Racisme : un quart des Français victime ou témoin depuis 2020

Près d’un Français sur deux (46%) a déjà été victime d’agression ou de discrimination à caractère raciste au cours de sa vie, et un Français sur quatre (24%) a fait l’expérience d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années, nous apprend un sondage IFOP pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA).

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 9 avril 2026 7h56
Racisme : un quart des Français victime ou témoin depuis 2020
Racisme : un quart des Français victime ou témoin depuis 2020 - © Economie Matin
10%10% des Français déclarent avoir subi des discriminations dans leur environnement professionnel.

Discriminations raciales : 15% en ont vu ou expériementé ces douze derniers mois

En France, les discriminations raciales ne sont ni marginales ni exceptionnelles, mais bien ancrées dans le quotidien de nombreux individus, peut-on conclure à la lecture d'un sondage IFOP* pour la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA). On y lit que 46% des Français déclarent avoir déjà subi une agression ou une discrimination raciste au cours de leur vie. Sur une période plus récente, 24% affirment avoir été confrontés à un comportement raciste dans les cinq dernières années. Enfin, 15% indiquent en avoir été victimes au cours des douze derniers mois.

Toutefois, ces moyennes masquent des écarts très importants entre les groupes. Certaines minorités apparaissent particulièrement exposées. Ainsi, 80% des personnes perçues comme noires déclarent avoir subi une forme de racisme ou de discrimination. Cette proportion atteint 70% pour les personnes perçues comme arabes. Les minorités religieuses sont également fortement concernées. 79% des musulmans déclarent avoir été confrontés à des discriminations raciales, tandis que 69% des juifs rapportent des expériences similaires. Ces chiffres illustrent l’ampleur des inégalités d’exposition selon l’origine ou la religion.

Institutions, police et discriminations raciales : une défiance qui s’installe

Au-delà des expériences individuelles, l’étude met en lumière un rapport dégradé aux institutions. En effet, les discriminations raciales ne se limitent pas à la sphère privée. Elles s’inscrivent aussi dans les interactions avec les services publics et les autorités. Ainsi, 19% des Français estiment avoir été traités injustement par la police. Ce chiffre témoigne d’un malaise persistant dans les relations entre certaines populations et les forces de l’ordre. Il alimente une perception de partialité institutionnelle.

Plus largement, les interactions avec les administrations publiques, l’école ou les services de santé sont perçues comme des espaces où les discriminations peuvent se manifester. Cette perception contribue à éroder la confiance dans les institutions.

Les conséquences sont tangibles. 21% des victimes déclarent ressentir une forte défiance envers les institutions. Ce sentiment s’accompagne de stratégies d’évitement. Ainsi, 52% des personnes concernées modifient leurs comportements pour éviter certaines situations perçues comme discriminantes. Dans certains cas, cette défiance va encore plus loin. 22% des victimes déclarent avoir envisagé de quitter la France.

Travail, école et méritocratie : les discriminations raciales au cœur des parcours de vie

Les discriminations raciales s’inscrivent également dans les grandes étapes de la vie. Dès l’école, elles influencent les trajectoires : 11% des Français en ont fait l'expérience en milieu scolaire. Les expériences vécues dans le cadre scolaire peuvent affecter durablement le sentiment d’appartenance et les perspectives d’avenir. Dans le monde du travail, ces inégalités se prolongent. 10% des Français déclarent avoir subi des discriminations dans leur environnement professionnel. Si ce chiffre peut sembler inférieur à d’autres indicateurs, il révèle néanmoins une présence persistante du phénomène dans un domaine clé de l’intégration sociale.

Ces discriminations remettent en cause le modèle méritocratique. En théorie, celui-ci repose sur l’égalité des chances. En pratique, les données montrent que certains individus doivent composer avec des obstacles supplémentaires liés à leur origine ou à leur religion.

Les conséquences sont multiples : ces expériences peuvent conduire à des changements d’école, d’emploi ou même de lieu de résidence. Elles influencent les choix de vie, parfois de manière contrainte, et participent à la reproduction des inégalités. Ainsi, les discriminations raciales apparaissent non seulement comme une atteinte aux droits individuels, mais aussi comme un facteur structurant des trajectoires sociales. Elles interrogent, en profondeur, la capacité du modèle républicain à garantir l’égalité entre tous les citoyens.

*Étude Ifop pour LICRA réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14 025 personnes représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 15 ans et plus.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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