Selon la dernière étude de l’IATA, les perturbations persistantes de la supply chain pourraient coûter plus de 11 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2025. Entre retards de livraison, hausse des coûts et dépendance accrue aux fournisseurs, l’ensemble du secteur fait face à une équation économique de plus en plus difficile.
Compagnies aériennes : 11 milliards de pertes liées à la logistique ?

Le 13 octobre 2025, l’Association internationale du transport aérien (IATA) a publié une étude approfondie sur les défis auxquels font face les compagnies aériennes en raison des failles de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Cette analyse, réalisée en partenariat avec le cabinet Oliver Wyman, dévoile les pertes massives pour les entreprises du secteur aérien.
L’IATA alerte : les compagnies aériennes vont perdre des milliards
L’IATA estime que les difficultés actuelles de la supply chain pourraient générer 11 milliards de dollars de pertes supplémentaires en 2025 pour l’ensemble des compagnies aériennes. Cette somme se répartit en 4,2 milliards de dollars de surcoûts carburant, 3,1 milliards de dollars liés à la maintenance, 2,6 milliards de dollars pour la location d’engins moteurs et 1,4 milliard de dollars en stockage de pièces détachées, selon Reuters.
Dans le rapport conjoint IATA / Oliver Wyman, Willie Walsh, directeur général de l’association, résume la gravité de la situation : « Même en divisant ces chiffres par deux, cela resterait un poids considérable pour l’industrie », a-t-il déclaré à Reuters. La dépendance croissante des compagnies à l’égard des fabricants et prestataires techniques fait de la supply chain un facteur déterminant dans la stabilité opérationnelle du transport aérien.
Les données publiées par l’IATA montrent par ailleurs que le backlog du secteur — c’est-à-dire le carnet mondial de commandes d’avions — a dépassé 17 000 appareils fin 2024, tandis que les livraisons n’ont atteint que 1 254 unités, soit environ 30 % de moins que les niveaux prépandémiques. Cette lenteur structurelle, conséquence directe des difficultés de production, accentue les pertes des compagnies aériennes contraintes d’exploiter des flottes vieillissantes et plus coûteuses à maintenir.
Une logistique sous pression : causes et effets sur le secteur aérienne
Les compagnies aériennes sont les victimes collatérales d’un système industriel désormais saturé. Les constructeurs et équipementiers concentrent leurs profits sur l’après-vente — maintenance, réparation et pièces de rechange — réduisant la marge de manœuvre des transporteurs. Selon l’IATA, ce glissement de valeur accroît la dépendance économique des compagnies vis-à-vis des fournisseurs agréés.
Dans un contexte où la marge nette moyenne du secteur devrait plafonner à 3,6 % pour un bénéfice global estimé à 36,6 milliards de dollars en 2025, une perte de 11 milliards de dollars représente une menace directe pour l’équilibre financier. Willie Walsh a d’ailleurs dénoncé « l’écart choquant entre les marges à 20 ou 25 % des fournisseurs et celles, à peine 6 %, des compagnies », relate Retuters. Cette situation alimente des tensions commerciales inédites, notamment autour du prix des pièces et des contrats de maintenance.
Mais ce n’est pas tout. La chaîne d’approvisionnement aéronautique subit encore les répliques de la pandémie : manque de main-d’œuvre, pénurie de matériaux et difficultés logistiques mondiales. Airbus a prévenu que les retards de livraison pourraient durer jusqu’à trois ans, affectant directement la planification des compagnies, explique Reuters.
Carburant durable, risque cyber : le secteur aérien sous tension
Alors que les compagnies aériennes tentent de décarboner leurs opérations, l’IATA alerte sur un phénomène préoccupant : la flambée du prix des carburants d’aviation durables (SAF). Selon Reuters, ces carburants coûtent trois à cinq fois plus cher que le kérosène conventionnel. Willie Walsh a dénoncé une véritable « inflation abusive » de la part de certains fournisseurs, qui factureraient des surcharges environnementales dépassant les coûts réels de production.
Cette situation crée un double effet : d’une part, elle renchérit les coûts opérationnels, d’autre part, elle freine la transition énergétique des compagnies aériennes. Dans un contexte où la pression réglementaire s’intensifie, cette dépendance énergétique renforce les risques structurels pesant sur chaque entreprise du secteur.
Un autre danger guette par ailleurs le secteur aérien. Selon le Risk Barometer 2025 publié par Allianz, le risque cybernétique est désormais considéré comme la principale menace pour l’aviation mondiale, devant la supply chain ou le carburant. Dans le même temps, les assureurs observent une hausse des sinistres liés à des événements climatiques extrêmes perturbant les aéroports ou les hubs logistiques, ce qui accentue encore les pertes opérationnelles et financières des compagnies aériennes.
