Le marché des cessions de fonds de commerce marque le pas avec moins de 30.000 transmissions en 2025, soit un recul de 6,1%. Cette contraction s’accompagne d’une fracture territoriale croissante entre grandes villes et bourgs ruraux, révélant les défis du renouvellement du tissu entrepreneurial français.
Transmission d’entreprise : les cessions marquent le pas, le ticket d’entrée augmente

Cessions de fonds de commerce : un marché qui peine à retrouver son dynamisme
Le marché des cessions de fonds de commerce traverse une période délicate. Avec 29.766 opérations enregistrées en 2025, soit un recul de 6,1% par rapport à 2024, les transmissions d'entreprises repassent sous le seuil symbolique des 30.000 transactions annuelles. Cette contraction, que révèle le cabinet Altares dans une étude publiée le 11 juin 2026, illustre les difficultés persistantes d'un secteur qui n'arrive pas à retrouver son élan d'avant-crise.
Depuis le choc de 2020, les ventes et cessions oscillent autour de 30.000 transactions sans parvenir à franchir ce « plafond de verre », selon l'expression de Thierry Millon, directeur des études Altares. Le premier trimestre 2026 confirme cette tendance maussade avec 7.723 transactions, en repli de 2,9% par rapport à la même période de l'année précédente.
Parallèlement, le prix moyen des cessions reflue de 6,4% pour s'établir à 241.781 euros, marquant un retour à la normale après l'inflation exceptionnelle de 2024. Néanmoins, le prix médian progresse légèrement à 112.700 euros, contre 110.000 euros en 2024, témoignant d'une certaine résistance du marché.
La restauration résiste malgré ses difficultés sectorielles
Contre toute attente, la restauration continue de dominer les cessions de fonds de commerce. La restauration traditionnelle conserve sa position de leader avec 4.362 transactions, malgré un recul de 5,7%. La restauration rapide fait preuve d'une remarquable stabilité avec 3.119 cessions (-0,6%), tandis que les débits de boissons complètent le podium avec 2 509 opérations (-0,4%).
Ces trois activités concentrent à elles seules le tiers de l'ensemble des échanges de fonds de commerce en France. Une performance d'autant plus notable que le secteur traverse une période difficile, marquée par l'inflation des coûts et la pression sur les marges.
Du côté des prix, la boulangerie-pâtisserie signe la progression la plus spectaculaire avec une hausse de 13,7%, portant le prix moyen à 258.604 euros. La restauration traditionnelle reprend également son élan avec un prix moyen de 212.001 euros (+2,6%), tandis que les cafés progressent nettement à 241.863 euros (+8%).
Pharmacies et supermarchés : les extrêmes du marché
Les officines de pharmacie maintiennent leur statut de fonds les plus chers avec un prix moyen de 1,22 million d'euros, malgré un léger tassement de 1%. Ces transmissions d'entreprises pharmaceutiques bénéficient d'une réglementation protectrice et d'une clientèle captive.
À l'opposé, les supermarchés connaissent un brutal retour à la normale avec un prix moyen de 913.429 euros, en chute de 51,6%. Cette correction fait suite à une année 2024 exceptionnelle où les prix avaient approché 1,89 million d'euros, notamment sous l'effet de mouvements dans la grande distribution.
Une fracture territoriale qui s'accentue dangereusement
L'analyse géographique révèle des disparités croissantes entre territoires. Les bourgs ruraux subissent la plus forte contraction avec une baisse de 10,6% des transactions, suivis par les petites villes (-8,5%) et les villes moyennes (-7,1%). Seules les grandes villes et les villages résistent mieux avec des reculs limités respectivement à 1,6% et 1,8%.
Plus préoccupant encore, l'évolution des prix creuse davantage les écarts territoriaux. Les grandes villes (plus de 100.000 habitants) sont les seules à enregistrer une hausse des prix moyens (+7,3%, à 288 307 euros), tandis que tous les autres types de communes voient leurs valorisations décliner :
- Villes moyennes : 263 809 euros (-10,8%)
- Petites villes : 234 206 euros (-8%)
- Bourgs ruraux : 223 804 euros (-12,6%)
- Villages : 177 713 euros (-8,1%)
Cette fracture territoriale reflète la capacité différenciée des territoires à renouveler leur tissu commercial. « La transmission d'un fonds de commerce ne dépend pas uniquement de sa santé financière, elle doit aussi composer avec la réalité de l'économie locale », explique Thierry Millon.
Les ETI dynamisent le marché des grandes structures
Si les TPE dominent logiquement le marché avec 91,6% des cessions (27.276 transactions), l'évolution par taille d'entreprise révèle des tendances contrastées. Les entreprises de moins de 10 salariés accusent un recul de 6,2%, tandis que celles de 10 à 49 salariés chutent plus fortement (-14,4%).
À l'inverse, les grandes structures affichent une belle dynamique. Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) de 250 salariés et plus progressent de 21%, portées notamment par les commerces multi-rayons et les services de soins à domicile. Les PME de 50 à 249 salariés maintiennent la stabilité avec une légère progression de 0,2%.
L'Île-de-France conserve sa domination malgré le recul
Au niveau régional, l'Île-de-France reste leader, avec 4.909 ventes et cessions, malgré un recul de 4,4%. Elle devance l'Auvergne-Rhône-Alpes (4 210 opérations, -5,8%), PACA (3 280, -5,8%) et l'Occitanie (3 009, -7,9%). Ces quatre régions concentrent plus de la moitié des échanges nationaux.
En termes de prix, la hiérarchie diffère sensiblement. L'Île-de-France creuse l'écart avec un prix moyen de 351.158 euros en forte hausse (+13,1%). La Corse se hisse à la deuxième place (253.258 euros, +4,8%), devant la Normandie (241.503 euros, -0,8%).
Un enjeu crucial pour l'avenir du tissu entrepreneurial français
Face à ces défis, le gouvernement a lancé le plan « Objectif Reprises » en avril 2026. Cette initiative vise à accroître significativement le nombre de transmissions effectives, dans un contexte où une entreprise sur deux ne trouve pas de repreneur aujourd'hui.
L'enjeu dépasse la simple statistique économique. Comme le rappelle Thierry Millon, « la reprise présente un avantage structurel déterminant : sa capacité à pérenniser l'activité ». Les analyses Altares démontrent que plus de 90% des entreprises créées par rachat de fonds de commerce sont encore en activité trois ans après, un taux de survie nettement supérieur aux créations ex nihilo.
À peine plus de 150.000 fonds de commerce ont changé de mains au cours des cinq dernières années, alors que le marché regorge d'opportunités. Cette situation paradoxale s'explique notamment par la frilosité des repreneurs face aux petits commerces de proximité, jugés plus risqués que les structures plus importantes.
La réussite des futures cessions nécessitera une meilleure articulation de trois conditions essentielles : l'anticipation des cédants, l'amélioration de l'accès au financement pour les repreneurs, et surtout le renforcement de l'attractivité des territoires. Sans cette triple approche, les fractures territoriales risquent de s'accentuer, privant certaines zones de leur vitalité économique de proximité.
