Étude IFOP : les Français obtiennent 7,3/20 en économie

Une étude IFOP révèle que 50% des Français ignorent qu’un salaire net de 2 200 euros coûte 3 700 euros à l’employeur. Au-delà de ce chiffre, les participants obtiennent une note moyenne de 7,3/20 sur six notions économiques fondamentales. L’acculturation économique dépend davantage de l’expérience professionnelle que du diplôme, remettant en cause la transmission scolaire de ces savoirs essentiels à la vie démocratique.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 18 septembre 2026 11h20
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Étude IFOP : les Français obtiennent 7,3/20 en économie - © Economie Matin

Un salarié qui négocie un salaire net de 2 200 euros ne réalise souvent pas que son employeur débourse en réalité 3 700 euros pour le rémunérer. Selon une étude IFOP pour l'Institut de l'Entreprise, publiée le 16 septembre 2026, la moitié des Français ignorent ce coût réel du travail. En outre, les résultats révèlent un manque généralisé de connaissances : sur six notions économiques clés, les Français obtiennent une moyenne de 7,3 sur 20.

Un écart de 50% dans la perception du coût réel du travail

Une enquête menée en juin 2026 auprès de 1 000 personnes montre un décalage important entre perception et réalité. La moitié des sondés sous-estiment le coût pour l'employeur d'un salaire net de 2 200 euros. Avec 1 500 euros de cotisations sociales et patronales ajoutés au salaire net, les charges représentent 68% de celui-ci, un ratio largement méconnu des salariés.

Pierre Robert, enseignant et auteur de « Fâché comme un Français avec l'économie », souligne : « Pour moi, enseignant, c'est une remise en question de la transmission scolaire. » Les connaissances économiques ne dépendent pas du niveau académique, puisque les titulaires d'un bac+5 ne réussissent pas mieux que ceux ayant un CAP ou BEP. Le diplôme ne garantit pas une meilleure compréhension des mécanismes économiques fondamentaux.

Conséquences sur les négociations salariales et l'emploi

L'ignorance du coût réel du travail a un impact direct sur les négociations salariales. Un salarié demandant 200 euros nets supplémentaires ignore que cela représente 336 euros pour l'employeur. Dans les petites entreprises où chaque euro est crucial, cette méconnaissance complique les discussions. Les employeurs peinent à justifier leurs refus lorsque les salariés ne réalisent pas la réalité des charges.

Cette ignorance affecte aussi les créations d'emploi. Lorsque les Français estiment le coût d'un salarié à 2 500 euros alors qu'il est de 4 200 euros, ils ne comprennent pas pourquoi les entreprises hésitent à embaucher. L'étude montre que l'acculturation économique se fait plus dans la vie active qu'à l'école. Les personnes avec un revenu mensuel supérieur à 2 262 euros répondent correctement à 2,4 questions sur six, contre 1,9 pour ceux gagnant moins de 1 080 euros, un écart d'à peine un demi-point entre les extrêmes.

Six notions économiques souvent mal comprises

Les sondés ont répondu correctement à seulement 2,2 des six questions posées. L'enquête testait la compréhension du PIB, du déficit public, de la dette, de l'impôt sur les sociétés, du marché du travail et des retraites. Moins de 10% des participants peuvent expliquer clairement chacune de ces notions, bien que 76 à 84% disent en avoir entendu parler. L'écart entre connaissance déclarée et maîtrise réelle est préoccupant.

La confusion est particulièrement marquée sur les priorités budgétaires. 35% des Français croient que la défense est le premier poste de dépenses de l'État, alors que les retraites représentent 420 milliards d'euros en 2026. Seuls 23% identifient correctement ce poste budgétaire clé. Cette ignorance concerne les fondamentaux qui structurent les débats politiques et les décisions gouvernementales.

Expérience professionnelle et compréhension économique

L'étude IFOP-Institut de l'Entreprise révèle un paradoxe éducatif : le niveau de diplôme ne prédit pas la maîtrise des concepts économiques. Un bachelier professionnel en activité comprend mieux le marché du travail qu'un diplômé universitaire sans expérience concrète. L'acculturation se construit par la pratique : négocier un salaire, gérer un budget familial, créer une entreprise ou observer les contraintes de son employeur.

L'intérêt pour l'économie se polarise. 17% des Français se disent très intéressés par le sujet, alors que 10% ne le sont pas du tout, contre 6% en 2017. « L'économie devient un sujet que l'on investit fortement ou que l'on abandonne », observe l'étude. La majorité reste entre ces deux extrêmes, avec des connaissances superficielles qui ne permettent pas de décrypter les programmes électoraux ou d'évaluer les promesses budgétaires.

Clés pour des choix économiques éclairés

Les six notions économiques testées par IFOP comprennent le PIB, le déficit, la dette, l'impôt sur les sociétés, le marché du travail et les retraites. Le PIB mesure la richesse annuelle produite par un pays. Le déficit public survient quand l'État dépense plus qu'il ne perçoit. La dette publique cumule les déficits passés. L'impôt sur les sociétés taxe les bénéfices des entreprises. Le marché du travail régule l'offre et la demande d'emploi. Les retraites redistribuent les cotisations des actifs vers les pensionnés. Ces notions structurent les décisions politiques majeures.

Quatre économistes de renom (Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier, Natacha Valla) prévoient un déficit public à 6,8% du PIB et une dette à 130% du PIB d'ici 2030, impliquant des choix budgétaires difficiles. Pourtant, 73% des Français attribuent le déficit à une mauvaise gestion des dépenses publiques, sans distinguer les dépenses compressibles des engagements structurels comme certaines dépenses de santé ou les retraites.

L'ignorance économique compromet la démocratie. Comment évaluer un programme électoral promettant de réduire la dette tout en augmentant les dépenses sociales sans toucher aux retraites ? Les électeurs manquent des outils pour détecter les incohérences. L'enjeu dépasse le simple savoir académique et touche la capacité à débattre rationnellement des orientations économiques du pays.

L'étude, publiée début septembre 2026, coïncide avec les résultats PISA qui montrent une baisse historique du niveau scolaire. Les deux diagnostics convergent : la transmission des savoirs fondamentaux, y compris économiques, est défaillante. La question reste de savoir si les décideurs réformeront un système éducatif produisant des diplômés incapables de comprendre les mécanismes régissant leur vie professionnelle et leur avenir collectif.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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