Le Danemark arrête le courrier : La Poste en France va-t-elle suivre ?

Le Danemark s’apprête à distribuer ses dernières lettres, et ce choix résonne en Europe. Car, au même moment, la poste française traverse une crise structurelle du courrier, entre chute des volumes, hausse des tarifs et réorganisation des tournées. La question monte donc, forcément : la fin du service de la lettre peut-elle aussi arriver en France, et à quelles conditions ?

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 22 décembre 2025 7h05
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Le Danemark arrête le courrier : La Poste en France va-t-elle suivre ? - © Economie Matin
7,4%La Poste prévoit une hausse moyenne de 7,4 % des prix des courriers et des colis

Au Danemark, PostNord doit cesser la distribution des lettres à compter du 30 décembre 2025, après plus de quatre siècles de service postal. Dans ce pays hyper numérisé, l’argument est assumé : la lettre papier n’est plus rentable. En France, La Poste n’annonce pas une fin comparable, toutefois la crise du courrier s’accélère, et l’État redessine déjà le cadre du service universel.

Danemark : une fin assumée, portée par la numérisation et l’économie du service

Au Danemark, la décision s’inscrit dans une logique claire : l’usage de la lettre s’effondre, et le service se recentre sur les colis. PostNord a justifié l’arrêt par la transformation des habitudes, devenue massive avec la numérisation des échanges. Le pays, souvent cité parmi les plus digitalisés d’Europe, a basculé vers l’identification numérique et la communication en ligne, ce qui a mécaniquement réduit le rôle de la poste dans la vie quotidienne.

Cette fin du courrier n’efface pas tout besoin résiduel, mais elle change la nature même du service. L’acheminement des lettres restantes doit passer par un autre opérateur, avec des démarches plus numérisées et un modèle plus commercial. Autrement dit, au Danemark, la lettre survit, mais comme une niche, et non plus comme un pilier de la poste.

France : une poste du courrier sous pression, chiffres à l’appui

En France, la crise est d’abord statistique. Selon l’Autorité de régulation (Arcep), le nombre d’envois de correspondance distribués et exportés s’établit à 5,5 milliards en 2024, en recul de 9,5 % sur un an. Toujours selon l’Arcep, les envois des particuliers reculent encore plus vite, -16,7 %, et ne représentent plus que 9,3 % du trafic de courrier en 2024.

Dans le même temps, l’économie du secteur se déforme. L’Arcep indique qu’en 2024, 7,8 milliards d’objets adressés (plis, colis, presse) ont été distribués en France ou exportés, pour 15,5 milliards d’euros de revenus hors taxes, avec un volume en baisse d’environ 7 % sur un an. Le colis, lui, progresse : 1,7 milliard d’objets en 2024, soit +3,7 %, et près des deux tiers du revenu du secteur. Autrement dit, la trajectoire française ressemble à une bascule industrielle : moins de lettres, davantage de colis, et une poste qui doit financer un service historique avec une activité qui se contracte. La tension se voit aussi dans les prix. Le site officiel Service Public rappelle qu’à partir du 1er janvier 2026, La Poste prévoit une hausse moyenne de 7,4 % des prix des courriers et des colis, annoncée par communiqué le 28 juillet 2025.

La Poste va-t-elle s’arrêter un jour ?

Dire que la France pourrait « faire comme le Danemark » demande d’abord de regarder le cadre légal. En Europe, la directive postale impose un service universel avec levée et distribution au moins cinq jours ouvrables par semaine, avec exceptions possibles. Or, la France va plus loin : la Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP) rappelle que, dans le Code des postes et des communications électroniques, La Poste assure la collecte et la distribution six jours sur sept, hors circonstances exceptionnelles.Concrètement, même si la lettre s’effondre, la fin pure et simple du service n’est pas la trajectoire la plus simple juridiquement : il faudrait une décision politique, puis une adaptation du cadre.

Le nerf de la guerre reste financier. La CSNP rappelle que la mission de service universel est déficitaire depuis 2018, et que la compensation de l’État se situe autour de 500 à 520 millions d’euros, tandis que le déficit en coûts complets est présenté à -617 millions d’euros en 2021, -703 millions en 2022 et -979 millions en 2023. Cette mécanique éclaire la vraie question française : La Poste ne va pas « arrêter » demain, mais le service peut être redéfini, comme l’ont déjà fait d’autres pays d’Europe, si l’équation économique devient intenable.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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