La Chine a annoncé, le 20 juillet, l’installation de plus de 100 000 bornes de recharge haute puissance accessibles au public d’ici la fin 2027. Une initiative à première vue spectaculaire, censée soutenir la croissance des véhicules électriques sur un territoire déjà en avance. Mais au-delà des effets d’annonce, ce plan révèle les limites criantes de l’infrastructure actuelle et pose de sérieuses questions de faisabilité.
La Chine va installer 100 000 bornes de recharge rapides pour accélérer la transition électrique

Pékin mise sur les bornes de recharge pour maintenir la cadence électrique
Ce n’est pas un plan d’intention. C’est une consigne nationale. Dans un avis conjoint publié par la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), le gouvernement chinois a ordonné la construction de 100 000 bornes de recharge ultra-rapide avant fin 2027. Le but est de pallier le gouffre entre un marché de l’automobile électrique en plein essor et un réseau de recharge exsangue. À la fin de l’année 2024, la Chine recensait 31,4 millions de véhicules électriques en circulation.
Un chiffre colossal qui ne représente pourtant que 9 % de son parc total. Mais côté infrastructures, le contraste est saisissant : 14,4 millions de points de recharge en mai 2025, dont seulement 3,3 millions accessibles au public. Soit une borne publique pour 9,5 véhicules. Une anomalie que Pékin semble désormais décidé à corriger. Mais à quoi serviront ces nouvelles installations ? La réponse tient en trois mots : ultra-rapide, publique, interopérable. Contrairement à certains superchargeurs comme ceux de BYD, encore réservés à leur propre flotte, les nouvelles bornes devront être universellement accessibles. C’est la fin annoncée d’un réseau fragmenté par les intérêts des constructeurs.
Technicité de pointe, ambitions solaires et modèles 800 V
Ce plan d’extension ne se contente pas d’ajouter des prises. Il anticipe l’arrivée massive de modèles compatibles 800 V, capables de se recharger en dix à trente minutes. Encore faut-il que les bornes tiennent la promesse. La NDRC exige donc des équipements capables de délivrer une puissance d’au moins 250 kW, dotés de systèmes de gestion intelligents. Parmi les caractéristiques imposées, on retrouve un système de tarification dynamique destiné à inciter les utilisateurs à se brancher durant les heures creuses.
Plus étonnant encore, l’obligation d’intégrer l’énergie solaire et des batteries de stockage à l’échelle locale pour alimenter les stations. Un défi d’ingénierie dans un pays où les pics de consommation énergétique sont redoutables. « Le gouvernement propose des baux de 10 ans aux opérateurs, avec le soutien financier d’obligations locales », rappelle le Journal du Geek. Une manière de rassurer les investisseurs privés sur la rentabilité d’un modèle encore incertain.
Vers une recharge électrique ouverte à tous
Si la logique de service universel est mise en avant, l’application risque de heurter les habitudes bien ancrées du secteur. Des géants comme Tesla, Li Auto ou BYD, peu enclins à ouvrir leurs réseaux propriétaires, devront désormais se plier à une nouvelle donne réglementaire. Cette décision de la NDRC vise à enrayer les blocages commerciaux et à créer un environnement plus fluide pour les consommateurs.
Mais au prix de quels compromis techniques ? Et surtout, qui financera l’interopérabilité, la maintenance, la cybersécurité et l’évolution logicielle de ces équipements ? Le gouvernement mise sur la fiabilité. Les bornes de recharge devront afficher un taux de fonctionnement supérieur à 98 %, un chiffre plus ambitieux que la plupart des standards européens. En cas de panne récurrente, des sanctions financières sont déjà envisagées.
