Cancers et diabète : les additifs alimentaires dans le collimateur

Les additifs conservateurs présents dans l’alimentation transformée sont à nouveau dans le viseur des scientifiques. Deux études épidémiologiques publiées mercredi 7 janvier 2026 établissent un lien entre une forte consommation de ces substances et une augmentation du risque de développer certains cancers et le diabète de type 2. Ces résultats soulèvent de nouvelles inquiétudes sur l’impact sanitaire des aliments ultra-transformés.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 8 janvier 2026 16h30
Cancers et diabète : les additifs alimentaires dans le collimateur
Cancers et diabète : les additifs alimentaires dans le collimateur - © Economie Matin

Une vaste analyse épidémiologique menée sur plus de 100 000 Français montre qu’une exposition élevée aux conservateurs alimentaires, omniprésents dans les produits transformés, est associée à une hausse marquée des risques de cancer et de diabète de type 2. Si les chercheurs restent prudents quant à la causalité, les signaux sont jugés préoccupants.

Le 7 janvier 2026, deux publications scientifiques ont mis en lumière les conséquences sanitaires potentielles d’une consommation importante d’alimentation transformée, riche en additifs et conservateurs. Issues de la cohorte française NutriNet‑Santé, elles révèlent une association statistique significative entre l’exposition à ces substances et une augmentation des risques de cancers et de diabète de type 2. Ces conclusions s’ajoutent aux préoccupations croissantes sur l’impact des aliments ultra-transformés sur la santé publique.

Une décennie de suivi associe alimentation transformée, cancers et diabète

Les deux études reposent sur l’analyse approfondie des données de la cohorte NutriNet‑Santé, un projet de recherche de grande ampleur lancé en 2009 en France, ayant suivi plus de 100 000 adultes pendant plus d’une décennie. Les chercheurs ont croisé les informations nutritionnelles détaillées renseignées par les participants avec les diagnostics médicaux et les estimations d’exposition aux additifs conservateurs.

Selon les données publiées, l’analyse portant sur le risque de cancer a inclus 105 260 personnes. Parmi elles, 4 226 cas de cancers ont été recensés. L’étude, publiée dans la revue The BMJ, a révélé que la consommation élevée de certains conservateurs non antioxydants était associée à un risque accru de cancer, notamment du sein et de la prostate. Le sorbate de potassium (E202) a été lié à une augmentation de 14 % du risque de cancer global et de 26 % du risque de cancer du sein. Cet additif peut-être retrouvé dans les fruits ou légumes en conserve, séchés, surgelés mais préparés, en confiture ou sous forme de jus industriel. De son côté, le nitrite de sodium (E250) est associé à une hausse de 32 % du risque de cancer de la prostate.

Un lien significatif entre conservateurs et diabète de type 2

La deuxième étude, parue dans Nature Communications, s’est intéressée à l’incidence du diabète de type 2. Elle a suivi 108 723 adultes, dont 1 131 ont développé la maladie durant la période d’observation. Les résultats indiquent que l’exposition élevée aux conservateurs alimentaires est associée à une augmentation de 47 % du risque de développer un diabète de type 2.

Les conservateurs non antioxydants entraînent une hausse de 49 %, tandis que les additifs antioxydants sont associés à une progression de 40 % du risque. Comme l’a rapporté l’Inserm dans son communiqué du 8 janvier 2026, sur les 17 conservateurs étudiés individuellement, 12 ont été associés à une incidence accrue de la maladie. Parmi eux, on retrouve le métabisulfite de potassium (E224), l’acide acétique (E260), l’ascorbate de sodium (E301) ou encore les extraits de romarin (E392).

Additifs : des substances omniprésentes dans l’alimentation transformée

Les additifs conservateurs appartiennent aux familles codifiées entre E200 et E399. Ils sont largement utilisés dans les produits de consommation courante comme les plats préparés, les charcuteries, les sauces industrielles ou les pâtisseries emballées. Le sorbate de potassium et le nitrite de sodium, particulièrement pointés du doigt, sont respectivement utilisés pour inhiber la croissance microbienne dans les produits laitiers et pour conserver la couleur et la saveur des viandes transformées.

Selon l’Inserm, « deux nouvelles études suggèrent une association entre la consommation de conservateurs et un risque accru de cancer et de diabète de type 2 ». Toutefois, les scientifiques insistent sur le fait que ces travaux restent observationnels. Cela signifie qu’ils établissent un lien statistique, mais ne permettent pas de prouver une relation de cause à effet directe.

Appels à la prudence et à la poursuite des recherches

Les chercheurs appellent à ne pas tirer de conclusions hâtives sur la toxicité intrinsèque de ces substances. En effet, des facteurs comme les habitudes alimentaires générales, l’activité physique ou le statut socio-économique pourraient également influencer les résultats. Ces travaux constituent néanmoins une alerte sérieuse quant à l’impact potentiel de l’alimentation transformée sur la santé à long terme.

Comme l’indique Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm, qui a dirigé une équipe de recherche, dans le communiqué de l’Inserm, « ces travaux justifient une fois de plus les recommandations du Programme national Nutrition santé faites aux consommateurs de privilégier les aliments frais et peu transformés et de limiter autant que possible les additifs superflus ». En parallèle, les autorités sanitaires pourraient être amenées à réévaluer les seuils réglementaires d’utilisation de certains additifs conservateurs, voire à envisager des mesures de réduction progressive de leur emploi dans les chaînes de production alimentaire.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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