Qui est Christelle Thieffinne, la nouvelle patronne du syndicat CFE-CGC ?

Christelle Thieffinne, ingénieure de 54 ans chez Thales, vient d’être élue présidente de la CFE-CGC avec l’ambition d’en faire le troisième syndicat français. Elle succède à François Hommeril dans un contexte de croissance des effectifs et de féminisation du mouvement syndical.

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By Adélaïde Motte Last modified on 11 juin 2026 12h02
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Qui est Christelle Thieffinne, la nouvelle patronne du syndicat CFE-CGC ? - © Economie Matin

Une ingénieure de la métallurgie succède à François Hommeril

Christelle Thieffinne dirige désormais la CFE-CGC. À 54 ans, cette ingénieure de chez Thales a été élue mercredi 10 juin à la présidence du syndicat de l'encadrement lors du 39e congrès à Strasbourg. Seule candidate en lice, elle succède à François Hommeril après trois mandats consécutifs depuis 2016.

Le scrutin n'a réservé aucune surprise : 610 délégués ont voté en sa faveur, tandis que 91 congressistes se sont abstenus. L'ambition affichée demeure claire : hisser la CFE-CGC au rang de troisième force syndicale française, devançant Force Ouvrière dans la hiérarchie des organisations représentatives.

Une carrière forgée dans l'industrie de défense

Le profil de la nouvelle présidente illustre parfaitement l'évolution de l'encadrement français. Diplômée d'ingénierie, Christelle Thieffinne a construit sa carrière chez Thales AVS sur le site de Vendôme, dans le Loir-et-Cher, où elle continue d'exercer.

Au sein du mouvement syndical, elle a gravi les échelons par la voie classique de la fédération métallurgique, l'une des plus influentes de la confédération. Son ascension s'est accélérée depuis 2023, lorsqu'elle a rejoint le bureau confédéral comme secrétaire nationale à la protection sociale, un poste stratégique qui l'a propulsée au premier plan.

Une expertise reconnue sur les dossiers de retraite

Les responsabilités de Christelle Thieffinne dans le domaine social lui ont permis d'acquérir une solide expertise. Elle siège au Conseil d'orientation des retraites et occupe un poste d'administratrice à l'Agirc-Arrco, l'organisme gestionnaire des retraites complémentaires. En 2025, elle a participé au conclave sur les retraites, démontrant sa maîtrise des enjeux démographiques et financiers qui pèsent sur les systèmes de protection sociale.

Son équipe dirigeante s'articule autour de William Viry-Allemoz, ancien secrétaire général de la CFE-CGC Énergie, qui devient secrétaire général de la confédération, et de Farida Karad, issue de la Matmut, qui conserve le poste de trésorière.

Un objectif affiché : devenir la troisième organisation syndicale

"Je veux faire de la CFE-CGC la troisième organisation syndicale de ce pays", a déclaré Christelle Thieffinne à la tribune du congrès. Cette ambition n'est pas dénuée de fondement : le syndicat de l'encadrement surfe sur une dynamique ascendante remarquable.

Les chiffres communiqués par Farida Karad illustrent cette progression : le nombre d'adhérents est passé de 150 850 en 2018-2019 à 168 098 en 2024, soit une croissance de plus de 17 000 membres. Au-delà des effectifs, l'audience électorale confirme la tendance. Aux élections professionnelles du secteur privé organisées entre 2021 et 2025, la CFE-CGC a recueilli 12,95 % des suffrages, progressant de 3,5 points par rapport à la période 2009-2013. Quatrième organisation syndicale française, elle talonne désormais Force Ouvrière dans les statistiques de représentativité.

La féminisation du paysage syndical français s'accélère

L'élection de Christelle Thieffinne s'inscrit dans une mutation profonde du syndicalisme français. Avec Sophie Binet à la CGT depuis 2023 et Marylise Léon à la CFDT la même année, trois des cinq confédérations représentatives sont désormais dirigées par des femmes. Un phénomène qui reflète l'évolution sociologique des organisations syndicales.

Farida Karad, trésorière de la CFE-CGC, observe "une féminisation plus marquée" de l'organisation. La part des stagiaires femmes formées par le syndicat est passée de 22 % à 33 % entre 2018 et 2024. Une progression significative qui témoigne de l'attractivité croissante du syndicalisme auprès des cadres féminines.

Un pragmatisme assumé face aux enjeux politiques

La nouvelle présidente affiche une ligne pragmatique face aux turbulences politiques. Interrogée sur une éventuelle victoire du Rassemblement national en 2027, Christelle Thieffinne assume une position de dialogue : "Si le RN était élu, on irait à la rencontre d'un tel gouvernement". Une posture qui tranche avec les positions plus frontales d'autres organisations syndicales.

Néanmoins, elle pose ses lignes rouges : "Demain, que ce soit eux ou un autre parti politique, qui venait à tailler notamment dans les droits des salariés ou le droit syndical, ils nous trouveront", affirme-t-elle. Un équilibre entre pragmatisme et fermeté qui caractérise sa vision du dialogue social.

L'unité syndicale malgré les divergences idéologiques

Malgré les divergences de fond, Christelle Thieffinne réaffirme son attachement à l'unité d'action syndicale. "La CFE-CGC sera dans l'intersyndicale, il n'y a aucun doute, aucun mystère sur cette question-là", déclare-t-elle aux côtés des autres dirigeants syndicaux venus assister au congrès strasbourgeois.

L'unité trouve d'ailleurs un écho ironique dans les propos de Sophie Binet : "Je veux remercier Emmanuel Macron et Patrick Martin [président du Medef] qui nous soudent". Une boutade qui souligne les convergences tactiques face aux politiques économiques et sociales jugées défavorables aux salariés.

La succession s'opère dans un contexte où le syndicat revendique quelque 180 000 adhérents, contre 145 000 une décennie plus tôt. Une progression qui s'explique notamment par l'augmentation de la part des cadres dans la population active française, un phénomène démographique et économique qui nourrit mécaniquement les effectifs de la CFE-CGC.

L'héritage de François Hommeril, marqué par sa sortie tonitruante contre "l'apothéose du renoncement" macroniste et ses "ministres imbéciles", contraste avec le style plus mesuré annoncé par sa successeure. Christelle Thieffinne promet "un vocabulaire ou une façon de s'exprimer forcément différente", tout en maintenant la même détermination face aux dossiers sociaux.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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