Dette à 3 500 milliards : la charité ne sauvera pas la France

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By Jean-Baptiste Giraud
Dette à 3 500 milliards : la charité ne sauvera pas la France
Dette à 3 500 milliards : la charité ne sauvera pas la France - © Economie Matin

Des Français envoient des dizaines, voire des milliers d'euros au Trésor public pour "aider à rembourser la dette". Geste touchant. Geste inutile. Derrière cette anecdote attendrissante se cache une réalité brutale que personne ne veut vraiment regarder en face.

3 500 000 000 000 €

Le montant de la dette publique française en 2026, soit plus de 120 % du PIB national.

Quand les citoyens font le travail de l'État

Je vais être direct : ces Français qui donnent 10, 60 ou 100 euros pour "rembourser la dette" me touchent profondément. Il y a dans ce geste quelque chose de profondément honnête, presque désespéré. Ces gens-là ont compris que la situation est grave. Ils veulent faire leur part. C'est admirable humainement.

C'est économiquement dérisoire.

3 500 milliards d'euros. Pour rembourser cette somme en versements de 100 euros, il faudrait 35 milliards de donateurs. Soit quatre fois la population française. Le don le plus généreux évoqué dans les médias s'élève à 40 000 euros. C'est une belle somme. C'est 0,0000000011 % de la dette nationale. Autant cracher dans l'océan pour faire monter le niveau de la mer.

Mais voilà ce que cette anecdote révèle de fascinant : une partie des Français a parfaitement intégré que l'État dépense trop, qu'il vit à crédit depuis des décennies, et que la facture finira par arriver. Ces donateurs spontanés ont plus de lucidité économique que bon nombre de nos élus, qui continuent de promettre des dépenses supplémentaires à chaque élection comme si la dette était une abstraction comptable sans conséquences réelles.

Le vrai problème : un État qui ne sait pas s'arrêter de dépenser

Force est de constater que la France détient un record peu enviable. Avec un taux de dépenses publiques qui flirte avec les 57 % du PIB, nous sommes au sommet du classement mondial — loin devant l'Allemagne (48 %), les Pays-Bas (44 %) ou la Suisse (34 %). Et pourtant, nos services publics ne sont pas deux fois meilleurs que ceux des Suisses. Notre éducation nationale produit des résultats inférieurs à la moyenne de l'OCDE. Nos délais aux urgences s'allongent. La justice est à bout de souffle.

On dépense plus. On obtient moins. C'est la définition même de l'inefficacité.

La dette n'est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de quarante ans de démagogie budgétaire, tous partis confondus ou presque. Chaque gouvernement a trouvé une bonne raison de dépenser plus : une crise, un plan de relance, une urgence sociale, un engagement électoral. Résultat : la charge des intérêts de la dette dépasse désormais 60 milliards d'euros par an. C'est le premier poste budgétaire de l'État, devant l'éducation. Nous payons les banques avant de payer les professeurs.

La solution n'est pas dans les dons, mais dans les réformes

Je pense que ces donateurs courageux méritent une réponse à la hauteur de leur geste civique. Non pas en leur demandant de donner davantage, mais en leur garantissant enfin que leur argent — celui qu'ils paient déjà en impôts, taxes et cotisations, à un niveau parmi les plus élevés du monde développé — sera mieux utilisé.

La solution n'a rien de mystérieux. Elle s'appelle réforme structurelle : réduire le millefeuille administratif, fusionner les agences publiques redondantes, baisser les dépenses de fonctionnement de l'État, et redonner de l'air aux entreprises qui créent les richesses que l'État redistribue ensuite.

Ces Français généreux qui sortent leur chéquier pour rembourser la dette ont compris une chose essentielle : quelqu'un devra payer. La vraie question est simple : sera-ce nous aujourd'hui, par des réformes courageuses ? Ou nos enfants demain, avec intérêts ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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