Cancer du pancréas : le daraxonrasib double la survie des patients

Le cancer du pancréas demeure l’un des cancers les plus redoutés. Pourtant, une avancée présentée lors du congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), à Chicago le 31 mai 2026, pourrait changer la trajectoire de nombreux patients. Le daraxonrasib, une molécule expérimentale administrée sous forme de comprimé, a montré des résultats inédits dans le cancer du pancréas métastatique, avec une survie quasiment doublée par rapport à la chimiothérapie conventionnelle.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 3 juin 2026 17h30
Cancer du pancréas : le daraxonrasib double la survie des patients
Cancer du pancréas : le daraxonrasib double la survie des patients - © Economie Matin

Les résultats complets de l’essai clinique international RASolute 302 ont été dévoilés le 31 mai 2026 lors du congrès de l’ASCO. Cette étude de phase III a évalué le daraxonrasib chez des patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique déjà traités par une première ligne thérapeutique. Les données présentées marquent un tournant dans un domaine où les progrès restent rares. Selon les résultats communiqués par les chercheurs, la survie globale médiane a atteint 13,2 mois avec le daraxonrasib contre 6,7 mois avec la chimiothérapie standard, peut-on lire sur France 24. Le risque de décès a également été réduit de 60 % chez les patients traités par cette nouvelle molécule.

Des résultats jamais observés dans cette maladie grâce au daraxonrasib

Le cancer du pancréas affiche l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi les grandes familles de cancers. De plus, près de 80 % des patients reçoivent leur diagnostic à un stade avancé ou métastatique, selon les données rappelées lors de la présentation de l’étude. Dans ce contexte, tout gain de survie revêt une importance particulière.

L’essai RASolute 302 a inclus environ 500 patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique. Les chercheurs ont comparé une prise quotidienne de daraxonrasib à une chimiothérapie de seconde ligne. Outre l’amélioration de la survie globale, les investigateurs ont observé un meilleur contrôle de la maladie. Les tumeurs ont cessé de progresser ou ont régressé chez près d’un tiers des patients recevant le traitement, contre seulement 10 % dans le groupe traité par chimiothérapie. Selon les résultats présentés à l’ASCO, les patients porteurs d’une mutation RAS G12 ont conservé un contrôle tumoral pendant une médiane de 7,3 mois contre 3,5 mois avec les traitements conventionnels.

L’enthousiasme des spécialistes a été particulièrement marqué. « Il coche toutes les cases », a déclaré la Dre Rachna Shroff, spécialiste du cancer du pancréas à l’University of Arizona Cancer Center, dans des propos rapportés par Reuters le 31 mai 2026. La spécialiste a également souligné qu’un tel doublement de la survie n’avait jamais été observé auparavant dans cette situation thérapeutique. De son côté, le professeur Brian Wolpin, investigateur principal de l’essai au Dana-Farber Cancer Institute, a affirmé d'après Reuters : « Ces résultats vont changer la manière dont les scientifiques, les cliniciens et les patients envisagent le traitement du cancer du pancréas. »

Cancer du pancréas : comment le daraxonrasib agit sur les mutations KRAS

Le daraxonrasib appartient à une nouvelle génération de médicaments baptisés inhibiteurs RAS(ON). Cette famille thérapeutique cible directement certaines mutations du gène KRAS, impliquées dans la croissance tumorale. Or, plus de 90 % des cas de cancer du pancréas présentent une altération de cette voie moléculaire, selon les données rappelées par plusieurs équipes de recherche lors de l’ASCO 2026.

Pendant des décennies, KRAS a été considéré comme une cible quasiment inaccessible. Cependant, les progrès de la biologie moléculaire ont permis de développer des molécules capables d’interférer avec ces mécanismes. Le daraxonrasib se distingue par sa capacité à agir sur plusieurs variantes de KRAS, ce qui pourrait limiter certains phénomènes de résistance observés avec d’autres traitements plus spécifiques.

Selon les résultats publiés par le Dana-Farber Cancer Institute le 31 mai 2026, le traitement a non seulement amélioré la survie mais aussi la qualité de vie des patients. Certains malades ont pu reprendre des activités abandonnées depuis leur diagnostic. Parmi eux figure Steve Wallace, un patient texan de 74 ans intégré dans un autre essai clinique. Son dernier examen a montré une réduction tumorale de 46 %.

La tolérance du traitement constitue néanmoins un point de vigilance. Les chercheurs ont observé des éruptions cutanées chez 86,3 % des patients traités. Toutefois, selon le professeur Brian Wolpin, ces effets secondaires restent généralement contrôlables grâce à des antibiotiques et à des traitements dermatologiques locaux. Les résultats publiés précédemment dans le New England Journal of Medicine avaient déjà montré qu’environ un tiers des patients présentaient des effets indésirables sévères liés au traitement.

Un potentiel qui dépasse largement cette seule maladie avec le daraxonrasib

Le cancer du pancréas constitue aujourd’hui la priorité de développement du daraxonrasib, mais les perspectives pourraient être beaucoup plus vastes. Revolution Medicines évalue déjà cette molécule dans des formes plus précoces de la maladie ainsi que dans des associations thérapeutiques destinées à prolonger davantage la survie des patients.

Selon Mark Goldsmith, directeur général de Revolution Medicines, cité par Reuters le 31 mai 2026, l’objectif est désormais d’étendre la capacité du traitement à « augmenter de manière significative » la survie des patients.  L’entreprise explore également son utilisation dans d’autres cancers alimentés par des mutations KRAS, notamment certains cancers du poumon et cancers colorectaux.

Les autorités sanitaires américaines ont déjà accordé un programme d’accès élargi à certains patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique. Cette décision illustre l’importance accordée à ces résultats alors même que l’autorisation officielle de mise sur le marché n’a pas encore été délivrée.

En France, plusieurs spécialistes appellent toutefois à conserver une certaine prudence. Bien que les résultats soient jugés exceptionnels, le recul clinique demeure limité. Les chercheurs devront notamment confirmer l’efficacité à long terme du daraxonrasib et mieux comprendre les mécanismes de résistance susceptibles d’apparaître au fil du temps. Malgré ces réserves, les données présentées à Chicago constituent l’un des progrès les plus significatifs observés depuis des années dans le cancer du pancréas métastatique. Pour une maladie dont le taux de survie à cinq ans reste extrêmement faible lorsque des métastases sont présentes, l’arrivée d’un traitement capable de doubler la survie médiane ouvre une perspective jusque-là difficilement envisageable.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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