Les paradis fiscaux restent au cœur de la mécanique mondiale des inégalités. Dix ans après les révélations des Panama Papers, Oxfam révèle dans une nouvelle analyse que la richesse dissimulée par les ultra-riches dépasse désormais celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité.
Paradis fiscaux : les 0,1% les plus riches concentrent 80% de la richesse offshore

Paradis fiscaux et offshore : une concentration extrême des richesses
En ce dixième anniversaire des Panama Papers, dans un nouveau rapport, Oxfam remet au centre du débat la question des paradis fiscaux et de l’imposition des grandes fortunes. L’organisation y décrit un phénomène massif et toujours en expansion, malgré les promesses de régulation internationale.
Dans un contexte de tensions budgétaires et de creusement des inégalités, les chiffres avancés donnent le vertige. Ils illustrent une concentration extrême des richesses, en grande partie liée à l’utilisation de structures offshore permettant d’échapper à l’impôt. L’un des constats majeurs du rapport concerne l’ampleur des capitaux dissimulés. En 2024, environ 3.550 milliards de dollars, soit près de 3 260 milliards d’euros, étaient cachés dans des paradis fiscaux. Un montant supérieur au produit intérieur brut de la France, précise l’organisation.
Plus frappant encore, les 0,1% les plus riches concentrent environ 80% de cette richesse offshore non imposée, soit près de 2.840 milliards de dollars (environ 2.610 milliards d’euros). À eux seuls, les 0,01 % les plus fortunés en détiennent environ la moitié, soit 1.770 milliards de dollars (environ 1,630 milliards d’euros). Cette accumulation ne relève pas seulement d’optimisation fiscale classique. Elle repose sur des montages complexes, souvent transnationaux, qui permettent de soustraire des actifs à toute forme de contrôle. « Les Panama Papers ont levé le voile sur le monde opaque des paradis fiscaux », rappelle Christian Hallum, responsable fiscal chez Oxfam International, soulignant que « dix ans plus tard, les ultra-riches dissimulent toujours des fortunes colossales dans des coffres offshore ».
Une impunité fiscale persistante
Les révélations des Panama Papers en 2016 avaient pourtant suscité une vague d’indignation mondiale. Elles avaient mis en lumière l’ampleur des circuits offshore et impliqué des responsables politiques, des chefs d’entreprise et des milliardaires. Depuis, certaines avancées ont été enregistrées. L’échange automatique d’informations fiscales entre États s’est développé, 126 pays et juridictions ayant adhéré à la norme internationale, selon l’OCDE. Ce mécanisme a contribué à réduire la part des avoirs dissimulés. Cependant, ces progrès restent très inégaux. De nombreux pays du Sud, pourtant parmi les plus touchés par l’évasion fiscale, restent exclus de ces dispositifs. Résultat : les flux financiers illicites continuent de priver ces États de ressources essentielles.
Dans ce contexte, Oxfam insiste sur la dimension politique du phénomène. « Il ne s’agit pas seulement d’astuces comptables, mais de pouvoir et d’impunité », affirme Christian Hallum. L’organisation souligne que ces pratiques permettent aux plus riches de s’affranchir des règles communes, accentuant ainsi les déséquilibres économiques.
Paradis fiscaux, riches et inégalités mondiales croissantes
Au-delà des montants offshore, le rapport s’inscrit dans une dynamique globale de concentration des richesses. Depuis 2015, la richesse des 1% les plus riches a augmenté de 33.900 milliards de dollars (environ 31.200 milliards d’euros), a calculé Oxfam. Dans le même temps, la richesse totale des milliardaires a atteint 18.300 milliards de dollars en 2025 (près de 16.800 milliards d’euros), en hausse de 81% depuis 2020. Le nombre de milliardaires dépasse désormais les 3.000 dans le monde. Cette dynamique s’accompagne d’un creusement des écarts. Dans certains pays, les 10% les plus riches détiennent jusqu’à la moitié de la richesse nationale, comme en Irlande.
Parallèlement, les politiques publiques évoluent dans un sens opposé. Les pays du G7 prévoient ainsi une baisse de 28% de leur aide publique au développement d’ici 2026 par rapport à 2024. Un choix qui, selon l’ONG, risque d’aggraver encore les inégalités mondiales.
Offshore et réponses politiques : vers une régulation internationale ?
Face à ce constat, Oxfam plaide pour une action coordonnée à l’échelle mondiale. L’organisation appelle notamment à renforcer la coopération fiscale internationale et à instaurer des mécanismes de transparence plus ambitieux, comme un registre mondial des actifs. Un processus est déjà engagé. En novembre 2024, les États membres de l’ONU ont approuvé les bases d’une convention-cadre sur la coopération fiscale internationale. Les négociations ont débuté en 2025 et devraient se poursuivre jusqu’en 2027.
L’enjeu est considérable. Il s’agit non seulement de mieux taxer les grandes fortunes, mais aussi de restaurer la capacité des États à financer leurs services publics. En France, par exemple, l’évasion fiscale représenterait plus de 80 milliards d’euros de pertes annuelles. Dans cette perspective, l’ONG insiste sur l’urgence d’agir. Elle appelle à une fiscalité plus progressive, ciblant en particulier les 1% les plus riches, ainsi qu’à des impôts spécifiques sur les fortunes extrêmes.
