Canicule : la France bat tous ses records de chaleur en juin 2026

La France vient de connaître la journée la plus chaude de son histoire le 24 juin 2026, avec une température moyenne nationale de 29,9 °C. Face à cette canicule exceptionnelle, 72 départements sont placés en vigilance rouge pour le 25 juin, touchant plus de 51 millions d’habitants. Les premiers décès sont à déplorer et les infrastructures publiques montrent leurs limites face à cet épisode d’une intensité comparable à la canicule meurtrière de 2003.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 25 juin 2026 5h23
Multiplication des vagues de chaleur, isolement des seniors, adaptation des logements : la canicule devient un défi majeur dans une France qui vieillit rapidement. Image générée par IA
Multiplication des vagues de chaleur, isolement des seniors, adaptation des logements : la canicule devient un défi majeur dans une France qui vieillit rapidement. Image générée par IA - © Economie Matin
95%95 % de la population métropolitaine est concernée par l'alerte canicule

Une journée du 24 juin 2026 entrée dans l'histoire climatique

Le mercredi 24 juin 2026 restera dans les annales météorologiques françaises. Avec une température moyenne nationale de 29,9 °C, cette journée pulvérise tous les records précédents, surpassant les 29,4 °C du 25 juillet 2019 et du 5 août 2003, selon Météo-France. La veille, le mardi 23 juin, avait déjà frappé fort avec 29,8 °C en moyenne sur l'ensemble du territoire.

L'indicateur thermique national des températures maximales, calculé à partir de 30 stations de référence, atteint 38,2 °C le mardi 23 juin, dépassant les 37,7 °C du 5 août 2003. Les relevés du mercredi après-midi illustrent l'ampleur du phénomène : 41,5 °C à Vannes dans le Morbihan, 41,4 °C à Poitiers, 40,7 °C à Biarritz, 40,3 °C à Tours, 39,6 °C à Paris-Montsouris et 37,5 °C à Amiens, rapporte Le Parisien. Plus de 50 départements ont franchi la barre des 40 °C depuis le début de l'épisode, avec des records locaux tombés à Bordeaux (41,8 °C), Nantes (41,6 °C) ou encore Dunkerque (42 °C).

72 départements en vigilance rouge, 51 millions de personnes concernées

Météo-France a placé 72 départements en vigilance rouge pour le jeudi 25 juin 2026, soit 14 de plus que la veille. Un niveau d'alerte qui touche 51,1 millions de personnes, plus des trois quarts de la population hexagonale. Parmi elles, 5,6 millions ont 75 ans ou plus, une tranche d'âge particulièrement vulnérable face aux fortes chaleurs.

Quatorze nouveaux départements basculent en vigilance rouge jeudi, principalement dans l'est : Marne, Meuse, Ardennes, Haute-Marne, Meurthe-et-Moselle, Haute-Saône, Moselle, Vosges, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Territoire de Belfort, Jura, Doubs et Loire. L'institut météorologique justifie cette extension par des « températures exceptionnellement élevées, de jour comme de nuit ». En comptant les 17 départements maintenus en vigilance orange, 89 départements sont sous alerte, touchant 63,5 millions de personnes, soit plus de 95 % de la population métropolitaine. Onze départements de l'ouest et du sud-ouest ont toutefois été rétrogradés en vigilance orange à partir de jeudi 22 heures : Finistère, Côtes d'Armor, Manche, Morbihan, Loire-Atlantique, Vendée, Charente-Maritime, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées.

Météo-France alerte sur une canicule d'une « sévérité exceptionnelle », « au moins équivalente » à celle d'août 2003 qui avait fait 15 000 morts en France. En 2025, la chaleur a tué quelque 5 700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon Santé publique France. Un nouveau pic de chaleur est redouté jusqu'au 14 juillet, prolongeant ainsi une situation déjà critique.

Premiers décès et bilan humain alarmant

La préfecture du Pas-de-Calais a annoncé trois décès « pour lesquels la canicule est susceptible d'avoir eu un effet ». Le premier concerne un homme âgé réalisant des travaux en extérieur, les deux autres touchent des personnes à domicile présentant d'autres pathologies. Le préfet a rappelé la nécessité pour les maires et les familles de « porter une attention particulière aux personnes isolées » et demandé « le respect des consignes de sécurité, notamment de s'abstenir d'activités extérieures non essentielles ».

Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile et de la gestion des crises, a révélé sur BFMTV que 48 personnes sont mortes par noyade depuis le 18 juin, « plus que les années précédentes et ça concerne majoritairement des jeunes ». Il a insisté sur les règles élémentaires de prudence : ne pas se baigner dans des endroits non surveillés, ne pas se baigner seul, ni après avoir mangé ou bu. « Quand on est jeune, on a tendance à se croire invulnérable mais on ne l'est pas : les organismes souffrent de la canicule », a-t-il souligné.

Le Dr Pierre Fabing, vétérinaire et co-fondateur du 3115 Urgences vétérinaires, alerte également sur la hausse de la mortalité chez les animaux domestiques. « Les animaux cuisent sur le bitume. On a énormément de coups de chaleur aux urgences et on a des animaux âgés qui décèdent de leur pathologie chronique », explique-t-il, précisant constater « +10 % de mortalité par rapport à la même période l'année dernière ».

Infrastructures et services publics sous tension

Près de 12 000 habitants du Val-d'Oise sont touchés depuis mardi soir par des restrictions d'eau, répartis sur neuf communes dont Magny-en-Vexin, Arthies, Banthelu ou encore Guiry-en-Vexin. Selon Veolia, la demande en eau sur le territoire a augmenté de « près de 30 % », rendant le forage habituel insuffisant. En attendant l'ouverture d'une source voisine et les analyses nécessaires, le groupe a procédé à une « distribution massive » de bouteilles d'eau. Les habitants concernés ont reçu la consigne de ne pas utiliser l'eau du robinet « ni pour la boisson, ni pour la préparation des aliments ».

Le réseau électrique subit également les assauts de la chaleur. Environ 15 000 foyers sont restés privés d'électricité dans le sud du Finistère en raison d'un incident sur un transformateur à Ergué-Gabéric, provoqué par les fortes températures. RTE a annoncé une remise en service progressive aux alentours de minuit. Plus au sud, 320 foyers étaient encore privés d'électricité dans les Bouches-du-Rhône et 680 dans le Vaucluse, selon Enedis.

Les établissements scolaires paient également le prix de cette vague de chaleur. Selon Sud Ouest, 1 800 établissements scolaires ont été fermés en France. Le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a annoncé des aménagements pour les collégiens, avec un coup d'envoi du brevet des collèges maintenu vendredi matin malgré quelques modifications. Par ailleurs, 46 départements sont placés en vigilance risque de feu de forêt élevé pour jeudi, deux en risque très élevé.

Un retard structurel dans l'adaptation du bâti public

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reconnu au Parisien un « retard manifeste dans l'entretien de nos bâtiments publics » pour faire face aux vagues de chaleur. « Cela est lié à une période de sous-investissement dans les bâtis au cours des années 2000. Par effet d'accordéon, nous en subissons les conséquences aujourd'hui », a-t-il confié, tout en rappelant que le sujet est redevenu central depuis 2017, « avec un rattrapage après des décennies de sous-investissement ».

Concernant les bâtiments scolaires, Sébastien Lecornu a rappelé qu'il s'agit « historiquement de la compétence des collectivités » et non de l'État. « Cela fait un siècle et demi que c'est comme cela. C'est le corollaire de la décentralisation », a-t-il martelé, précisant néanmoins que depuis 2017, « les aides de l'État aux collectivités pour équiper et rénover les écoles, collèges et lycées ont dépassé plus de 1,2 milliard d'euros ».

Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a présenté en Conseil des ministres un projet de loi visant à augmenter l'offre de logements, notamment en permettant la location de ceux mal isolés, une mesure accusée de vouloir « sauver les bouilloires thermiques » en pleine canicule. Sur BFMTV, Vincent Jeanbrun a défendu une mesure « gagnante pour les locataires car on ne les met pas dehors » et gagnante pour les propriétaires car grâce aux loyers, ils pourront « financer les travaux pour rénover ». Le projet propose de permettre la location des 700 000 logements considérés comme des passoires énergétiques, à condition que le propriétaire s'engage à faire des travaux via la signature d'un contrat avec une entreprise et le versement d'un acompte, avec un délai de trois ans dans l'individuel et de cinq dans le collectif.

Des prévisions toujours préoccupantes pour les jours à venir

Météo-France prévient que « jeudi sera encore une journée suffocante, avec des valeurs toujours aussi élevées sur une grande partie du pays ». Selon les prévisions, la chaleur et les orages sont au programme dans les prochains jours. « Durant le week-end, la masse d'air moins chaude présente sur l'Atlantique va peu à peu tenter une incursion par le nord-ouest du pays, provoquant des vagues orageuses sur la moitié ouest dont l'intensité et l'étendue restent à préciser. Les fortes chaleurs persistent sur toute une moitié est », indique l'institut météorologique.

Les températures pourraient commencer à baisser significativement à partir de dimanche, uniquement sur la façade ouest. « Dimanche marquerait la mise en place d'un net rafraîchissement à l'ouest, permettant de sortir de la canicule sur ces zones. Ce scénario reste toutefois incertain et ne signerait pas pour autant la fin de la vague de chaleur, l'air chaud se maintenant à l'est », précise Météo-France.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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