Pour la première fois, l’AXA Future Risks Report 2026 place l’intelligence artificielle en tête des risques futurs perçus par les experts mondiaux, devant le changement climatique. Révélée par une enquête Ipsos auprès de 4 345 experts et 24 000 citoyens, cette inversion bouleverse la cartographie des menaces économiques et force assureurs et ménages à repenser leurs stratégies de protection.
Risques futurs : l’IA détrône le climat au sommet des préoccupations économiques

Pour la première fois, l'AXA Future Risks Report 2026 place l'intelligence artificielle et le big data en tête des risques futurs selon les experts mondiaux, surpassant le changement climatique qui reste néanmoins une préoccupation majeure pour le public. Cette inversion, dévoilée par une enquête d'Ipsos auprès de 4 345 experts dans 62 pays et 24 000 citoyens dans 19 pays, modifie la perception des menaces économiques et incite le secteur de l'assurance à revoir ses modèles de tarification et de couverture.
L'IA en tête des préoccupations des experts
Une ascension rapide : de la 4e à la 1re place en un an
L'intelligence artificielle a progressé de trois places en un an, passant de la quatrième à la première place des préoccupations des professionnels interrogés. Parmi ceux ayant classé l'IA parmi les principaux risques futurs, 54% la considèrent comme un risque émergent rapide, soulignant sa capacité à transformer les économies. « La montée de l'IA dans le classement des experts reflète la rapidité de sa transformation des économies et des sociétés, mais aussi les incertitudes qui entourent ses impacts », selon le rapport Ipsos.
Cette accélération résulte de plusieurs facteurs. L'intégration massive de l'IA dans les secteurs industriels et tertiaires entraîne des zones d'ombre réglementaires. Les modèles économiques traditionnels sont ébranlés par une automatisation inédite, et les marchés financiers intègrent le risque IA dans leurs analyses de valorisation. Le phénomène dépasse le domaine technologique pour toucher l'emploi, la cybersécurité, la propriété intellectuelle et la souveraineté économique.
Le climat, toujours une priorité pour le grand public, perd du terrain chez les experts
Le changement climatique reste en tête des préoccupations des citoyens de tous âges. Toutefois, l'IA a grimpé de la septième à la deuxième position entre 2025 et 2026. Ce décalage entre la perception des experts et celle du public révèle une asymétrie informationnelle. Les professionnels, confrontés quotidiennement aux transformations induites par l'IA, anticipent des changements que le public commence à peine à percevoir. En revanche, les impacts concrets du changement climatique, tels que les canicules et les inondations, maintiennent l'urgence environnementale parmi les préoccupations populaires.
La différence illustre aussi la temporalité variée des menaces. Le climat est un sujet documenté depuis longtemps, tandis que l'IA frappe par sa soudaineté. Les entreprises restructurent leurs départements face à l'automatisation cognitive, et les ménages découvrent les promesses et les périls de l'IA, comme les deepfakes ou la surveillance de masse.
Impact sur les marchés financiers et l'assurance
Révision des polices et réallocation des risques
Le changement de hiérarchie pousse les assureurs à ajuster leurs modèles actuariels. Les risques liés à l'IA, tels que les cyberattaques sophistiquées et la responsabilité civile des algorithmes, nécessitent de nouvelles grilles tarifaires. Les polices cyber, déjà en forte croissance, incluent désormais des clauses spécifiques aux attaques menées par IA. Les assurances responsabilité civile professionnelle évoluent pour couvrir les erreurs algorithmiques.
Les produits climatiques, malgré leur complexité croissante, conservent leur importance. Les assureurs doivent gérer une double exposition : maintenir la couverture des aléas climatiques tout en développant l'offre technologique. « Dans un monde où les risques évoluent rapidement et s'interconnectent, l'assurance est un facteur essentiel de stabilité », affirme Thomas Buberl, directeur général du Groupe AXA. L'interconnexion climat-IA complique davantage l'équation.
Écart perception experts-citoyens : opportunité pour les assureurs
La divergence de perception représente une opportunité commerciale. Les 68% de citoyens pensant que les assureurs ont un rôle crucial face aux risques émergents constituent un marché captif. Les compagnies peuvent utiliser leur expertise pour éduquer les clients, proposer des couvertures préventives et se positionner comme partenaires de long terme. L'objectif va au-delà de la vente de polices : il s'agit de construire la confiance dans un environnement incertain.
Les assureurs possèdent un avantage informationnel grâce à leur accès aux données massives. En transformant cet atout en services de conseil et prévention, ils répondent à la demande de 85% des sondés qui pensent que les risques futurs peuvent être partiellement évités par la prévention. Le modèle économique évolue du curatif au préventif. L'essor des deepfakes illustre les nouveaux périls que les assureurs doivent couvrir.
Ménages et entreprises : ajuster sa stratégie de protection
Transformations démographiques et nouvelles couvertures
En plus de l'IA et du climat, les transformations démographiques (baisse de fécondité, vieillissement) modifient les besoins de protection. Les ménages français, confrontés à l'érosion des solidarités familiales et au recul de l'âge de la retraite, recherchent des garanties couvrant l'ensemble de la vie. Les produits santé intègrent télémédecine et prévention personnalisée. Les assurances dépendance augmentent face au vieillissement.
Les entreprises doivent protéger leurs actifs physiques (climat), immatériels (cyber, IA) et humains (démographie). Les PME, particulièrement vulnérables, ont du mal à évaluer leur exposition réelle, tandis que les grands groupes naviguent dans un environnement réglementaire complexe. Seuls 9% des experts pensent que les pouvoirs publics sont bien préparés à gérer les risques futurs de l'IA au niveau mondial, un chiffre qui tombe à 3% en Europe, révélant un vide réglementaire.
L'assurance comme stabilisateur économique face aux risques interconnectés
« Face à des risques qui évoluent rapidement et s'interconnectent, l'assurance doit continuer à protéger tout en contribuant à les anticiper et les réduire », souligne le rapport AXA. Le secteur se positionne comme amortisseur systémique, capable d'absorber les chocs économiques. Les fonds souverains et institutionnels, conscients de la volatilité croissante, renforcent leur allocation aux actifs assurantiels.
L'interconnexion des menaces, comme une cyberattaque paralysant les infrastructures pendant une canicule, nécessite une couverture holistique. Les assureurs développent des offres combinant cyber, climat et responsabilité. Les partenariats public-privé se multiplient pour mutualiser les risques non-assurables par le marché seul. Les marchés émergents, particulièrement exposés aux chocs climatiques et technologiques, expérimentent des mécanismes innovants de transfert de risque.
La treizième édition du AXA Future Risks Report marque un tournant. L'IA devient centrale pour la stabilité économique mondiale. Les acteurs capables d'articuler protection climatique, sécurité technologique et adaptation démographique auront un avantage concurrentiel. Pour les ménages et les entreprises, comprendre la nouvelle hiérarchie des risques futurs devient essentiel.