Santé : des cocktails de pesticides dans les pommes européennes ?

Les pesticides présents dans les pommes inquiètent de plus en plus les ONG européennes. Selon plusieurs analyses récentes, ces fruits largement consommés concentreraient des cocktails de pesticides préoccupants pour la santé, malgré leur conformité apparente aux normes européennes. Les organisations dénoncent une pollution diffuse et une exposition quotidienne des consommateurs européens.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 30 janvier 2026 7h22
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Santé : des cocktails de pesticides dans les pommes européennes ? - © Economie Matin
85%85 % des pommes contiennent plusieurs résidus de pesticides

Le 29 janvier 2026, plusieurs ONG européennes ont rendu publics de nouveaux résultats d’analyses sur les pesticides dans les pommes vendues en Europe. Au cœur de l’alerte, la question des pesticides et de leur accumulation dans l’alimentation quotidienne. Si les pommes respectent les seuils légaux, les ONG estiment que la réglementation européenne ne protège pas suffisamment la santé face aux effets combinés des pesticides.

Pesticides dans les pommes : des cocktails multiples dénoncés par les ONG européennes

Les ONG regroupées au sein de PAN Europe ont fait analyser 59 pommes achetées au hasard dans treize pays européens. Ces analyses montrent que les pesticides sont omniprésents dans les pommes issues de l’agriculture conventionnelle. Selon le rapport publié le 29 janvier 2026, 85 % des pommes contiennent plusieurs résidus de pesticides, parfois jusqu’à sept substances différentes dans un même fruit. Cette accumulation nourrit les inquiétudes sanitaires, car l’évaluation réglementaire de la dangerosité des pesticides repose sur des substances étudiées isolément et non sur des cocktails.

Les pesticides présents dans les pommes sont, de plus, majoritairement classés parmi les plus dangereux autorisés en Europe. Le rapport indique que 71 % des résidus identifiés sont des pesticides dits « candidats à la substitution », c’est-à-dire reconnus comme toxiques et destinés à être remplacés à terme. Pour les ONG, cette situation traduit un décalage entre les objectifs affichés de réduction des pesticides et la réalité de l’agriculture européenne.

La pollution chimique ne se limite pas aux pesticides classiques. Les analyses révèlent aussi la présence de PFAS, surnommés polluants éternels. Selon PAN Europe, 64 % des pommes testées contiennent au moins une de ces substances persistantes, connues pour s’accumuler dans l’environnement et l’organisme humain.

Alimentation : une exposition quotidienne aux pesticides sous-estimée par la réglementation

Cependant, les ONG insistent sur un point clé : les seuils réglementaires européens sur les pesticides ne tiennent pas compte de l’effet cocktail. Chaque pesticide est évalué séparément, sans considérer les interactions possibles entre plusieurs substances consommées simultanément via l’alimentation. « Dans ce rapport, nous montrons que 85 % des pommes contiennent plusieurs résidus et nous ne savons pas si leur consommation est sans danger ou non », a déclaré Martin Dermine, responsable de PAN Europe, cité par Sciences et Avenir.

Cette approche réglementaire pose un problème particulier pour les populations les plus vulnérables. Selon les ONG, si ces pommes étaient destinées à l’alimentation infantile transformée, 93 % d’entre elles ne seraient pas autorisées en raison de seuils plus stricts pour les jeunes enfants, détaille TF1 Info. Pourtant, ces mêmes pommes sont librement vendues pour la consommation courante, ce qui alimente l’inquiétude autour de l’alimentation quotidienne des familles européennes. Or, les ONG rappellent que la consommation de pommes est encouragée pour des raisons nutritionnelles. Cette exposition répétée aux pesticides via un fruit considéré comme sain interroge la cohérence des politiques de santé publique.

La filière européenne de la pomme se défend d’utiliser trop de pesticides

La filière agricole européenne se défend. Les producteurs rappellent que les pommes respectent les limites maximales de résidus fixées par l’Union européenne. Pierre Venteau, représentant des producteurs français, a contesté les conclusions du rapport en affirmant : « On monte les choses en épingle… On ne connaît rien de la méthodologie, ni si ces pommes dépassent les limites maximales de résidus autorisés », selon TF1 Info.

Pourtant, les ONG soulignent que la pollution par les pesticides est structurelle. La production conventionnelle de pommes nécessite de nombreux traitements pour lutter contre les maladies fongiques et les ravageurs. En moyenne, une exploitation conventionnelle applique environ 35 traitements phytosanitaires par an. Cette intensité d’usage explique la présence de multiples pesticides dans les fruits, malgré les efforts de réduction affichés par certains États européens.

Les ONG appellent à une réforme profonde des pratiques agricoles et demandent une prise en compte réelle de l’effet cocktail, une réduction accélérée des pesticides les plus toxiques et un soutien renforcé à l’agriculture biologique. Selon PAN Europe, tant que l’évaluation sanitaire restera fragmentée, les consommateurs continueront d’être exposés à des pesticides dont les effets combinés sur la santé demeurent largement inconnus.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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