La retraite revient au cœur du débat budgétaire. Le Conseil d’orientation des retraites prévient que le déficit du système pourrait être nettement revu à la hausse dans son prochain rapport, en raison d’hypothèses démographiques devenues fragiles. C’est l’équilibre même du financement des pensions en France qui vacille.
Le système des retraites va beaucoup plus mal que prévu

Retraite : un déficit plus marqué que prévu selon le COR
Le 10 février 2026, le Conseil d’orientation des retraites a publié une nouvelle lettre consacrée à la situation financière de la retraite. L’instance prévient que ses prochaines projections pourraient être revues. « Le diagnostic financier de ce prochain rapport annuel pourrait être significativement révisé en comparaison du rapport de juin 2025 », écrit le secrétariat général du COR. Autrement dit, le déficit du système de retraite, déjà installé, pourrait s’aggraver.
Pour comprendre cette possible dégradation de la retraite, il faut revenir aux chiffres de la natalité. Dans ses projections publiées en juin 2025, le COR estimait que le solde global des régimes serait déficitaire de 0,2 % du PIB en 2030 et de 1,4 % en 2070, rappelle Le Monde. Par ailleurs, les dépenses de retraite atteindraient 14 % du PIB en 2030 puis 14,2 % en 2070. Mais l’hypothèse centrale retenait un taux de fécondité de 1,8 enfant par femme et un solde migratoire de +70 000 personnes par an. Or, les données récentes contredisent ces paramètres. La fécondité observée en 2025 serait de 1,56 enfant par femme, d’après le COR, bien en deçà de l’hypothèse retenue. Ainsi, mécaniquement, moins de naissances aujourd’hui signifient moins de cotisations demain, donc un déficit de la retraite potentiellement accru.
Retraite : des hypothèses économiques et migratoires sous tension pour les pensions
Au-delà de la démographie, la retraite dépend aussi d’hypothèses économiques. Le scénario de référence utilisé par le COR repose sur une croissance de la productivité horaire de 0,7 % par an après 2040 et sur un taux de chômage de 7 % à partir de 2032. Ces paramètres conditionnent directement les recettes issues des cotisations sociales finançant les pensions et, par ricochet, l’équilibre de la Sécurité sociale. Or, si la croissance s’essouffle ou si le chômage reste plus élevé, le déficit de la retraite pourrait se creuser plus rapidement que prévu.
Selon Le Monde, une fécondité durablement autour de 1,6 enfant par femme pourrait aggraver le « trou » de la retraite de l’ordre de 0,7 point de PIB à l’horizon 2070. À l’inverse, un solde migratoire plus élevé pourrait améliorer le solde. Le journal cite un ordre de grandeur de +0,8 point de PIB si l’on retient une hypothèse de +120 000 personnes par an. D’ailleurs, le solde migratoire moyen observé sur la période 2018-2022 atteignait 186 000 personnes par an, bien au-dessus des +70 000 retenus dans le scénario central.
Le COR donne rendez-vous en avril 2026
Dans ce contexte, la retraite redevient un sujet éminemment politique. Le COR précise qu’un réexamen des hypothèses est prévu en séance plénière en avril 2026, avec l’appui de l’Insee. Ensuite, le rapport annuel attendu à la fin du printemps intégrera, le cas échéant, ces nouvelles données.
En effet, si le déficit de la retraite devait se creuser, plusieurs leviers seraient théoriquement envisageables : hausse des cotisations, ajustement des pensions, ou nouvelle réforme paramétrique. Cependant, aucune décision n’est à ce stade actée. Le COR rappelle que ses projections sont « fortement dépendantes aux hypothèses démographiques ». Tant que la natalité et les flux migratoires ne sont pas stabilisés dans les nouvelles projections de l’Insee, l’ampleur réelle du déficit de la retraite demeure incertaine. Une chose est sûre néanmoins : la question des retraites et de leur financement reviendra au premier plan dès la publication du prochain rapport, avec des chiffres susceptibles de relancer l’ensemble du débat national à un an de la Présidentielle.
