Crise de l’énergie : l’AIE avertit qu’aucun pays ne sera épargné

Le patron de l’Agence internationale de l’énergie n’a pas simplement évoqué une nouvelle flambée pétrolière. Lundi 23 mars 2026, Fatih Birol a décrit un choc d’une ampleur telle qu’il pourrait, selon lui, plonger le monde dans la pire crise de l’énergie depuis des décennies. Derrière cette mise en garde, il y a des chiffres vertigineux, un détroit d’Ormuz presque paralysé, des infrastructures détruites en série et une conviction glaçante : cette fois, aucun pays ne pourrait rester à l’abri.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 23 mars 2026 7h32
Economie : la récession frappe déjà la France
Economie : la récession frappe déjà la France - © Economie Matin
110 DOLLARSLe prix du baril a de nouveau dépassé les 110 dollars.

Le 23 mars 2026, à Canberra, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie a pris la parole dans un climat déjà saturé de tensions. Depuis plusieurs semaines, la guerre au Moyen-Orient désorganise les flux pétroliers, inquiète les marchés et alimente la crainte d’un embrasement énergétique mondial. Mais, dans ses dernières déclarations, Fatih Birol est allé plus loin que la simple prudence diplomatique.

Son diagnostic est brutal. Il décrit une rupture majeure dans l’équilibre de l’énergie mondiale, avec des répercussions possibles sur l’industrie, les transports, les prix, l’inflation et, au bout de la chaîne, sur la stabilité économique elle-même.

Fatih Birol (AIE) : « Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise »

Les mots choisis par Fatih Birol sont, à eux seuls, un signal. Selon Le Parisien, le chef de l’AIE a affirmé que « cette crise représente à ce stade deux crises pétrolières et un effondrement du marché du gaz réunis ». La phrase frappe parce qu’elle situe d’emblée l’événement à une échelle historique. Elle ne renvoie pas à une tension habituelle sur le brut, mais à l’addition de plusieurs secousses majeures en une seule.

Ce qui rend son propos particulièrement inquiétant, c’est qu’il ne repose pas sur un scénario théorique. Fatih Birol affirme que la perte est déjà massive. Selon Reuters, l’offre mondiale a déjà perdu 11 millions de barils par jour. Ce niveau, a-t-il souligné, dépasse le volume retiré du marché lors des deux grands chocs pétroliers des années 1970 réunis. La crise actuelle ressemble de plus en plus à des épisodes qui ont bouleversé durablement les économies occidentales.

En clair, le directeur de l’AIE dit une chose très simple, mais très lourde : le monde est déjà entré dans la zone du choc. Et ce choc n’est pas marginal. Il touche le cœur du système énergétique mondial, au moment même où les grandes économies restent encore profondément dépendantes du pétrole pour faire tourner leurs transports, leurs chaînes logistiques et une large part de leur appareil productif.

L’autre élément central de son alerte concerne l’état du terrain au Moyen-Orient. Selon Le Parisien, au moins 40 infrastructures énergétiques ont été gravement ou très gravement endommagées dans neuf pays de la région. Cette donnée change la nature du problème. Lorsqu’une crise est liée à la seule nervosité des marchés, un reflux est toujours possible. Lorsqu’elle s’accompagne de destructions physiques sur des installations énergétiques, la sortie de crise devient beaucoup plus lente, beaucoup plus incertaine, beaucoup plus coûteuse. Fatih Birol a, de ce point de vue, averti : « Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. » A ses yeux, l’interconnexion du système énergétique mondial est telle qu’aucune grande puissance importatrice, aucune économie avancée, aucun bloc industriel ne peut raisonnablement espérer échapper aux contrecoups.

Ormuz, point de rupture de la crise énergie

Au centre de cette mécanique de crise, il y a le détroit d’Ormuz. C’est là que se concentre l’angoisse de l’AIE. Dans une note publiée le 20 mars, l’agence rappelle qu’en temps normal environ 20 millions de barils par jour de brut et de produits pétroliers y transitent. Cela représente autour de 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Or, selon Léman Bleu, le transit de marchandises dans le détroit s’est effondré de 95 %.

De fait, selon le chef de l’Agence internationale de l’Energie, « la solution la plus importante à ce problème est l’ouverture du détroit d’Ormuz ». Pour le patron de l’AIE, les réponses défensives déjà enclenchées ne suffisent pas. Les réserves stratégiques peuvent amortir le choc. Elles ne peuvent pas reconstituer à elles seules un axe aussi vital.

Le fait que les dirigeants de l’Union européenne aient eux-mêmes réclamé, selon Associated Press, la réouverture du détroit et un moratoire sur les frappes visant les infrastructures énergétiques montre bien que la séquence a changé de nature. On n’est plus dans la surveillance prudente d’un théâtre de guerre éloigné. On est dans la gestion d’une menace directe contre la sécurité énergétique internationale.

Ce que Fatih Birol redoute pour l’économie mondiale

Le trait le plus inquiétant dans les déclarations du patron de l’AIE est sans doute qu’il parle d’économie mondiale. Et elle « fait face à une menace majeure », selon Fatih Birol.

Les premiers signaux sont déjà visibles. Reuters a rapporté le 23 mars 2026 une forte baisse des marchés asiatiques, avec un recul de 3,8 % pour le Nikkei japonais et de 5,2 % pour le marché sud-coréen. Dans le même temps, le Brent montait à 112,62 dollars le baril et le brut américain à 98,98 dollars.

Plus révélateur encore, Reuters cite l’hypothèse d’un pétrole à 150 dollars le baril si la guerre devait se prolonger. Ce serait un record absolu. Et une telle trajectoire aurait des effets en chaîne. Le transport routier et aérien serait frappé de plein fouet. Les coûts de production grimperaient. Les prix à la consommation repartiraient à la hausse. Et la lutte contre l’inflation, déjà fragile dans plusieurs économies, deviendrait encore plus difficile.

Sauf que l’AIE n’a pas de solution. Comme le relaye Reuters, Faih Birol a expliqué qu’une nouvelle libération de stocks « aidera à rassurer les marchés », mais « ne sera pas la solution » et ne fera que « réduire la douleur dans l’économie ». Les États ne disposent pas, à ce stade, d’un moyen simple pour neutraliser la crise. La crise énergétique actuelle a déjà dépassé le stade où quelques annonces techniques suffiraient à rétablir la confiance.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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