Après les sommets de l’après-Covid, le marché du travail revient à un rythme nettement plus prudent et l’emploi en subit directement les effets. L’enquête France Travail révélée par franceinfo mardi 21 avril fait état de 2,27 millions de projets de recrutement en 2026, soit 158.000 de moins qu’un an plus tôt.
Emploi : la baisse des recrutements se confirme en 2026

Après les pics enregistrés au sortir de la crise sanitaire, les entreprises françaises revoient leurs ambitions à la baisse. Le marché du travail ne bascule pas dans l’arrêt brutal, mais il change clairement de nature : moins d’élan, moins de CDI, davantage de besoins ponctuels et une prudence plus visible chez les employeurs. L’enquête France Travail révélée par franceinfo mardi 21 avril confirme ce retour à une logique de resserrement.
Emploi : 2,27 millions de recrutements, mais la marche arrière continue
2,27 millions de projets de recrutement sont attendus en 2026 : l’enquête France Travail révélée par franceinfo mardi 21 avril montre une baisse de 6,5% par rapport à 2025, soit 158.000 projets d'emploi en moins. Le recul est suffisamment net pour ramener les intentions d’embauche à leur plus bas niveau depuis 2018, selon les éléments repris le 21 avril dans la presse.
Pour mesurer le changement, il faut repartir du dernier socle officiel disponible. En 2025, France Travail recensait 2.433.020 projets de recrutement au niveau national. Le site statistique officiel précisait également que 50,1% de ces projets étaient jugés difficiles et que 31,0% relevaient d’emplois saisonniers. La base de comparaison est donc claire : 2026 ne marque pas un effondrement, mais bien une nouvelle marche arrière après le reflux déjà observé l’an dernier.
Autre enseignement : la baisse ne concerne pas un segment isolé. L’enquête France Travail indique qu’elle touche tous les secteurs d’activité ainsi qu’une grande majorité des métiers. Le ralentissement ne vise donc pas seulement le bâtiment ou les fonctions tertiaires les plus exposées ; il traverse une large partie du tissu productif.
Moins d’embauches, mais toujours autant de difficultés à recruter
Ce repli ne signifie pas que recruter est redevenu simple. C’est même l’un des paradoxes les plus frappants du marché français : les entreprises prévoient moins d’embauches, mais elles continuent à rencontrer de fortes difficultés sur une part importante des postes à pourvoir.
En 2025, la statistique officielle de France Travail montrait que 50,1% des projets de recrutement étaient considérés comme difficiles. Pour 2026, l’enquête France Travail fait apparaître une détente, avec 43,8% de projets jugés difficiles. La baisse est réelle, mais le niveau reste élevé. Concrètement, cela veut dire qu’une entreprise sur deux ou presque continue à se heurter à des pénuries de profils, à des refus, à des abandons en cours de processus ou à des inadéquations entre compétences proposées et besoins réels.
Le motif des embauches raconte lui aussi beaucoup de la période.France Travail souligne que « le surcroît d’activité ponctuel reste de loin le premier motif de recrutement » avec 40,7% des cas. Viennent ensuite les remplacements de départs définitifs, à 25,8%, puis les besoins liés à une nouvelle activité, à 22,2%. C’est une photographie parlante : les employeurs recrutent d’abord pour tenir la charge, remplacer ou absorber un besoin immédiat, et moins pour se projeter dans un cycle d’expansion.
La structure des contrats confirme ce mouvement. En 2025, France Travail mettait en avant que 43,8% des projets anticipés correspondaient à des CDI. En 2026, cette part est ramenée à 41%, tandis que les CDD de moins de six mois montent à 41,8%, contre 36,7% un an plus tôt. Le marché reste donc actif, mais il se replie vers davantage de flexibilité et de court terme.
Même la proportion d’établissements prêts à recruter illustre cette prudence. Le chiffre officiel France Travail était de 24,1% en 2025. Pour 2026, l’enquête évoque 23,3% d’établissements recruteurs. L’écart peut sembler limité, mais il dit quelque chose de très concret : les entreprises ne coupent pas toutes leurs embauches, elles sont simplement moins nombreuses à ouvrir des postes.
Des signaux opposés selon les profils et les secteurs
Le ralentissement est général, mais il ne frappe pas tout le monde avec la même intensité. Certains secteurs prennent de plein fouet la dégradation de l’environnement économique. L’enquête France Travail montre ainsi une chute de 16,4% des intentions d’embauche dans la construction et de 10,1% dans les services aux entreprises. Le message est limpide : quand le bâtiment ralentit aussi fort, c’est souvent tout un climat d’investissement qui se dégrade derrière.
À l’inverse, plusieurs métiers très opérationnels continuent de recruter massivement. France Travail mettait déjà en avant en 2025 les aides-soignants, les agents d’entretien, les aides à domicile, les serveurs ou encore les métiers agricoles parmi les familles professionnelles les plus recherchées. En 2026, les mêmes besoins de terrain demeurent fortement visibles.
L’enquête France Travail recense notamment 97.100 projets de recrutement pour les aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration, 93.800 pour les serveurs de cafés-restaurants et 83.800 pour les viticulteurs et arboriculteurs. Ces volumes montrent que l’économie réelle continue à chercher de la main-d’œuvre en masse dans les métiers de service, de proximité et de saison.
Mais là encore, il faut regarder la nature des emplois. La part des saisonniers atteint 67,4% pour les serveurs et 95,2% pour les viticulteurs et arboriculteurs. Le marché français de l’emploi conserve donc un paradoxe bien connu : beaucoup d’embauches, mais une partie importante de ces recrutements reste concentrée sur des contrats courts, très cycliques ou fortement dépendants de la saison.
