Selon une étude publiée le 18 février 2026 par la Drees, les scénarios de déremboursement de soins envisagés pour l’Assurance maladie pèseraient proportionnellement deux fois plus lourd sur les ménages modestes que sur les plus aisés. Derrière l’objectif d’économies, une fracture sociale se dessine.
Les ménages précaires, premières victimes du déremboursement des soins

Le 18 février 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) a publié une étude très attendue sur l’impact des déremboursements partiels de soins. L’enjeu est clair : comment réduire les dépenses de l’Assurance maladie sans aggraver les inégalités de santé ? Plusieurs pistes sont sur la table : hausse des tickets modérateurs, augmentation des franchises médicales ou des participations forfaitaires.
Assurance maladie : des économies d’un milliard sur le dos des ménages modestes
L’étude de la Drees simule plusieurs scénarios calibrés pour générer environ 1 milliard d’euros d’économies pour l’Assurance maladie obligatoire, selon le document publié le 18 février 2026. Les déremboursements partiels sont ainsi pensés comme un levier budgétaire précis, destiné à alléger la dépense publique.
Cependant, l’Assurance maladie ne transfère jamais une charge sans conséquence. Selon la Drees, « quelle que soit la mesure considérée, rapportée au revenu, le coût (de ces déremboursements) est deux fois plus élevé pour les ménages modestes que pour les ménages aisés, malgré la protection offerte par la complémentaire santé solidaire (C2S) ».
De fait, l’Assurance maladie, en réduisant sa part de remboursement, déplacerait la facture vers les patients ou leurs complémentaires santé. Or, cette bascule pèse différemment selon le niveau de vie. En proportion des revenus, l’effort demandé serait deux fois plus important pour les foyers modestes que pour les plus aisés. Les riches, qui pourraient payer le surcoût, sont donc relativement épargnés… alors que les plus précaires, qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois, se retrouvent dans une situation financière encore plus délicate.
Déremboursement des soins : un reste à charge plus lourd pour les ménages fragiles
Le projet de déremboursement partiel des soins est simple : l’Assurance maladie verrait sa contribution baisser, tandis que le reste à charge ou les primes de complémentaire augmenteraient. La Drees estime qu’en moyenne, l’impact atteindrait environ 35 euros par an et par ménage selon certaines simulations, d’après Le Quotidien du Médecin.
Mais cette moyenne masque des écarts. Selon La Tribune, le surcoût annuel pour les ménages modestes serait compris entre 20 et 23 euros. Pour les ménages aisés, il atteindrait entre 39 et 43 euros. En apparence, le montant est plus élevé pour les plus riches. Toutefois, rapporté aux revenus, l’effort représente entre 0,12 % et 0,13 % pour les ménages modestes, un poids proportionnellement bien plus lourd. Et si l’Assurance maladie repose historiquement sur un principe de solidarité, la Drees souligne que ces mesures « réduisent la progressivité du financement du système de santé », selon La Tribune. En d’autres termes, le financement deviendrait moins redistributif. Les ménages modestes consacreraient une part plus importante de leurs ressources à leur santé.
Assurance maladie : les personnes en mauvaise santé davantage pénalisées
L’impact du déremboursement ne dépend pas seulement du revenu. Il dépend aussi de l’état de santé. Selon la Drees, « la hausse des franchises médicales ou des participations forfaitaires pénalise davantage les personnes en mauvaise santé, en raison de leur consommation plus élevée de soins ». En effet, plus un patient consulte, plus il cumule des participations à sa charge.
L’Assurance maladie, en réduisant sa part de remboursement, accentuerait donc la pression sur ceux qui cumulent vulnérabilité économique et fragilité sanitaire. Les ménages précaires, mais aussi les malades chroniques, seraient en première ligne.
Complémentaire santé : la C2S ne suffit pas à compenser
Certes, l’Assurance maladie s’appuie sur la Complémentaire santé solidaire pour protéger les plus fragiles. Toutefois, la Drees note que cette protection ne couvre pas l’ensemble des ménages modestes. Certains ne remplissent pas les conditions d’éligibilité. D’autres n’y recourent pas.
Ainsi, même avec la C2S, l’Assurance maladie ne compenserait pas totalement les effets des déremboursements. Le seuil d’accès crée une zone grise. Les ménages aux revenus légèrement supérieurs aux plafonds restent exposés à la hausse du coût des soins.
Face à cette situation, l’étude explore une alternative. Plutôt que de diminuer les remboursements de l’Assurance maladie, il serait possible d’augmenter les prélèvements obligatoires qui la financent. Selon les simulations de la Drees, cette option pèserait proportionnellement moins sur les ménages modestes et sur les personnes en mauvaise santé.
