« Ce n’est pas très amusant », concède Musk. Une phrase sèche, à l’image de l’exercice. Derrière la vitrine Doge, l’Amérique découvre que gouverner, ce n’est pas comme manager Tesla ou X.
Dépense publique : pourquoi la méthode Musk a échoué ?

Élu pour rationaliser les dépenses publiques, Elon Musk promettait une baisse spectaculaire du budget fédéral. Trois mois plus tard, le verdict tombe : les économies sont loin du compte. Et ce n’est pas qu’une question d’efficacité.
Dépense publique : l'État n'est pas une entreprise, même pour Musk
Nommer Elon Musk à la tête d’une commission chargée de réduire les dépenses publiques ? L’idée, signée Donald Trump en janvier, avait tout de la promesse choc. Mais trois mois plus tard, l’enthousiasme a laissé place à la désillusion. Lors d’un entretien accordé le 30 avril 2025 à plusieurs médias américains, dont Fox News et ABC News, Musk a reconnu : « Nous n'avons été efficaces, mais pas autant que je l'aimerais. »
En chiffres, l’écart est brutal : 160 milliards de dollars d’économies, contre 2 000 milliards initialement annoncés. Même une révision à 1 000 milliards n’aura pas suffi à sauver la crédibilité du projet Doge. L’image est claire : on a promis de vider un océan à la petite cuillère.
La commission Doge a bien agi : suppressions de postes de fonctionnaires par milliers, coupes dans certaines subventions fédérales. Mais ces gestes, aussi visibles soient-ils, n’égratignent qu’en surface les grands équilibres budgétaires. Pour réduire les dépenses massivement, il faut toucher aux trois grands piliers : retraites, santé, défense. Et Musk l’admet lui-même : « Il s’agit, en quelque sorte, de savoir jusqu’à quel point l’administration et le Congrès sont prêts à souffrir. »
Autrement dit : on peut faire des économies… mais pas sans conséquences politiques, sociales, et humaines. Et pour l’instant, personne n’est prêt à les assumer.
Pour Musk, Tesla reprend le dessus, Doge passe au second plan
L'idée de gérer l’État comme une start-up fait rêver certains électeurs, mais elle se heurte à la complexité de l'appareil public. Musk, malgré sa réputation de fonceur, a vite rencontré les limites du système. L’administration ne se réforme pas au nom de la productivité ou de la rentabilité. Chaque ligne budgétaire a son lobby, chaque coupe son coût politique.
Doge a été conçu comme un outil de transformation radicale. Mais sans levier légal sur les plus gros postes de dépense, l’initiative reste symbolique.
Face à cet échec partiel, Musk choisit de se retirer progressivement. Tesla connaît une passe difficile : baisse des ventes, vandalisme dans les concessions, manifestations dans plusieurs pays. Le milliardaire annonce qu’il se concentrera désormais sur son entreprise, tout en continuant à siéger ponctuellement à la Maison-Blanche. « Cela dépendra du président », précise-t-il, tout en exprimant son désir de garder un bureau à Washington.
Quant à Doge, il le compare à une philosophie plus qu’à un organe de pouvoir : « Doge est un art de vivre, c’est comme le Bouddhisme. Bouddha n’est plus en vie. Mais on ne se pose pas la question de savoir qui dirige le Bouddhisme. »