Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) révèle une accélération du déclin des gisements de pétrole et de gaz dans le monde. Derrière des chiffres alarmants, c’est l’avenir de l’approvisionnement énergétique qui se joue, avec des conséquences directes sur les prix, la sécurité énergétique et le quotidien des consommateurs.
Les gisements de pétrole et de gaz déclinent, l’Agence internationale de l’énergie alerte

En septembre 2025, l’Agence internationale de l’énergie a publié une étude consacrée au pétrole et au gaz, fondée sur l’analyse de plus de 15 000 champs en exploitation. Elle conclut que le déclin naturel de la production s’accélère, notamment dans les gisements vieillissants et non conventionnels. Selon l’institution, la situation pourrait entraîner une perte annuelle de plusieurs millions de barils de pétrole, sauf si de nouveaux investissements massifs sont réalisés. Cette alerte met en évidence une tension grandissante entre la transition énergétique et la sécurité de l’approvisionnement en énergies fossiles.
Le diagnostic de l’AIE sur la production mondiale
Le rapport de l’AIE s’appuie sur une base de données inédite couvrant les performances de champs situés sur tous les continents. Les experts distinguent les productions conventionnelles et non conventionnelles, en mesurant la baisse post-pic. Le constat est clair : « Le taux de déclin annuel observé post-pic global est de 5,6 % pour le pétrole conventionnel et de 6,8 % pour le gaz naturel conventionnel », souligne l’agence.
Cette moyenne cache de fortes disparités régionales. Les gisements supergéants du Moyen-Orient ne reculent que de 1,8 % par an, tandis que l’Europe, avec sa dépendance à l’offshore profond, subit un taux avoisinant 9,7 %. Les champs offshore profonds connaissent des pertes supérieures à 10 % chaque année, contre moins de 3 % pour les grands sites à terre. L’AIE insiste sur un point : sans investissements, la production mondiale de pétrole pourrait reculer de 5,5 millions de barils par jour chaque année, tandis que celle du gaz diminuerait de 270 milliards de mètres cubes.
Pourquoi les gisements déclinent plus rapidement
Le premier facteur tient à l’âge des champs. Plus de 80 % de la production mondiale de pétrole provient de gisements ayant déjà atteint leur pic, et près de 90 % dans le cas du gaz. Une fois la phase ascendante passée, la chute est inévitable. L’exploitation de nouveaux gisements devient alors indispensable pour compenser.
Le deuxième facteur repose sur la nature des ressources. Les gisements non conventionnels, tels que le pétrole de schiste, s’épuisent beaucoup plus vite : jusqu’à 35 % de la production peut disparaître en douze mois, suivis de 15 % supplémentaires l’année suivante. À cela s’ajoute la difficulté technique et le coût d’exploitation des gisements offshore profonds, où le déclin atteint en moyenne 10,3 % par an. Enfin, l’AIE pointe une insuffisance chronique des investissements. Bien que « 90 % des investissements actuels servent à compenser les pertes d’approvisionnement dans les champs existants », comme l’a rappelé Fatih Birol, directeur exécutif de l’agence, ces efforts ne suffisent pas à stabiliser l’offre mondiale.
Des conséquences lourdes pour les marchés et les politiques publiques
La première conséquence est économique : le recul de la production dans les champs existants risque de pousser les prix du pétrole et du gaz à la hausse. Plus les gisements sont petits ou difficiles à exploiter, plus les coûts augmentent, répercutés ensuite sur les consommateurs. Cette hausse toucherait directement les carburants, le transport aérien, mais aussi les produits dérivés comme les plastiques et les engrais.
La deuxième conséquence est géopolitique. Une part croissante de l’approvisionnement mondial pourrait dépendre de quelques pays producteurs, surtout au Moyen-Orient. La sécurité énergétique deviendrait alors plus vulnérable aux tensions internationales, aux sanctions ou aux chocs de marché. Par ailleurs, l’AIE prévient que pour maintenir le niveau actuel de production, il faudra que de nouveaux gisements fournissent chaque année environ 10 milliards de barils de pétrole et 1 000 milliards de mètres cubes de gaz. À l’horizon 2050, cela représente 45 millions de barils par jour et 2 000 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires, des chiffres vertigineux qui posent la question de la faisabilité.
Ce que cela signifie pour les consommateurs au quotidien
Pour le consommateur, la traduction est simple : la facture énergétique pourrait s’alourdir. Une hausse du prix du litre de carburant à la pompe est probable, tout comme celle du fioul domestique ou du gaz utilisé pour le chauffage. Ces évolutions pourraient relancer l’inflation dans de nombreux secteurs.
À plus long terme, cette perspective peut accélérer les changements de comportement. Les particuliers pourraient être incités à passer aux véhicules électriques, à privilégier les transports en commun ou à investir dans l’isolation thermique de leur logement. Les États, de leur côté, pourraient renforcer les politiques d’efficacité énergétique et subventionner davantage les énergies renouvelables. Mais ces efforts se heurteront à une réalité : les hydrocarbures restent pour l’instant incontournables dans de nombreux usages industriels et dans le transport aérien ou maritime, ce qui rend leur déclin d’autant plus problématique.
