Des congés payés pour soigner votre animal ? Ce pays ouvre la voie

En Italie, les congés payés pour s’occuper d’un chien ou d’un chat malade font le tour des réseaux sociaux. L’idée est vraie sur le fond, mais beaucoup moins simple sur le plan juridique : il ne s’agit pas, à ce stade, d’un droit automatique accordé à tous les salariés du pays.

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By Aurélie Giraud Last modified on 10 avril 2026 13h14
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Le cas italien relance la question de la place de l’animal de compagnie dans le droit du travail. - © Economie Matin
2 JOURSNombre de jours de congés payés obtenus par une employée romaine pour s’occuper de son chien devant subir une opération.

Poser deux jours pour conduire Médor au bloc opératoire, sans voir son salaire fondre. La formule paraît étonnante, mais le sujet est devenu très sérieux en Italie. Depuis un cas emblématique survenu à l’université La Sapienza, la question de l’absence rémunérée pour soigner un animal domestique a quitté la rubrique des curiosités pour entrer dans le champ du droit du travail et de la protection animale.

Des congés payés nés d’un cas concret à Rome

Le point de départ est bien identifié. En octobre 2017, une salariée de l’université La Sapienza, à Rome, a obtenu deux jours de congés payés pour assister son chien, qui devait subir une opération. L’ANSA raconte qu’elle a pu faire reconnaître la situation comme un « grave motivo personale », autrement dit un motif personnel grave. Sky TG24 résumait la qualification retenue de manière encore plus large, en évoquant un « grave motivo personale o famigliare ». 

Le dossier ne reposait pas sur une simple faveur accordée par l’employeur. Selon l’ANSA, la salariée, aidée par la LAV, a soutenu que l’absence de soins pouvait l’exposer à un manquement répréhensible au regard du droit italien de la protection animale. L’université a finalement accordé l’absence après présentation d’un certificat vétérinaire. Le président de la LAV, Gianluca Felicetti, y voyait alors « un altro significativo passo in avanti », soit une nouvelle avancée significative. 

Ce précédent a marqué les esprits parce qu’il a donné une traduction concrète à une évolution plus profonde : l’animal de compagnie n’est plus seulement perçu comme un bien domestique, mais comme un être vivant dont la prise en charge peut produire des effets jusque dans l’organisation du travail. 

Ce que dit vraiment le droit italien

C’est ici qu’il faut distinguer le symbole juridique de la règle générale. À ce stade, l’Italie n’a pas encore instauré un droit universel et automatique pour tous les salariés du pays permettant de s’absenter avec maintien de salaire dès qu’un animal tombe malade. En revanche, plusieurs éléments officiels montrent que le terrain juridique existe bel et bien. 

D’abord, l’article 727 du code pénal italien sanctionne l’abandon d’animaux ainsi que leur détention dans des conditions incompatibles avec leur nature et générant de graves souffrances. Un document parlementaire officiel rappelle que, selon la jurisprudence de la Cour de cassation, le texte ne vise pas seulement les actes de cruauté intentionnels, mais aussi les comportements d’incurie. Le même document souligne qu’à partir de cette base, une administration publique, en l’occurrence La Sapienza, a reconnu la possibilité d’un permis de travail rémunéré pour assister son animal domestique. 

Ensuite, une proposition de loi a bien été déposée pour transformer cette ouverture en droit national. Le texte A.C. 2453, présenté à la Chambre des députés le 12 juin 2025, vise explicitement l’« istituzione di un permesso retribuito per i casi di malattia o morte dell’animale di affezione », soit l’instauration d’un congé rémunéré en cas de maladie ou de décès de l’animal de compagnie. Le texte prévoit deux jours ouvrables par an en cas de décès de l’animal, et jusqu’à six heures sur l’année civile en cas de maladie. Il impose aussi un microchip, une inscription au registre et un certificat vétérinaire présenté à l’employeur. 

Autrement dit, l’information largement relayée depuis quelques jours doit être maniée avec précision : l’Italie a ouvert la voie, mais le régime national complet appartient encore au champ de la proposition de loi, pas de la loi en vigueur pour tous. 

Une idée sérieuse, mais encore en attente de traduction nationale

Le suivi parlementaire confirme cette prudence. D’après le fascicule d’iter du Sénat italien, le texte a été assigné à la 11e commission permanente le 14 octobre 2025, mais l’examen n’avait pas encore commencé, à la date du 16 mars 2026. Sur le plan législatif, le dossier est donc réel, identifié, documenté, mais il n’est pas encore arrivé au terme de son parcours. 

Cela n’enlève rien à sa portée politique et sociale. Dans son exposé des motifs, la proposition de loi explique que les animaux de compagnie occupent désormais une place centrale dans de nombreux foyers italiens. Le texte ajoute que, faute de dispositif spécifique, les salariés doivent souvent utiliser leurs congés ordinaires ou se rendre au travail malgré une situation personnelle dégradée par la maladie ou la perte de l’animal. Il cite même des entreprises ayant déjà introduit des autorisations spécifiques dans leurs accords internes. 

Le sujet dépasse donc le simple fait divers sympathique. Il pose une question de fond : jusqu’où le droit du travail peut-il intégrer l’évolution de la structure familiale et la place prise par les animaux de compagnie dans la vie quotidienne ? En Italie, cette interrogation a déjà franchi plusieurs étapes : une jurisprudence favorable, une reconnaissance administrative ponctuelle, puis une initiative parlementaire. 

Et en France ? Rien de comparable dans le droit actuel

Le contraste avec la France est net. Le Code du travail prévoit bien des congés pour événements familiaux, mais ceux-ci concernent le mariage, la naissance, l’adoption, le décès de certains proches ou encore l’annonce d’un handicap ou d’une pathologie grave chez un enfant. Aucun de ces cas ne vise l’animal de compagnie malade. 

Dans l’état actuel des textes, un salarié français ne dispose donc pas d’un congé légal spécifique pour accompagner un chien ou un chat chez le vétérinaire, ni pour faire face à la maladie ou au décès de son animal. En pratique, il faut mobiliser des congés payés, des RTT, ou obtenir un aménagement négocié avec l’employeur. Sur ce point, la France reste dans un cadre beaucoup plus classique que celui qui se dessine aujourd’hui en Italie. 

Cette différence éclaire aussi l’intérêt du cas italien. Il ne s’agit pas seulement d’une curiosité venue d’ailleurs. C’est un test grandeur nature sur la manière dont un pays européen commence à articuler protection animale, réalités familiales et règles du salariat. Et c’est précisément parce que le sujet touche à ces trois dimensions qu’il suscite autant d’attention.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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