Concurrence déloyale : Uber accuse les Taxis G7

Uber accuse le leader des taxis G7 de pratiques déloyales et obtient une perquisition spectaculaire à Paris. Derrière cette offensive, le géant des VTC dénonce des entraves à son service Uber Taxis et une stratégie visant à empêcher les chauffeurs de cumuler les plateformes. Une bataille de concurrence aux lourdes implications pour le marché du transport urbain.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 19 février 2026 6h10
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Concurrence déloyale : Uber accuse les Taxis G7 - © Economie Matin
50 MILLIARDS $Le chiffre d'affaires de Uber a dépassé les 50 milliards de dollars en 2025

Le 17 février 2026, les services d’instruction de l’Autorité de la concurrence ont mené une « opération de visite et saisie inopinée » dans le secteur du transport public particulier de personnes, selon un communiqué officiel publié le 18 février 2026. L’opération vise une entreprise « suspectée d’avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles », précise l’Autorité sans donner de noms. Mais depuis, l’information a fuité : c’est Uber qui a déclenché le contrôle, et ce sont les Taxis G7 qui sont accusés.

Uber déclenche une perquisition chez G7 sur fond de concurrence entre taxi et VTC

Très vite, plusieurs médias identifient la cible. Selon Le Parisien, il s’agit de la société de taxis G7, leader historique du secteur à Paris. La perquisition ferait suite à une plainte déposée par Uber pour « pratiques déloyales ». .

Environ 30 fonctionnaires de l’Autorité de la concurrence étaient présents lors de la perquisition, rapportent Le Dauphiné Libéré et L’Est Républicain. L’enquête porte donc sur des faits suffisamment sérieux pour mobiliser des moyens conséquents. De son côté, G7, fondée en 1905, n’a pas commenté.

Uber et le service Uber Taxis au cœur du différend avec G7

Au centre de l’affaire, Uber tente de défendre son service Uber Taxis. Ce dispositif permet à des chauffeurs de taxi de s’inscrire sur la plateforme Uber et d’effectuer des courses au prix du taximètre réglementé. Selon Le Parisien, Uber a saisi l’Autorité de la concurrence à propos de ce service, estimant que G7 se livrerait à des « pratiques déloyales » à son encontre.

« Leur différend porte sur la possibilité ou non », pour les taxis travaillant chez G7, d’effectuer également des courses via Uber, explique Le Dauphiné Libéré. Autrement dit, Uber reproche à G7 d’entraver la liberté de ses chauffeurs affiliés en les empêchant, directement ou indirectement, de recourir à une plateforme concurrente. Dans un marché déjà structuré par une forte rivalité entre taxi et VTC, cette question de multi-appartenance est stratégique.

Uber insiste d’ailleurs sur le développement de son offre dédiée aux taxis. Selon une porte-parole, le service Uber Taxis compterait 4 000 taxis enregistrés en région parisienne. Ce chiffre illustre l’ampleur de la stratégie d’Uber : au-delà des VTC, la plateforme cherche à intégrer les taxis traditionnels dans son écosystème numérique. Uber a d'ailleurs lancé l'extension du service Uber Taxis hors d’Île-de-France depuis 2025, notamment à Dijon et Rennes.

Uber dénonce des pratiques anticoncurrentielles de G7

En déposant plainte, Uber ne se contente pas d’un désaccord commercial. Le groupe vise explicitement le terrain du droit de la concurrence. L’Autorité de la concurrence parle d’une entreprise « suspectée d’avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles », dans son communiqué du 18 février 2026. Cette qualification est lourde. Elle renvoie à des comportements susceptibles de restreindre ou de fausser le jeu normal de la concurrence sur un marché.

Même si le détail précis des griefs n’est pas rendu public à ce stade, la plainte d’Uber s’inscrit clairement dans ce cadre. En contestant la possibilité pour les taxis affiliés à G7 d’opérer également via Uber, la plateforme américaine suggère qu’il existerait des clauses, des pressions ou des mécanismes dissuasifs. Or, en droit de la concurrence, toute pratique visant à limiter l’accès au marché d’un concurrent peut être examinée de près. En effet, si un acteur dominant entrave la liberté de ses partenaires d’aller vers un concurrent, la question de l’abus de position dominante ou d’ententes restrictives peut se poser. C’est précisément le rôle de l’Autorité de la concurrence d’enquêter sur ces soupçons.

Uber face à G7 : une bataille stratégique pour le marché des taxis

L’affaire révèle une recomposition du marché. Uber, historiquement identifié aux VTC, cherche désormais à agréger les taxis traditionnels. Avec 4 000 taxis enregistrés en région parisienne, Uber montre que son modèle séduit aussi des professionnels du taxi. Dès lors, la frontière entre taxi et VTC devient plus floue, ce qui accroît la pression sur des acteurs historiques. Pour G7, principal opérateur de taxis à Paris, l’enjeu est majeur. Si ses chauffeurs peuvent librement travailler avec Uber, la fidélité à la marque G7 pourrait s’en trouver fragilisée.

Pour l’instant, l’Autorité de la concurrence rappelle qu’une opération de visite et saisie ne préjuge pas de l’existence d’une infraction. L’enquête devra déterminer si les pratiques dénoncées par Uber constituent effectivement des atteintes à la concurrence. Cependant, le simple fait qu’une perquisition ait été autorisée après validation judiciaire signale que les soupçons sont jugés suffisamment sérieux pour justifier des investigations approfondies.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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