolue en politique française — tenus.
Bruno Le Maire veut incarner "une autre France". Soit. Qu'il commence par expliquer précisément en quoi la sienne sera différente de celle qu'il a co-construite pendant sept ans. Les Français ont la mémoire courte. Les marchés financiers, eux, ont les chiffres.
