Canada : un plan ambitieux pour doubler sa capacité électrique d’ici 2050

Le Canada dévoile une stratégie ambitieuse pour doubler sa capacité électrique d’ici 2050, nécessitant plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements. Cette transformation énergétique promet de réduire les coûts pour 70% des ménages canadiens tout en créant 130 000 nouveaux emplois.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 15 mai 2026 15h00
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Canada : un plan ambitieux pour doubler sa capacité électrique d’ici 2050 - © Economie Matin

Canada : un plan ambitieux pour doubler sa capacité électrique d'ici 2050

Le Canada vient de franchir un cap décisif dans sa transition énergétique. Mark Carney, premier ministre depuis janvier 2026, a dévoilé jeudi une stratégie nationale d'envergure baptisée « Stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée », qui ambitionne de doubler la capacité de production électrique du pays d'ici 2050. Ce plan représente un tournant structurel dans la politique énergétique canadienne, avec des implications économiques considérables pour les ménages comme pour les entreprises.

Selon Radio-Canada, cette stratégie vise à alléger la facture énergétique de 70 % des ménages canadiens tout en renforçant la compétitivité du pays sur l'échiquier économique mondial. L'ampleur du défi est vertigineuse : les investissements nécessaires sont estimés à plus de 1 000 milliards de dollars d'ici 2050.

Un investissement colossal de mille milliards de dollars

Pour financer cette transformation du réseau électrique canadien, le gouvernement Carney entend mobiliser une combinaison de capitaux publics et privés d'une ampleur sans précédent. Plus de 1 000 milliards de dollars seront ainsi engagés sur un quart de siècle, via des crédits d'impôt à l'investissement, des prêts consentis par la Banque de l'infrastructure du Canada, un financement par le Fonds de co-investissement du Canada et des partenariats public-privé. Comme le détaille Investing.com, l'architecture financière précise reste partiellement floue : Mark Carney a évoqué des prêts, des subventions et des « mesures complémentaires », sans chiffrer l'engagement budgétaire direct de l'État fédéral. Une opacité qui alimente déjà les critiques de l'opposition.

Une approche pragmatique incluant le gaz naturel

Tranchant avec les orientations du gouvernement Trudeau, la stratégie de Mark Carney adopte un réalisme assumé. Les centrales électriques au gaz naturel liquéfié bénéficieront désormais d'une plus grande flexibilité dans le cadre de cette transition. « L'objectif n'est pas de rechercher une pureté absolue dans la production en réduisant les émissions par l'électrification », a déclaré le premier ministre lors de la présentation du plan — une formule qui marque une rupture nette avec la réglementation sur l'électricité propre du gouvernement précédent, laquelle imposait des plafonds d'émissions stricts à la quasi-totalité des unités fonctionnant aux combustibles fossiles.

Le plan mise sur un bouquet énergétique délibérément diversifié : hydroélectricité, nucléaire, éolien, solaire, gaz naturel, captage du carbone et géothermie. Cette palette élargie vise à garantir la fiabilité du réseau tout en avançant, graduellement, vers la décarbonation.

Un secteur électrique en pleine mutation au Canada

L'électricité ne représente aujourd'hui qu'environ 7 % des émissions totales de gaz à effet de serre du Canada, une part qui a nettement reculé au fil des quinze dernières années, portée par l'élimination progressive du charbon dans la plupart des provinces. Mais la demande, elle, est appelée à bondir. Selon un rapport de la Régie de l'énergie du Canada publié en mars 2026, la consommation d'électricité pourrait croître de 30 % dans le scénario le plus conservateur, et doubler dans le plus ambitieux — sous l'effet notamment de la forte demande induite par l'intelligence artificielle et par l'électrification des transports et de l'industrie.

Le gouvernement estime pouvoir diviser par cinq les émissions du secteur électrique grâce à cette stratégie, tout en maintenant l'objectif de carboneutralité pour 2050. Une promesse qui suppose que la place accordée au gaz naturel demeure transitoire — ce que certains experts peinent à croire.

130 000 nouveaux emplois dans le secteur énergétique

Sur le plan social et économique, le gouvernement projette la création de 130 000 nouveaux emplois pour accompagner le doublement du réseau. La trajectoire est jalonnée en deux temps : 30 000 postes d'ici 2028, puis 100 000 emplois supplémentaires à l'horizon 2050. Ces chiffres prennent tout leur relief dans un secteur déjà sous tension : Mark Carney a rappelé que plus de 80 % des employeurs du secteur électrique rencontrent actuellement des difficultés de recrutement, une pénurie structurelle qui conditionne directement la faisabilité du plan. Des consultations sont prévues dans les prochains mois pour identifier les besoins de formation et les dispositifs d'accompagnement appropriés.

L'un des nœuds gordiens de cette stratégie réside dans la fragmentation du réseau électrique canadien entre les provinces — une organisation héritée de l'histoire qui génère d'importantes inefficacités économiques. Ottawa entend y remédier par la construction de nouvelles lignes de transport d'énergie et l'amélioration des connexions interprovinciales. Pour le Québec, cela pourrait notamment signifier l'accélération, via le Bureau des grands projets, d'un projet de ligne de transmission avec Terre-Neuve-et-Labrador.

Mais l'électricité demeure une compétence provinciale, et c'est là que réside la principale incertitude du plan. Le succès de l'initiative dépendra en grande partie de la qualité de la coopération entre Ottawa et les gouvernements provinciaux — un exercice d'équilibre politique qui s'annonce délicat.

Réactions mitigées et interrogations persistantes

L'ambition gouvernementale ne fait pas l'unanimité. Pierre Poilievre, chef de l'opposition conservatrice, a dénoncé sur les réseaux sociaux ce qu'il qualifie d'« illusion », rappelant que « après plus de dix ans avec les libéraux, les Canadiens paient leur électricité 35 % plus cher ». Dale Beugin, vice-président exécutif de l'Institut climatique du Canada, formule quant à lui des critiques plus techniques : il déplore le « peu de précisions » entourant le rôle exact du gaz naturel dans cette électrification et s'inquiète que les assouplissements au Règlement sur l'électricité propre ouvrent la voie à « une production de base à longue durée de vie et à fortes émissions », remettant en cause l'engagement climatique du pays.

Dans un contexte où les tensions économiques avec les États-Unis poussent le Canada à réaffirmer sa souveraineté industrielle et énergétique, et où la volatilité des marchés de l'énergie reste prégnante — comme en témoigne la pression sur les stocks mondiaux de pétrole —, cette stratégie électrique s'impose comme l'un des paris économiques les plus structurants de la décennie canadienne. Son succès conditionnera non seulement l'avenir énergétique du pays, mais sa capacité à concilier croissance, souveraineté et ambitions climatiques dans un monde en pleine recomposition.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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