COP27 : trois sujets brûlants pour un sommet climatique décisif

La conférence annuelle des Nations unies sur le climat, la COP27, se tiendra du 6 au 18 novembre 2022 à Charm El-Cheikh, en Égypte. Elle rappellera la nécessité et l’urgence de mettre en œuvre des programmes plus stricts de réduction des émissions et mettra en lumière les besoins du monde en développement. Nous en résumons les trois priorités.

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Par Stéphane Monier Modifié le 29 novembre 2022 à 9h21
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370 MILLIARDS $L'Inflation Reduction Act prévoit un financement de quelque 370 milliards de dollars pour les énergies propres

Réduire les émissions et préserver l'objectif de limitation à 1,5°C

Après des années d'inertie, la dernière Conférence des Parties (COP26) de Glasgow, a réalisé de solides progrès dans divers domaines de l'action climatique grâce à de nouveaux engagements visant à éliminer progressivement l'énergie au charbon, et à limiter la déforestation et les émissions de méthane. Le pacte de Glasgow pour le climat a réitéré l'ambition de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, du moins sur le papier, et de nombreux pays ont fixé de nouveaux objectifs d'émissions ou les ont actualisés, s'engageant à les revisiter et à les renforcer jusqu'en septembre 2022.

Le succès, ici, déterminera notre capacité à éviter un réchauffement catastrophique menaçant la vie sur terre. Mais seuls 12% des pays (23 sur 197) ont respecté l'échéance de septembre 2022 et révisé leurs programmes climatiques. Un grand nombre d'engagements actuels ne comportent pas d'étapes détaillées de mise en œuvre, ni d'objectifs annuels de réduction, pourtant de plus en plus cruciaux au fur et à mesure que se rapproche l'échéance de 2030 pour la réduction de moitié des émissions. Une évaluation de l'ONU publiée fin octobre a conclu qu'il n'existe « aucune voie crédible » pour limiter l'augmentation de la température mondiale à 1,5°C. Les politiques actuelles indiquent une augmentation de 2,8°C d'ici la fin du siècle, et de 2,4 à 2,6°C si toutes les promesses faites à ce jour sont intégralement tenues. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) souligne qu'une augmentation de 1,1°C a déjà eu lieu.

Cette année, des progrès ont été réalisés : le nouveau gouvernement australien est revenu à la table des négociations sur le climat et l'Inde a fixé des objectifs d'émissions plus ambitieux. Les forces favorisant la transition vers la durabilité – le changement de comportement des consommateurs, la pression des investisseurs, la réglementation et les nouvelles technologies ­– génèrent un nouveau regard et de nouvelles solutions. L'initiative indépendante Science Based Targets (SBTi), par exemple, est devenue la référence en matière d'objectif zéro émission nette pour les entreprises, en canalisant avec succès l'attention des médias et des investisseurs afin de provoquer le changement. A l'occasion de la COP27, les programmes des pays seront sous les projecteurs médiatiques. Les progrès accomplis formeront l'un des principaux critères d'évaluation du sommet.

COP 27 : Coup de projecteur sur le monde en développement

Alors que les preuves de l'urgence climatique s'accumulent, les discussions de la COP27 pourraient être particulièrement animées. L'année 2022 a été marquée par des sécheresses dévastatrices au Kenya, par l'inondation d'un tiers du Pakistan, par l'été le plus chaud qu'ait connu l'Europe depuis 500 ans et par la demande d'un groupe de nations insulaires pour un nouveau refuge lorsque leurs habitations sombreront sous les eaux. Les manifestations en faveur du climat se sont multipliées. Avec sa nouvelle présidence africaine, l'attention de cette COP se portera sur une transition « juste ». Les pays du G20 sont responsables de 80% des émissions mondiales, alors que ce sont les pays les plus pauvres qui en subissent les principaux dommages. L'engagement pris en 2009 par les pays riches de verser 100 milliards de dollars par an pour les aider à faire face à la crise climatique ne s'est pas matérialisé (cf. graphique). Les financements existants ont été critiqués parce qu'ils ne consistent pas en subventions, mais en prêts comportant peu de compensations comparativement aux taux du marché, et qu'ils sont destinés aux pays à revenu moyen plutôt qu'aux pays les plus pauvres.

Dans le contexte actuel de la crise alimentaire et énergétique, il y a urgence à débattre de l'augmentation des financements, de la recherche de nouveaux modèles de financement et de l'indemnisation des pays en développement pour les « pertes et dommages » subis à ce jour. Des taxes mondiales sur le carbone, les voyages aériens, le transport maritime ou les transactions financières ont été proposées par des nations vulnérables pour faire face à l'impact des inondations et des incendies de forêt et développer des systèmes d'alerte précoce. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a demandé à ce que les entreprises du secteur de l'énergie soient soumises à des taxes exceptionnelles. La notion de « réparations climatiques » n'en est qu'à ses balbutiements, mais le Danemark, l'Écosse et la région wallonne de Belgique ont tous promis des fonds modestes, mais symboliquement importants, pour aider les communautés touchées. L'UE travaille également sur un ensemble de propositions de financement pour aider les victimes de catastrophes climatiques.

Dans le même temps, l'Allemagne a proposé un « bouclier mondial contre les risques climatiques », qui sera discuté lors de la COP27. Ce bouclier permettrait de financer une meilleure sécurité sociale et des réserves pour les catastrophes en s'appuyant principalement sur les solutions d'assurance et de réassurance, domaine dans lequel l'Allemagne dispose d'une grande expertise. Des idées créatives, s'appuyant sur des flux financiers publics et privés, seront nécessaires.

Les prix de l'énergie et du carbone au centre de la COP27

La COP27 a pour toile de fond la guerre entre la Russie et l'Ukraine, qui a radicalement redessiné les réseaux et les politiques énergétiques de la planète. L'énergie est un thème central du sommet: la production et la consommation d'énergie représentent environ deux tiers des émissions mondiales, selon le Forum économique mondial, la majeure partie continuant à dépendre des combustibles fossiles. Cette proportion n'a guère évolué au cours de la dernière décennie, mais il existe aujourd'hui des raisons portant à l'optimisme. Si la crise énergétique déclenchée par l'invasion de l'Ukraine a soutenu l'énergie au charbon à court terme, elle a accéléré à plus long terme le passage des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, en partie parce que la hausse du coût des combustibles fossiles a accéléré la transition vers des solutions vertes. Le plan REPowerEU concentre les initiatives en matière d'énergie durable ; la loi américaine « Inflation Reduction Act » prévoit un financement de quelque 370 milliards USD pour les énergies propres. Ces deux mesures pourraient servir de catalyseurs à une augmentation des investissements de la part du secteur privé.

Dans le contexte actuel d'inflation persistante et d'augmentation du coût de la dette, l'attrait des dépenses publiques à large échelle liées à l'environnement s'est étiolé. Pourtant, grâce aux progrès technologiques, le coût des énergies solaire et éolienne est désormais compétitif comparativement au charbon et au gaz pour la construction de nouvelles infrastructures. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les nouvelles politiques nationales des pays développés verront les investissements dans les énergies propres augmenter de 50% par rapport aux niveaux actuels d'ici 2030, à quelque 2 000 milliards de dollars. Fait encourageant, ce sont les pays en développement qui recèlent le plus grand potentiel et c'est là que les progrès les plus décisifs sont réalisés. L'Inde a atteint très tôt ses objectifs en matière de production d'énergie propre ; la Namibie et le Salvador affichent dans leur mix énergétique des pourcentages d'énergie solaire parmi les plus élevés au monde. Des pays plus petits, comme l'Érythrée et le Rwanda, s'engagent également dans cette voie. La COP27 peut contribuer au partage des meilleures pratiques et faciliter le transfert des technologies afin que les pays en développement puissent bénéficier de ces nouvelles solutions.

Le sommet va aussi s'intéresser à une tarification du carbone plus réaliste, reflétant le coût des émissions et contribuant à guider les capitaux vers des solutions vertes. Le FMI estime que le prix du carbone ou les systèmes d'échange de quotas d'émission ne couvrent qu'un tiers des émissions mondiales, tandis que le prix moyen actuel de 6 USD par tonne doit augmenter à près de 75 USD d'ici 2030. On attend aussi de la COP27 qu'elle aborde la question des compensations carbone, ou du financement des activités qui neutralisent les émissions ou les retirent de l'atmosphère. Un feu vert pour un examen plus approfondi de ces activités et pour une normalisation et une réglementation accrues par l'Initiative sur l'intégrité des marchés volontaires du carbone constituerait une avancée considérable.

La COP27 se déroule dans un contexte plus sombre que la COP26, avec une toile de fond macroéconomique plus fragile, un monde aux prises avec une inflation élevée et une guerre en Ukraine qui pèse sur la sécurité alimentaire et énergétique. Pourtant, dans un contexte de crise climatique imminente, nous devons saisir toutes les opportunités de changement. Dans le même temps, les moteurs de la transition vers la durabilité continuent à accélérer, apportant des certitudes dans une période de grande incertitude. Notre rôle, pour le compte de nos clients, consiste à nous concentrer sur les entreprises qui fournissent des solutions et sur les leaders de la décarbonation. Cela nous permet d'atténuer le risque de portefeuille et de rechercher des sources de surperformance potentielle.

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Stéphane Monier est Chief investment officer chez Lombard Odier.

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