CPF : vers un reste à charge de 350 euros pour les formations non-prioritaires ?

Le gouvernement envisage de moduler la somme payée par les personnes qui utilisent leur compte personnel de formation (CPF). Le montant dépendrait du caractère prioritaire de la certification choisie et de l’existence d’un cofinancement. À ce stade, les 350 euros sont une hypothèse de réforme, pas un tarif en vigueur.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 24 septembre 2026 9h57
Le reste à charge du CPF pourrait passer de 150 à 350 euros pour certaines formations. Qui serait concerné et quelles règles s’appliquent aujourd’hui ? ChatGPT
Le reste à charge du CPF pourrait passer de 150 à 350 euros pour certaines formations. Qui serait concerné et quelles règles s’appliquent aujourd’hui ? ChatGPT - © Economie Matin

Un marché de la formation déjà transformé par les nouvelles règles

Le projet arrive alors que les usages du CPF évoluent. Dans son étude originale La formation professionnelle financée par le CPF en 2025 : quels sont les prix de formation ?, publiée en juillet 2026, la Caisse des Dépôts chiffre à 1.785 euros le coût moyen d’un dossier souscrit en 2025. Elle recense aussi 188.400 formations proposées sur la plateforme à la fin de cette année-là. Ces deux chiffres décrivent des réalités différentes : le premier porte sur les formations achetées, le second sur l’offre disponible. La Caisse des Dépôts observe que les salariés et les autres personnes non inscrites à France Travail souscrivent des parcours plus longs qu’en 2024. Elle relève notamment que la participation obligatoire les incite à regrouper leurs formations dans un même dossier. De son côté, la Dares dénombre 1.226.000 formations commencées avec le CPF en 2025, soit 11% de moins qu’en 2024. Plusieurs changements réglementaires sont intervenus durant cette période. Cette baisse ne peut donc pas être attribuée à la seule participation financière.

La règle applicable aujourd’hui est plus simple que celle envisagée. Depuis avril 2026, la participation obligatoire est fixée à 150 euros, sauf exonération. Elle est demandée même lorsque le solde du CPF suffit à couvrir le prix affiché. Pour une formation à 1.000 euros, une personne disposant d’assez de droits peut ainsi mobiliser 850 euros de son compte et payer les 150 euros restants. Dans le scénario étudié par le gouvernement, un salarié choisissant une certification non prioritaire, sans cofinancement, paierait 350 euros : 200 euros de plus. Si ses droits CPF ne couvrent déjà pas le prix de la formation, sa dépense personnelle pourrait dépasser ce forfait. Il faut donc distinguer la participation obligatoire du montant total à régler au moment de l’inscription. Le chiffre de 350 euros reste soumis aux décisions et aux textes nécessaires à son application.

La certification et le cofinancement détermineraient la facture

Selon les contours du projet communiqués par l’entourage du ministre du Travail, l’usager devrait d’abord préciser son objectif professionnel et la formation souhaitée dans un questionnaire. Une liste de certifications prioritaires serait ensuite définie par arrêté, après consultation des partenaires sociaux et des organisations patronales. Pour un salarié, une certification inscrite sur cette liste conserverait une participation de 150 euros. Une formation absente de la liste pourrait entraîner un paiement de 350 euros en l’absence de cofinancement. Le projet prévoit aussi une exonération pour les actifs dont la formation reçoit au moins 150 euros d’un autre financeur. Les demandeurs d’emploi seraient exonérés pour une certification prioritaire, mais paieraient 150 euros pour une certification non prioritaire sans cofinancement. Ce dernier point marquerait un changement : dans le régime actuel, les demandeurs d’emploi sont exonérés de la participation forfaitaire. Tant que la liste et les modalités définitives ne sont pas publiées, il est impossible d’affirmer qu’une formation précise coûtera 150 ou 350 euros.

L’enjeu dépasse la hausse du forfait. Un salarié qui prépare une reconversion pourrait avoir besoin d’une formation utile à son projet, sans que sa certification figure parmi les priorités nationales. Le rapport d’information sur la régulation du CPF remis au Sénat en juillet 2026 invite à examiner cet effet sur l’accès à la formation. Son rapporteur, Emmanuel Capus, estime que le premier ticket obligatoire semble avoir légèrement réduit le recours au dispositif chez les non-cadres. Il recommande aussi de développer les apports financiers des employeurs et d’autres acteurs pour orienter les parcours. Ce rapport évalue le dispositif existant : il ne mesure pas les effets d’un forfait à 350 euros, qui n’est pas encore appliqué. Pour les titulaires, le point décisif sera donc le montant réellement affiché sur Mon Compte Formation après prise en compte des droits disponibles, du prix du cursus et des financements complémentaires. Les règles de priorité proposées s’ajouteraient à un dispositif qui comporte déjà des plafonds de droits mobilisables pour certaines formations. Il faudra attendre les textes définitifs pour connaître la portée exacte de la réforme.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

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