La dette publique française a atteint cet été un niveau inédit depuis 1946. Pendant ce temps, l'Assemblée nationale refuse de toucher aux avantages fiscaux des retraités. Le diagnostic est posé depuis longtemps : nous vivons au-dessus de nos moyens en faisant payer l'addition aux générations futures.
80 %
La part de l'augmentation de la dépense publique en 50 ans qui est allée vers les retraites et la santé, selon le ministre des Comptes publics David Amiel.
Une dette qui ne ment pas — même si la politique, elle, peut mentir
Il y a des chiffres qui claquent comme une gifle. La dette publique française a atteint cet été un niveau inédit depuis 1946. Depuis 1946. C'est-à-dire depuis l'immédiat après-guerre, quand le pays relevait littéralement ses ruines. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a pas eu de guerre. Pas de bombardements, pas de villes détruites. Juste 50 ans de dépenses publiques qui croissent plus vite que la richesse nationale, et une classe politique incapable — ou peu désireuse — de dire la vérité aux Français.
L'économiste Pierre-Cyrille Hautcœur a raison sur un point : le cours de la dette est un baromètre politique autant que financier. Et ce baromètre, en ce mois d'octobre 2026, annonce la tempête. Pendant que les marchés obligataires surveillent nos taux avec inquiétude, l'Assemblée nationale s'offre le luxe de rejeter, à 116 voix contre 30, le plafonnement d'un abattement fiscal des retraités. 1,4 milliard d'euros envolés. D'un vote. En quelques minutes. Sans vergogne.
Force est de constater que nous avons collectivement renoncé à l'effort partagé au profit d'une logique de préservation des acquis catégoriels. Ce n'est pas de la politique, c'est de la gérontocratie budgétaire.
La machine infernale que personne ne veut arrêter
Le ministre des Comptes publics David Amiel a eu le mérite de nommer la chose clairement : depuis 50 ans, 80 % de l'augmentation de la dépense publique est allée vers les retraites et la santé. Une « machine infernale », selon ses propres mots. Je le rejoins volontiers, mais je note avec une certaine amertume qu'une machine infernale, ça s'arrête — si on a le courage de couper le moteur.
Pendant ce temps, la taxe foncière a quasiment doublé en vingt ans selon Ouest-France. L'inflation atteint 3,1 % sur un an en septembre. Et Thomas Piketty, toujours lui, propose un nouvel impôt de solidarité nationale sur les patrimoines, encore plus radical que la taxe Zucman. Comme si la solution à notre problème de compétitivité était d'alourdir encore la fiscalité sur le capital au moment précis où nos voisins font exactement l'inverse.
Je pense sincèrement que nous vivons dans un pays qui a substitué la redistribution à la création de richesses. On ne grossit plus le gâteau — on se dispute les parts.
Les jeunes paient, les entrepreneurs fuient, la France s'appauvrit
Regardons la réalité en face : dans le jeu vidéo — secteur emblématique de l'économie créative — la moitié des entreprises françaises a terminé 2025 dans le rouge. Les patrons du secteur ne savent même plus si le fond a été atteint. Ce n'est pas une fatalité sectorielle. C'est le résultat prévisible d'un environnement fiscal et réglementaire qui décourage la prise de risque et étouffe l'initiative.
En Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, les gouvernements taillent dans leurs dépenses, simplifient leurs procédures, allègent leurs charges. En France, on vote des amendements pour protéger des abattements existants et on débat de nouvelles taxes sur les riches.
La dette, elle, n'attend pas. Elle s'accumule, silencieusement, sur les épaules de ceux qui n'ont pas encore le droit de voter. Voilà ce que nous faisons à nos enfants : nous leur léguons nos factures en leur confisquant leur avenir. C'est moralement indéfendable — et économiquement suicidaire.

