400 applications de deepfakes sexuels découvertes sur Apple et Google

Une enquête de Wired révèle qu’un réseau de plus de 400 applications interconnectées a dissimulé des fonctionnalités de création de deepfakes sexuels pendant un an sur les app stores d’Apple et Google. Opéré depuis la Chine et Hong Kong, ce système a généré plus de 350 000 téléchargements et des revenus publicitaires considérables avant son démantèlement partiel.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 2 novembre 2026 15h33
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400 applications de deepfakes sexuels découvertes sur Apple et Google - © Economie Matin

Derrière 400 applications apparemment inoffensives se cache un écosystème économique souterrain : un réseau de deepfakes sexuels qui a généré plus de 350 000 téléchargements en un an, contourné les systèmes de vérification des géants de la tech, et enrichi des développeurs chinois sans contrôle. L'enquête de Wired révèle un modèle commercial sophistiqué qui exploite les failles des app stores d'Apple et Google.

Un écosystème économique souterrain de 350 000 téléchargements

Le réseau identifié par Wired représente une opération commerciale d'ampleur. Plus de 350 000 utilisateurs ont téléchargé ces applications présentées comme des générateurs de portraits d'animaux, des tuteurs de langue ou des coachs fitness. Chaque téléchargement génère des revenus publicitaires et collecte des données utilisateurs revendables. Paul Bouchaud, chercheur principal chez AI Forensics, qualifie le système : « Il s'agit d'une opération organisée, gérée commercialement : un opérateur derrière des centaines d'applications et de domaines jetables, masqués pour passer la révision de l'App Store et diffusés via des dizaines de milliers de publicités Meta sous de faux noms de payeurs. »

Comment la tactique 'bait-and-switch' génère des revenus publicitaires

Le mécanisme repose sur une duperie technique raffinée. Les applications affichent du contenu innocent lors de l'examen par Apple et Google, puis chargent secrètement une interface web permettant la génération d'images sexuelles explicites après approbation. Cette tactique de substitution permet aux développeurs de contourner les règles des plateformes tout en monétisant le trafic via des publicités. Meta a dû prendre des mesures contre plus de 11 600 comptes publicitaires liés à ce réseau, révélant l'ampleur du système publicitaire souterrain.

La monétisation des données utilisateurs : localisation, langue, identifiants uniques

Chaque installation déclenche un appel serveur analysant la localisation de l'utilisateur, sa langue et un identifiant unique. Ces métadonnées constituent une ressource économique exploitable. Le déclencheur apparent de la version explicite serait le téléchargement après clic sur une annonce Meta, permettant aux opérateurs de cibler précisément les utilisateurs les plus susceptibles d'utiliser les fonctionnalités payantes. AndroidPure souligne que cette collecte massive de données personnelles représente un actif financier considérable pour les développeurs.

Coûts cachés pour Apple et Google : modération d'urgence et réputation

La découverte de ce réseau impose aux plateformes des coûts de modération imprévus. Apple a supprimé 19 applications après que Wired ait partagé les détails, tandis que Google a retiré la majorité des applications, dont DiffAI qui totalisait plus de 100 000 téléchargements. Adam Dema, porte-parole d'Apple, reconnaît : « Nous examinons chaque application avant sa publication, et ces applications respectaient nos règles lors de notre examen. Après approbation, leurs développeurs ont modifié le site web dont l'application extrait son contenu. » Cette faille expose les limites économiques des systèmes de vérification actuels et menace la réputation des plateformes, avec des conséquences financières potentiellement lourdes.

KeLing Technology Limited : une entreprise hongkongaise à la tête d'un réseau lucratif

L'infrastructure technique révèle une organisation centralisée. Maël Le Touz, chercheur en menaces chez Infoblox, explique : « Elles contenaient cette gigantesque liste de configuration d'autres domaines avec différentes clés de chiffrement. Elles exécutent le même code et se référencent toutes les unes aux autres. » L'entité KeLing Technology Limited, enregistrée à Hong Kong, apparaît au centre de ce réseau, coordonnant près de 500 domaines interconnectés.

Modèle commercial : 30 nouvelles paires app-website par semaine au printemps 2026

La croissance du réseau témoigne d'une stratégie industrielle. Apparu fin 2025, le système a connu une expansion rapide au printemps 2026, atteignant environ 30 nouvelles paires application-site web par semaine. Cette cadence de production révèle une infrastructure technique rodée et des ressources humaines dédiées. Chaque nouvelle application représente un vecteur de revenus supplémentaire, multipliant les points d'entrée tout en diluant les risques de détection. En septembre 2026, 27 applications restaient actives sur le Google Play Store.

Chaîne d'approvisionnement : développeurs chinois, infrastructure hongkongaise

L'analyse technique trace le réseau jusqu'à des développeurs chinois. Le code source contient des commentaires en chinois, et les vidéos promotionnelles portent des filigranes de logiciels de montage vidéo chinois. Cette localisation géographique complique l'application des réglementations occidentales. L'utilisation d'une entité hongkongaise comme façade légale permet de maintenir une distance avec les opérations réelles, rendant les poursuites juridiques difficiles. Le modèle rappelle d'autres risques économiques liés à l'intelligence artificielle identifiés récemment.

Les vraies victimes : utilisateurs trompés et personnes exploitées par deepfakes

Les utilisateurs téléchargent des applications classées comme appropriées pour tous les âges, ignorant qu'ils accèdent à des outils de création d'images sexuelles non consenties. Les personnes dont les photos sont utilisées sans autorisation subissent harcèlement, humiliation et traumatisme psychologique. Le réseau proposait des scènes explicitement étiquetées comme « viol dans une chambre » ou « couteau menaçant », révélant une exploitation systématique de la violence sexuelle à des fins lucratives.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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