Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont ravivé les tensions au Moyen-Orient et fait grimper l’incertitude sur les marchés, en raison des risques sur le détroit d’Ormuz et de la suspension de sites pétroliers. Deux scénarios principaux émergent désormais.
Scénarios envisageables pour le conflit américano-iranien

Le premier scénario, qui constitue notre scénario central, repose sur l’hypothèse d’une perturbation temporaire et limitée de l’approvisionnement énergétique mondial. Nous anticipons une détente des prix du pétrole, à mesure que les marchés seront rassurés sur le caractère transitoire des perturbations, la préservation des infrastructures clés et la désescalade des tensions militaires. Une volatilité persistante pourrait perdurer à court terme, mais l’impact global resterait comparable à celui observé lors des précédents chocs géopolitiques. Dans ce contexte, le prix du pétrole devrait progressivement revenir autour de 67 dollars le baril avant l’été. Nous estimons que la dynamique actuelle de croissance et de politiques économiques, conjuguée au contexte géopolitique, continue de plaider en faveur d’une diversification à la fois géographique et sectorielle. Néanmoins, nous restons positifs sur les marchés actions mondiaux, portés par la résilience de l’économie, le soutien des politiques monétaires et budgétaires, ainsi que la solidité des résultats d’entreprises, malgré la persistance des risques géopolitiques.
Le deuxième scénario, qualifié de scénario de risque, envisage une perturbation plus durable de la production et/ou du transport énergétique, entraînant une hausse prolongée des prix de l’énergie et un impact nettement plus marqué sur l’économie et les marchés mondiaux, à l’instar des chocs observés après la guerre du Kippour en 1973 ou au début du conflit entre la Russie et l’Ukraine en 2022. Dans un tel contexte, les prix de l’énergie pourraient s’envoler pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Selon l’ampleur et la durée de la crise, le Brent pourrait atteindre, voire dépasser, 90 dollars le baril, les flux perdus via le détroit d’Ormuz ne pouvant être compensés ailleurs. Les pays de l’OCDE mobiliseraient probablement leurs réserves stratégiques pour contenir la hausse des prix. Si la situation se prolongeait, la flambée des prix de l’énergie pèserait sur la consommation des ménages et les coûts des entreprises, freinant ainsi la croissance mondiale.
Les gouvernements pourraient chercher à amortir le choc, mais leur capacité d’action serait limitée par des niveaux d’endettement déjà élevés, tandis que les banques centrales pourraient décider d’ignorer le rebond temporaire de l’inflation et privilégier un assouplissement de leur politique monétaire pour soutenir l’activité. Malgré tout, les marchés actions subiraient probablement une correction marquée, et le rebond pourrait tarder compte tenu de l’ampleur du choc économique. Dans ce scénario, les investisseurs peuvent renforcer la résilience de leurs portefeuilles en intégrant des stratégies de couverture ou des instruments de diversification. Par exemple, une exposition diversifiée aux matières premières peut constituer une source potentielle de protection face à une hausse durable des prix. Il est également recommandé de maintenir une part suffisante d’obligations de qualité et de solutions alternatives, telles que les hedge funds, qui peuvent contribuer à atténuer la volatilité et à limiter l’impact des chocs sur le portefeuille.
Quel serait l’effet de la hausse des prix du pétrole sur l’économie mondiale ? L’impact économique mondial de la hausse des prix du pétrole dépend à la fois de sa durée et de son ampleur. Selon nous, les prix du pétrole devraient rester élevés pendant au moins plusieurs mois pour avoir un effet significatif sur la croissance ou l’inflation, ce qui ne correspond pas à notre scénario de référence. Globalement, un choc pétrolier prolongé présenterait probablement un risque plus important pour l’inflation que pour la croissance, d’autant plus que les freins à la croissance seraient vraisemblablement en partie compensés par une augmentation des investissements dans le secteur de l’énergie. Depuis le développement du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis à partir de 2012, le pays a considérablement réduit sa dépendance aux importations énergétiques et est même devenu, ces dernières années, exportateur net de pétrole et de gaz. Cette évolution offre à l’économie américaine une protection significative face à une éventuelle hausse prolongée des prix du pétrole. Par ailleurs, l’impulsion budgétaire attendue, qui devrait constituer le principal moteur de croissance en 2026, renforcera encore la résilience de l’économie. Des hausses prolongées du prix du pétrole exercent habituellement une pression haussière sur l’inflation à court terme. Cette dynamique s’ajoute aux tensions inflationnistes en cours, surtout dans les services essentiels et les biens de consommation courante.
Le conflit en Iran pèse sur l’euro. Le conflit en Iran influence le taux de change euro/dollar principalement à travers la hausse des prix de l’énergie. Actuellement, l’EUR/USD évolue quasiment en parallèle avec la progression combinée des prix du pétrole et du gaz naturel. Cette réaction de marché rappelle celle observée lors de la fermeture du gazoduc Nordstream en juin 2022 : il s’agit d’un choc d’offre négatif, qui se traduit pour l’Europe par un transfert direct de richesse vers les producteurs étrangers, libellé en dollars.
Nous estimons que les risques associés à notre prévision EUR/USD à 1,20 demeurent globalement équilibrés à l’horizon des prochains trimestres. En revanche, à très court terme, la parité devrait rester sous pression tant que la situation au Moyen-Orient restera incertaine.
