Après deux années de crise aiguë, la maison individuelle neuve reprend des couleurs. En 2025, les ventes et la construction rebondissent nettement, dopées par l’élargissement du prêt à taux zéro (PTZ). Mais derrière l’embellie, le marché immobilier reste fragile, encore loin de ses niveaux historiques.
Immobilier : la maison individuelle sort (enfin) de la crise

Le 24 février 2026, le Pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment (FFB) a dévoilé ses chiffres pour 2025. Verdict : la maison individuelle sort de l’ornière. Selon les données communiquées lors de cette conférence de presse, 67 800 maisons neuves ont été vendues en 2025, soit une progression de 33,5 % par rapport à 2024.
Un marché de la maison neuve relancé par le PTZ et le crédit immobilier
Dans le détail, le segment de l’individuel diffus affiche un glissement annuel de +33,3 % sur douze mois à fin décembre 2025, selon le dossier de presse du Pôle Habitat FFB. Sur des périodes plus courtes, la dynamique reste solide : +34,8 % sur neuf mois, +29,2 % sur six mois et +18,5 % sur trois mois.
Cette reprise est largement attribuée au prêt à taux zéro. « Il y a un vrai effet du prêt à taux zéro l’an dernier », a déclaré Grégory Monod, président du Pôle Habitat FFB, cité par Batinfo le 24 février 2026. Un diagnostic partagé par plusieurs médias nationaux.
Le dispositif a en effet été profondément remanié au 1er avril 2025. Le PTZ peut désormais financer l’acquisition d’une maison individuelle neuve sur l’ensemble du territoire, alors qu’il était auparavant plus restrictif, selon Service Public. Il peut couvrir entre 10 % et 30 % du montant de l’opération selon les revenus du ménage, d’après la même source officielle.
Conséquence directe : la distribution de PTZ dans le logement neuf a bondi de 76,6 % en 2025, avec 41 128 prêts accordés, selon Batinfo. Christophe Boucaux, délégué général du Pôle Habitat FFB, évoque « proche des 18 000 prêts à taux zéro supplémentaires accordés en 2025 ».
Construction de maisons individuelles neuves : un rebond encore fragile
Malgré cette embellie, le marché de la maison reste loin de ses standards historiques. Les 67 800 ventes enregistrées en 2025 demeurent inférieures de 42,1 % à la moyenne annuelle de long terme, établie à 117 125 ventes sur la période 2006-2025. Autrement dit, le secteur du bâtiment retrouve de l’oxygène, mais pas encore son souffle d’avant-crise. « Nous avons clairement bénéficié d’un “effet PTZ” suite à son élargissement l’an dernier », a insisté Grégory Monod dans Batiactu. Cependant, cette relance repose en grande partie sur une décision politique.
La production de crédits immobiliers aux particuliers dans le neuf progresse également de 28,1 % en glissement annuel à fin décembre 2025, selon le dossier de presse du Pôle Habitat FFB. Néanmoins, sur trois mois, la hausse ralentit à +9,2 %, signalant un possible tassement de la dynamique.
Par ailleurs, tous les segments de l’immobilier neuf ne bénéficient pas de la même dynamique. Dans la promotion immobilière, les ventes de logements neufs affichent encore un recul de 6,9 % en glissement annuel sur quatre trimestres à fin T4 2025. La maison individuelle fait donc figure d’exception dans un marché globalement convalescent.
Les primo-accédants profitent du PTZ
Le rebond profite d’abord aux primo-accédants. Selon Christophe Boucaux, « 72 % des PTZ ont aidé les primo-accédants à acquérir une maison individuelle », d’après Batinfo. L’accession à la propriété redémarre donc, soutenue par des conditions de financement redevenues plus favorables. En revanche, l’investissement locatif privé continue de décrocher. Les ventes aux investisseurs particuliers tombent à 9 469 logements en 2025, en recul de 51,1 % par rapport à 2024. Ce niveau reste très éloigné de la moyenne annuelle de long terme, fixée à 41 613 ventes sur la période 2012-2025. Cette divergence crée un déséquilibre structurel. D’un côté, l’accession à la propriété se redresse grâce au soutien public. De l’autre, l’offre locative privée se contracte fortement, ce qui pourrait accentuer les tensions sur le marché du logement.
Le Pôle Habitat FFB met d’ailleurs en garde contre un risque social. « Là, on voit que tout explose, avec des décisions politiques qui ont accéléré encore plus le déclenchement du processus de bombe sociale », a déclaré Grégory Monod, cité par upday. Derrière la formule, l’inquiétude est claire : sans production suffisante, la pression sur les prix et les loyers pourrait s’aggraver.
Perspectives du marché immobilier de la maison individuelle neuve
En 2025, le prix moyen d’une maison neuve s’établit à 198 000 euros, pour une surface moyenne de 112 m², selon le dossier de presse du Pôle Habitat FFB. Ces données donnent une idée du ticket d’entrée pour les ménages souhaitant faire construire. Dans le même temps, le secteur affiche une ambition prudente pour 2026. Christophe Boucaux table sur une hausse supplémentaire de 10 % des ventes et espère se rapprocher de 75 000 transactions. Une progression qui confirmerait la sortie progressive de la crise.
Toutefois, le chemin reste long. Le Pôle Habitat FFB rappelle que l’objectif public de construire 2 millions de logements à horizon 2030 ne pourra être atteint sans un segment d’individuel neuf dynamique, en accession comme en locatif, selon son communiqué. Ainsi, la maison individuelle retrouve une place centrale dans le débat sur le logement. Elle redevient un moteur du bâtiment, un levier d’accession à la propriété et un indicateur clé de la santé du marché immobilier. Mais sa dépendance aux dispositifs publics interroge. La relance de 2025 marque un tournant. Reste à savoir si elle s’inscrira dans la durée.
