Neuf Français sur dix (91%) sont désormais pessimistes quant aux perspectives de l’économie nationale, apprend-on du dernier baromètre Ipsos BVA-CESI pour La Tribune Dimanche. Et ce n’est pas étonnant : l’inflation repart à la hausse (2,2% en avril 2026), la croissance stagne et les finances publiques limitent les marges de manœuvre gouvernementales.
Carburants, inflation, impôts : les Français plongent dans le pessimisme économique

La situation économique française s'assombrit : un pessimisme record
La situation économique française traverse une période particulièrement délicate, marquée par une dégradation sensible des indicateurs macroéconomiques et une érosion du moral des ménages. Selon le dernier baromètre Ipsos BVA-CESI pour La Tribune Dimanche, les Français expriment un pessimisme massif : 88% (+6 points depuis février 2026) se déclarent pessimistes concernant la conjoncture économique mondiale, tandis que 91% (+3 points) partagent cette inquiétude s'agissant de l'économie nationale.
Cette morosité généralisée reflète une réalité économique préoccupante, où l'inflation reprend sa course ascendante tandis que la croissance marque le pas. L'Institut national de la statistique confirme cette tendance inquiétante avec un PIB qui stagne au premier trimestre 2026 (0% contre +0,2% au trimestre précédent).
L'inflation repart à la hausse et pèse sur le pouvoir d'achat
L'accélération de l'inflation constitue l'un des principaux facteurs d'inquiétude pour les ménages français. En avril 2026, l'inflation a bondi à 2,2% en rythme annuel, atteignant son plus haut niveau depuis juillet 2024, où elle culminait à 2,3%. Cette progression trouve son origine principalement dans l'envolée des prix énergétiques, qui se sont enflammés de 14,2% sur un an après 7,4% en mars.
Les répercussions de cette flambée se manifestent concrètement dans le quotidien des Français. Bien que TotalEnergies ait plafonné ses prix à 1,99 euro le litre d'essence et 2,25 euros le litre de gazole, 71% des citoyens jugent ces mesures insuffisantes, peut-on lire dans ce sondage. Par ailleurs, 65% se montrent favorables à une baisse temporaire des taxes sur les carburants tant que perdure le conflit au Moyen-Orient.
« Les Français éprouvent une forme de résignation concernant le pouvoir d'achat et perçoivent intuitivement que le gouvernement ne dispose d'aucune marge pour agir sur le prix des carburants », analyse Brice Tinturier, directeur général d'Ipsos BVA, soulignant la contrainte budgétaire qui entrave l'action publique.
Une croissance à l'arrêt qui inquiète les observateurs
La stagnation économique française au premier trimestre 2026 révèle des faiblesses structurelles préoccupantes. L'INSEE attribue cette contre-performance à plusieurs facteurs convergents : une contribution extérieure « fortement négative », les exportations ayant été plombées par la chute des livraisons d'Airbus, et une demande intérieure qualifiée d'« atone ».
La consommation des ménages en biens illustre parfaitement cette fragilité, avec un repli de 0,6% après une progression de 0,4% au quatrième trimestre 2025. Les dépenses énergétiques ont particulièrement souffert, chutant de 2,3% sous l'effet des prix du gazole, du gaz et de l'électricité. Néanmoins, un rebond timide s'observe en mars (+0,7%) après l'effondrement de février 2026 (-1,4%).
Des finances publiques sous tension face aux défis économiques
L'état dégradé des finances publiques françaises restreint considérablement les marges de manœuvre gouvernementales. Confronté à cette contrainte, l'exécutif se cantonne à des mesures ciblées, notamment en faveur des professionnels les plus exposés à la hausse des carburants. Cette situation pousse le ministère des Comptes publics à anticiper les scénarios les plus pessimistes.
L'Inspection générale des finances (IGF) s'est ainsi vue confier une mission d'évaluation des conséquences économiques d'une reconduction du budget actuel en 2027. Ce scénario, déjà observé en 2025 et 2026, traduirait l'incapacité parlementaire à adopter une nouvelle loi de finances avant le 31 décembre 2026.
Les conséquences fiscales d'une telle configuration s'avéreraient particulièrement pénalisantes pour les contribuables. Sans vote budgétaire, le barème de l'impôt sur le revenu ne bénéficierait d'aucune indexation sur l'inflation, aggravant mécaniquement la pression fiscale dans un contexte de flambée des prix énergétiques.
Un pessimisme économique qui s'étend à tous les domaines
L'inquiétude des Français ne se limite pas aux indicateurs macroéconomiques. Concernant leur situation économique personnelle, 69% (+3 points) expriment leur pessimisme, témoignant d'une anxiété diffuse qui traverse toutes les catégories sociales. Cette morosité se traduit par des anticipations négatives sur l'ensemble des variables économiques.
Nos concitoyens prévoient ainsi une détérioration généralisée : 84% s'attendent à un recul du pouvoir d'achat, 83% anticipent une aggravation de l'inflation, et 82% redoutent une dégradation du niveau de la dette publique. Cette spirale pessimiste s'étend également à la fiscalité (73%) et à l'emploi (66%).
Le pouvoir d'achat demeure la préoccupation majeure des Français (49%), devant l'avenir du système social (41%) et le niveau de la dette publique (30%, +5 points). Cette hiérarchisation révèle une société française focalisée sur ses difficultés immédiates tout en conservant une conscience aiguë des enjeux budgétaires de long terme.
