Dette : on paie plus pour nos créanciers que pour nos enfants

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By Jean-Baptiste Giraud
Dette : on paie plus pour nos créanciers que pour nos enfants
Dette : on paie plus pour nos créanciers que pour nos enfants - © Economie Matin

Eric Lombard, ancien ministre de l'Économie, lâche une vérité que personne ne veut entendre en pleine campagne présidentielle : la France verse désormais plus d'argent en intérêts à ses créanciers qu'elle n'en consacre à la formation de sa jeunesse. Ce n'est pas une statistique parmi d'autres. C'est un aveu de faillite collective.

3 200 €

C'est la part de dette publique française qui pèse sur les épaules de chaque enfant né en France en 2026 — avant même son premier souffle.

Quand la dette dévore l'avenir

Force est de constater que la France a un problème avec la vérité. On peut débattre des taux d'imposition, de la hauteur des charges ou de la complexité administrative — et je ne m'en prive pas. Mais il y a un chiffre qui devrait mettre fin à tout débat : aujourd'hui, la charge d'intérêts de la dette publique française dépasse les 60 milliards d'euros annuels. Plus que le budget de l'Éducation nationale dans sa totalité, ou presque. Eric Lombard a eu le courage de le dire noir sur blanc dans Le Monde : nous prenons l'argent des enfants pour rembourser les erreurs des adultes.

Ce n'est pas une métaphore. C'est une réalité comptable, froide et implacable. Pendant des décennies, nos gouvernements successifs — de droite comme de gauche, qu'on se le dise — ont acheté la paix sociale à crédit. Des subventions par milliards, des niches fiscales en cascade, des dépenses publiques qui croissent indépendamment de la conjoncture. Résultat : une dette qui frôle les 115% du PIB, et des taux d'intérêt qui ne pardonnent plus.

La Suisse, elle, affiche une dette publique inférieure à 30% de son PIB. Les Pays-Bas plafonnent à 50%. Ce n'est pas une question de culture ou de géographie. C'est une question de discipline et de courage politique.

La campagne présidentielle, terrain de tous les mirages

À dix mois de l'élection présidentielle, que nous propose-t-on ? Des promesses de pouvoir d'achat. Des engagements de dépenses nouvelles. Des plans de relance, des boucliers, des filets. Chaque candidat surenchérit sur l'autre dans la générosité avec l'argent public — c'est-à-dire votre argent et celui de vos enfants.

Je pense sincèrement que la France est entrée dans une phase dangereuse où la vérité économique est devenue électoralement invendable. Dire aux Français qu'il faut réduire la dépense publique, c'est se condamner. Dire qu'il faut réformer les retraites encore une fois, c'est se suicider politiquement. Et pourtant, l'arithmétique ne ment pas.

Pendant ce temps, dans les centres-villes français, les enseignes ferment les unes après les autres — Minelli, Bouchara, Jennyfer, IKKS. Vingt-quatre mille emplois perdus dans le commerce de détail depuis début 2023. Ces faillites ne tombent pas du ciel : elles sont le symptôme d'un pays qui étouffe ses entrepreneurs sous les charges, la réglementation et une consommation anémique, elle-même plombée par un pouvoir d'achat rogné par l'inflation et la fiscalité.

Le choix que personne ne veut faire

La bonne nouvelle — oui, il y en a une — c'est que la situation n'est pas irréversible. Lombard lui-même propose des règles budgétaires contraignantes sur cinq ans. C'est exactement le type de cadre que l'Allemagne s'est imposé avec son fameux « frein à la dette » constitutionnel. Résultat : Berlin emprunte moins cher, investit plus intelligemment, et préserve ses marges de manœuvre.

La France peut en faire autant. Mais cela suppose un choix politique que nos élites rechignent à formuler : dépenser moins, pas mieux — moins. Arrêter de financer l'État obèse avec les économies des générations futures. Rendre aux entreprises et aux actifs les ressources qu'on leur prélève pour alimenter une machine administrative hors de contrôle.

La vraie question de cette présidentielle n'est pas de savoir qui distribuera le plus. C'est de savoir qui aura le courage de dire stop.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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