Elon Musk face à l’échec du DOGE : 150 milliards d’économies… ou de mirages ?

A quelques semaines de son départ de l’administration Trump, le bilan d’Elon Musk est mitigé. Les 2 000 milliards de dollars d’économies pourraient bien ne pas être au rendez-vous.

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By Adélaïde Motte Published on 17 avril 2025 16h00
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Elon Musk face à l’échec du DOGE : 150 milliards d’économies… ou de mirages ? - © Economie Matin

Il avait promis de trancher dans le vif, d’exterminer la bureaucratie et de ramener l’État fédéral à la raison. Mais alors que son mandat touche à sa fin, Elon Musk semble devoir admettre une évidence : couper dans les dépenses publiques n’est pas si simple.

Elon Musk, la hache budgétaire face à la machine fédérale

Le 14 avril 2025, Elon Musk reconnaissait officiellement que son fameux DOGE – le Département de l’Efficacité Gouvernementale – ne parviendrait probablement qu’à dégager 150 milliards de dollars d’économies, loin des 2 000 milliards promis en décembre dernier. Cette déclaration marquait un tournant brutal pour celui qui avait été nommé à la tête de cette structure censée révolutionner l’appareil d’État américain.

Et pourtant, les ambitions ne manquaient pas. À l’inauguration du DOGE, Musk déclarait vouloir « renverser la vapeur » et imposer la logique entrepreneuriale à Washington. À grand renfort de plans de licenciements et de suppressions de contrats, il visait à réduire un budget fédéral qui dépasse les 7 000 milliards de dollars – soit plus de 6 580 milliards d’euros. Mais les chiffres se sont retournés contre lui. Les dépenses fédérales ont même augmenté de 5,4 % depuis le début de l’année, en contradiction flagrante avec les objectifs affichés.

DOGE : une opération de communication à 150 milliards ?

Si Elon Musk a dû diviser par plus de dix son objectif initial, le bilan réel du DOGE s’avère encore plus fragile qu’il n’y paraît. Une enquête publiée le 13 avril 2025 par The New York Times lève le voile sur une mécanique bien huilée… de surévaluation. Le quotidien révèle que le DOGE a annoncé des coupes budgétaires en incluant des contrats qui n’existaient pas ou des dépenses fictives « qui ne se seraient de toute façon jamais matérialisées ».

Exemple emblématique : une économie prétendue de 318 310 328,30 dollars liée à l’annulation d’un contrat… que le gouvernement n’avait même pas signé. Pire encore, moins de 40 % des économies avancées seraient justifiées par des documents ou preuves concrètes.

Cette méthode, pour le moins acrobatique, suscite des interrogations jusque dans les rangs de ses soutiens. Le New York Times évoque une « exagération systématique » des résultats. Quant au fameux « mur des factures » du DOGE, censé afficher la transparence de l’action publique, il a récemment vu disparaître cinq lignes représentant dix milliards de dollars d’économies fictives.

Quand les chiffres s'effondrent, le DOGE vacille

Au fil des mois, Elon Musk a dû affronter une machine administrative autrement plus coriace que les ingénieurs de ses usines. Malgré des vagues de licenciements dans plusieurs agences fédérales, les effets macroéconomiques se font attendre. Les conflits avec les syndicats, les contentieux juridiques liés à des ruptures de contrats, et les désorganisations internes pèsent désormais lourdement sur le bilan du DOGE.

Dans une réunion de cabinet mentionnée par le New York Times, Musk aurait même admis que les 150 milliards de dollars d’économies restantes étaient sans doute eux-mêmes surévalués. À ce jour, aucun audit indépendant ne vient confirmer les chiffres de l’équipe du DOGE. Et ce flou alimente les critiques : où est la transparence promise ? Où sont passées les preuves de cette soi-disant « révolution administrative » ?

Le mirage argentin s’éloigne : leçons d’un échec idéologique

À Washington comme à Paris, certains rêvaient d’un modèle argentin adapté aux États-Unis : un État aminci, modernisé, libéré des lourdeurs bureaucratiques. Le nom d’Elon Musk circulait comme celui d’un visionnaire prêt à affronter le mammouth, avant de s'en aller dans le soleil couchant. En avril 2025, force est de constater que la bête tient bon.

L’échec est d’autant plus cuisant qu’il intervient sous le regard scrutateur d’une opinion publique américaine encore divisée. Pour les partisans de Donald Trump, l’initiative DOGE incarnait la rupture avec le système. Pour ses détracteurs, elle n’était qu’une tentative de plus de masquer un programme d’austérité déguisé.

Pas de miracle budgétaire sans vérité des chiffres

Le cas DOGE restera sans doute dans les annales politiques comme une leçon de modestie budgétaire. En voulant aller vite, Elon Musk a négligé les garde-fous comptables. En voulant frapper fort, il a omis de convaincre les administrations de coopérer. Résultat : un chantier inachevé, une crédibilité écornée, et une démonstration involontaire que la réduction des dépenses publiques ne peut reposer sur des slogans, aussi percutants soient-ils.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

1 comment on «Elon Musk face à l’échec du DOGE : 150 milliards d’économies… ou de mirages ?»

  • RENARD

    LE DOGE doit impérativement embaucher notre Sandrine ROUSSEAU, elle permettra en sa qualité d’experte en la matière de mettre Boeing et Harvard au pas et au bout de deux ans d’atteindre les 2000 milliards en plus de budget de fonctionnement. Libéré de cette gazelle aux idées de rhinocéros l’Europe hélas quant à elle verra son budget de fonctionnement fondre. Pas grave, ce sera la BA de l’Europe pour l’Équipe TRUMP.

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