À neuf mois de la fin du quinquennat, le gouvernement s'apprête à déposer son projet de budget pour 2027. Un budget de campagne électorale, dans un pays qui croule sous 3 460 milliards d'euros de dette. On a déjà donné. Et on a vu ce que ça donne.
3 460 Mds€
La dette publique française actuelle — soit plus de 130 000 euros par foyer fiscal.
Le budget comme décor de campagne
Le calendrier ne trompe pas. Selon les textes, le gouvernement a jusqu'au 6 octobre pour déposer son projet de loi de finances. À neuf mois d'une présidentielle, chacun sait ce que cela signifie : les arbitrages budgétaires ne seront pas dictés par la réalité des comptes, mais par les sondages. C'est une tradition bien française, et l'une des plus ruineuses qui soit.
Imaginez un instant un chef d'entreprise qui, à quelques mois de quitter ses fonctions, déciderait de signer des chèques sans provision pour soigner son image de sortie. Il serait poursuivi pour faute de gestion. En politique française, cela s'appelle une "rentrée". Les annonces se succèdent, les engagements s'accumulent, et personne ne pose jamais la vraie question : qui paie ?
La France dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques. Aucun autre pays développé ne fait pire. L'Allemagne tourne autour de 48 %. La Suède, souvent citée comme modèle social, plafonne à 50 %. Même le Danemark, champion des services publics, reste sous la barre des 54 %. La France n'est pas généreuse — elle est simplement inconsciente de ce qu'elle dépense et incapable de mesurer ce qu'elle en obtient.
Le déni comme méthode de gouvernement
Force est de constater que la France a développé un art consommé du déni budgétaire. Chaque rentrée produit son lot de "bilans à défendre" et de "réformes engagées", pendant que le déficit, lui, s'ancre dans les habitudes. Le déficit structurel français n'est plus une anomalie conjoncturelle : c'est une politique assumée.
Vous saviez que la France n'a pas voté un budget en équilibre depuis... 1974 ? Plus de cinquante ans de déficits ininterrompus. Cinquante ans de promesses non financées. Cinquante ans de dettes léguées aux générations suivantes avec, à chaque fois, la certitude que "demain, on réformera". Demain n'arrive jamais.
Les 5,7 millions de fonctionnaires — effectifs stables depuis dix ans malgré toutes les annonces — représentent à eux seuls 13 % de la masse salariale nationale. Ce n'est pas un service rendu aux citoyens : c'est une rente figée dans le marbre d'un statut que personne n'ose toucher. En Suède, une réforme profonde de la fonction publique dans les années 1990 a permis de réduire les dépenses de 6 points de PIB en moins d'une décennie, sans détruire le modèle social. La France regarde ces exemples comme on observe des curiosités exotiques.
Ce que devrait être un vrai budget de sortie
Un budget courageux — le dernier mot est intentionnel — ne serait pas celui qui promet le plus, mais celui qui tranche enfin. Réduction réelle des effectifs par non-remplacement ciblé. Fusion des strates territoriales redondantes. Évaluation systématique de toute dépense fiscale, dont certaines coûtent des dizaines de milliards sans effet démontrable. Ce n'est pas de la brutalité budgétaire : c'est de la responsabilité élémentaire.
L'enjeu du budget 2027 n'est pas électoral. Il est existentiel. Chaque point de PIB de dépense non financée, c'est de la souveraineté cédée aux marchés, aux agences de notation, aux créanciers étrangers. La France peut encore choisir de se réformer. Mais cette marge se réduit à chaque rentrée perdue.
Les responsables politiques le savent. Ils ont juste besoin d'un électeur pour leur dire qu'ils n'auront pas son indulgence éternelle.
