Dette, jeunesse et avenir : qui paiera vraiment l’addition ?

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By Agnès C.
Dette, jeunesse et avenir : qui paiera vraiment l'addition ?
Dette, jeunesse et avenir : qui paiera vraiment l'addition ? - © Economie Matin

Eric Lombard a dit tout haut ce que beaucoup murmurent tout bas : la France paie désormais plus pour ses créanciers que pour former ses enfants. Un constat sidérant, qui devrait mettre en rage chaque parent de ce pays. Mais entre l'indignation et l'action, il y a un gouffre que personne ne semble encore prêt à franchir.

58 Mds€

C'est le montant annuel des intérêts de la dette française, désormais supérieur au budget de l'Éducation nationale — et en hausse constante depuis trois ans.

Le piège silencieux qui se referme sur nos enfants

On peut saluer le courage d'Eric Lombard d'avoir posé les mots justes. Oui, le déficit nuit gravement à la jeunesse. Ce n'est pas une formule rhétorique : c'est une réalité comptable brutale. Chaque euro versé à un créancier japonais, américain ou norvégien est un euro qui n'ira pas dans une salle de classe, un laboratoire de recherche ou une formation professionnelle.

La dette française atteint 3 460 milliards d'euros. Imaginez un instant ce chiffre autrement : c'est 51 000 euros par habitant, bébés et centenaires confondus. Et la facture des intérêts, elle, grossit mécaniquement à mesure que les taux restent élevés et que la dette s'accumule. La Banque de France l'estime à plus de 70 milliards d'euros d'ici 2027 si rien ne change.

Pendant ce temps, l'Allemagne a soldé ses déficits structurels bien avant nous. La Suède, après la crise des années 1990, a imposé un verrou constitutionnel sur ses dépenses — et elle s'en félicite encore. Le Danemark affiche une dette publique inférieure à 30% du PIB. Trois pays, trois exemples. Même latitude géographique, choix politiques radicalement différents.

La dépense publique : un investissement ou un puits sans fond ?

Ce qui rend la situation française proprement insupportable, c'est qu'on dépense plus que tout le monde — 58,2% du PIB consacrés à la dépense publique, record parmi les grandes économies — et qu'on obtient des résultats médiocres. Décrochage scolaire, services publics dégradés, hôpitaux sous tension. On paie davantage pour des résultats inférieurs.

Force est de constater qu'il ne s'agit pas d'un manque de moyens. C'est un problème d'efficacité, de structure et d'évaluation. Combien de dispositifs publics ont-ils été sérieusement évalués ? Combien d'agences, de guichets, d'organismes parapublics fonctionnent sans que nul ne mesure leur impact réel sur les citoyens ?

La question n'est pas idéologique. Elle est arithmétique. Quand on emploie 5,7 millions de fonctionnaires — davantage qu'en Allemagne en proportion de la population active — et qu'on maintient des régimes dérogatoires que le secteur privé a depuis longtemps abandonnés, ce sont les générations futures qui financent le confort d'aujourd'hui. L'équation n'est pas tenable. Elle ne l'a jamais été.

Une campagne présidentielle pour de vrai ou pour du spectacle ?

Eric Lombard appelle à des règles budgétaires contraignantes. C'est juste. Mais on connaît la musique : chaque présidentielle voit fleurir les promesses de sérieux budgétaire, avant que les premières semaines au pouvoir ne les balayent sous le tapis de la « nécessité politique ».

Ce qui manque n'est pas le diagnostic. Ce qui manque, c'est la volonté d'agir sans attendre que les marchés l'imposent — comme ils l'ont fait à l'Italie, au Portugal, à la Grèce. Voulons-nous choisir notre réforme, ou la subir ?

La prochaine campagne présidentielle doit trancher. Non pas sur la croissance de telle ou telle dépense, mais sur la question fondamentale : quelle France laisse-t-on à ceux qui ont vingt ans aujourd'hui ? L'heure des discours rassurants est passée. Il faut un plan, une loi de programmation crédible, et des élus prêts à assumer des choix impopulaires. La jeunesse, elle, ne peut pas attendre.

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Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

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