À quelques mois de la présidentielle, le gouvernement agite le mot magique : « rigueur ». Mais derrière l'affichage, les chiffres racontent une autre histoire. Peut-on vraiment parler de courage budgétaire quand on n'ose toujours pas toucher au cœur du problème ?
58,2 %
La part des dépenses publiques dans le PIB français — record absolu parmi les grandes économies développées, loin devant l'Allemagne (45 %) ou la Suisse (34 %).
La rigueur, ce mot qui ne veut plus rien dire
« Budget de rigueur » : voilà une expression qui revient comme un refrain saisonnier. On la sort à chaque automne, on la range au printemps. Sauf qu'entre les deux, rien ne change vraiment. La dette publique française dépasse désormais 3 460 milliards d'euros. Pour donner une perspective concrète : c'est plus de 50 000 euros par habitant, enfants compris. Et chaque jour d'inaction y ajoute environ 300 millions d'euros supplémentaires.
Les Échos évoquent ce week-end un budget « de rigueur avant la présidentielle ». La formule est révélatrice. Pas un budget de rigueur parce qu'il le faut. Un budget de rigueur parce que l'élection approche. La nuance est énorme. Dans le premier cas, on restructure en profondeur. Dans le second, on saupoudre quelques économies cosmétiques pour soigner l'image, en prenant bien soin de ne froisser aucun électorat.
Imaginez un instant un chef d'entreprise qui, face à des comptes dans le rouge, annoncerait à ses actionnaires qu'il va « faire preuve de rigueur » — tout en maintenant tous ses effectifs, tous ses avantages acquis et tous ses programmes déficitaires. On lui rirait au nez. Pourtant, c'est exactement ce que la France fait depuis vingt ans.
Ce que « rigueur » devrait vraiment signifier
La vraie rigueur budgétaire, on peut l'observer chez nos voisins. La Suède des années 1990 a taillé 11 points de PIB dans ses dépenses publiques en moins d'une décennie. Résultat : une économie assainie, une croissance retrouvée, et un État qui fonctionne mieux avec moins. Le Danemark a réformé son marché du travail et ses prestations sociales sans détruire la cohésion sociale. L'Allemagne, avec l'Agenda 2010, a accepté une cure douloureuse qui lui a permis de traverser deux crises mondiales en position de force.
En France, « rigueur » signifie le plus souvent : hausses de prélèvements déguisées, rabot uniforme sur les investissements, et report sine die des réformes structurelles. On ajuste les recettes, on ne touche jamais vraiment aux dépenses. Force est de constater que le logiciel n'a pas changé : taxer d'abord, réformer jamais.
Pourtant les marges sont identifiables. Cinq millions sept cent mille fonctionnaires — 20 % de plus qu'en Allemagne proportionnellement. Quarante milliards d'euros de niches fiscales non évaluées depuis des années. Un mille-feuille territorial avec ses doublons, ses agences fantômes, ses comités Théodule. Personne ne sait précisément ce que produit la moitié de cette dépense. Et personne ne semble pressé de le savoir.
L'horloge électorale contre la réalité économique
Le vrai problème est structurel : présidentielle aidant, aucun gouvernement ne prendra le risque politique de faire les choix qui s'imposent. On préférera des mesurettes budgétaires qui permettent de tenir le discours sans en assumer les conséquences.
Sauf que les marchés, eux, ne votent pas. Les agences de notation non plus. Et l'inflation maîtrisée à 2 % en France — une bonne nouvelle réelle — ne masquera pas longtemps une trajectoire de dette insoutenable si aucune réforme sérieuse n'est engagée.
Il ne s'agit pas d'austérité aveugle. Il s'agit de choisir : continuer à dépenser sans compter jusqu'au mur, ou engager dès maintenant une transformation profonde de la dépense publique. Le calendrier électoral n'est pas une excuse. C'est précisément avant une présidentielle qu'un débat de fond s'impose — pas après.