La Corée du Sud officialise son projet Jangbogo-N de sous-marin nucléaire d’attaque

La Corée du Sud officialise le projet Jangbogo-N pour développer son premier sous-marin nucléaire d’attaque d’ici 2035, marquant une rupture stratégique majeure face aux menaces nord-coréennes. Ce programme industriel de quarante ans générera plus de 40 000 emplois tout en renforçant la dissuasion régionale.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Last modified on 27 mai 2026 10h28
La Corée du Sud officialise son projet Jangbogo-N de sous-marin nucléaire d'attaque
La Corée du Sud officialise son projet Jangbogo-N de sous-marin nucléaire d'attaque - © Economie Matin
20 %Séoul a fait le choix d'une technologie fondée sur l'uranium faiblement enrichi, en deçà du seuil de 20 %

La Corée du Sud franchit un cap stratégique avec son programme de sous-marin nucléaire

Le 26 mai 2026 restera une date charnière dans l'histoire navale de la Corée du Sud. Lors de la première réunion du Future Defense Strategy Committee, réunie sur la base navale de Jinhae, le ministre de la Défense Ahn Gyu-back a officiellement dévoilé le projet Jangbogo-N, programme d'envergure destiné à doter le pays de son premier sous-marin nucléaire d'attaque.

Cette annonce retentissante survient dans un contexte géopolitique particulièrement chargé, alors que les menaces nucléaires nord-coréennes se font de plus en plus pressantes. Selon Le Monde, Pyongyang a d'ailleurs procédé le même jour à un nouveau tir de missiles, supervisé en personne par Kim Jong-un, exhibant une "puissance destructrice" délibérément renforcée.

Un calendrier industriel ambitieux entre 2030 et 2040

Le ministre Ahn Gyu-back a tracé les contours temporels du projet avec une précision qui ne laisse guère place au doute : "Nous développerons et construirons, avec notre propre technologie et sur le territoire national, des sous-marins nucléaires, en vue de lancer le premier bâtiment au milieu des années 2030 et de le rendre opérationnel dans la seconde moitié de cette décennie." Une déclaration qui tranche définitivement avec les suggestions américaines de délocalisation du chantier. En novembre 2025, Donald Trump avait en effet évoqué sur X une construction à Philadelphie, "dans notre bonne vieille Amérique". Séoul avait aussitôt recadré les choses, affirmant, selon Le Figaro, que "du début à la fin, les discussions entre dirigeants s'étaient déroulées en partant du principe que la construction aurait lieu en Corée du Sud". Mer et Marine confirme que Seoul vise une mise en service dans les dix ans à venir.

Une rupture technologique face aux contraintes de la flotte conventionnelle

La flotte sous-marine sud-coréenne se compose aujourd'hui de 21 unités à propulsion classique, réparties entre les classes Jang Bogo (KSS-I), Son Won-il (KSS-II) et Dosan Ahn Chang-ho (KSS-III). Ces dernières, équipées de missiles balistiques Hyunmoo via des systèmes de lancement vertical, demeurent pourtant prisonnières de leur motorisation diesel-électrique. Les contraintes opérationnelles sont réelles : obligation de faire surface régulièrement pour recharger les batteries, vitesses immergées modestes, endurance structurellement limitée. À l'opposé, la propulsion nucléaire ouvrirait la voie à des vitesses soutenues dépassant les 25 nœuds et à des plongées de plusieurs mois consécutifs, transformant en profondeur les capacités de surveillance et de dissuasion de la marine sud-coréenne.

L'uranium faiblement enrichi : un choix stratégique autant que diplomatique

Séoul a fait le choix d'une technologie fondée sur l'uranium faiblement enrichi, en deçà du seuil de 20 %, se démarquant ainsi des filières hautement enrichies — à plus de 90 % — adoptées par Washington et Londres. Ce positionnement technique traduit une volonté affirmée de respecter scrupuleusement les engagements de non-prolifération nucléaire. Ahn Gyu-back l'a d'ailleurs redit sans ambiguïté : Séoul "ne possède aucune forme d'armes nucléaires et n'a aucune intention d'en développer". Cette démarche s'inscrit pleinement dans le cadre de l'accord de coopération nucléaire américano-sud-coréen révisé, qui autorise désormais un tel programme naval.

Des retombées économiques considérables sur quatre décennies

Au-delà des enjeux sécuritaires, le projet Jangbogo-N se présente comme un puissant levier de développement industriel. Les estimations gouvernementales font état de plus de 40 000 emplois créés sur quarante ans, dans des secteurs aussi variés que l'ingénierie de réacteurs navals, le soudage qualifié nucléaire, la modernisation des chantiers, la sécurité radiologique ou encore la gestion du combustible et le démantèlement. Cette dynamique repose sur un socle industriel déjà solide : HD Hyundai Heavy Industries et Hanwha Ocean figurent parmi les deux plus grands constructeurs navals commerciaux au monde, et Hanwha Ocean maîtrise de longue date l'intégration sous-marine, ayant produit l'ensemble des séries KSS-I, KSS-II et KSS-III.

Une réponse calibrée à l'escalade militaire régionale

Le projet prend tout son sens au regard d'un environnement sécuritaire délibérément dégradé par Pyongyang. La Corée du Nord a comptabilisé huit tirs d'essai depuis le début de l'année 2026, tandis que Pékin étend ses opérations sous-marines dans l'ensemble du Pacifique occidental. Kim Jong-un, présent en personne lors des derniers essais, a insisté sur l'impératif d'une "puissance destructrice" capable de "rendre toute force adverse incapable de survivre". Radio KBS World souligne que cette rhétorique belliciste nourrit directement l'urgence du programme Jangbogo-N.

Face à ces défis, le président Lee Jae-myung a présenté ces futurs sous-marins nucléaires comme "un symbole de notre détermination à assumer la responsabilité de la paix et de la sécurité dans la péninsule coréenne" — une formule lourde de sens alors que les deux Corées demeurent techniquement en état de guerre depuis l'armistice de 1953. L'intégration de ces bâtiments dans l'architecture Kill Chain nationale permettra une surveillance continue des corridors de transit pacifiques, affranchie de toute dépendance logistique avancée. Une capacité inédite qui transformera en profondeur la doctrine navale de Séoul, faisant glisser sa posture d'une défense littorale vers une dissuasion régionale permanente et souveraine.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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