La Commission de régulation de l’énergie révèle que le système électrique français coûte 55,9 milliards d’euros en 2025, dont 92% financés par les consommateurs. Entre production à 40 milliards, acheminement à 15,9 milliards et exportations générant 5,4 milliards, le modèle français oscille entre prix bas et tensions budgétaires croissantes.
Energie : la CRE dévoile l’économie du système électrique de la France

Les dépenses totales du système électrique en France atteindront 55,9 milliards d'euros en 2025. D'après un rapport de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) publié en septembre 2026, les consommateurs en supportent 92 %, que ce soit directement via leurs factures ou indirectement par le biais de la fiscalité. Cette situation soulève des questions sur la viabilité d'un modèle où la production d'électricité coûte 40 milliards d'euros et son acheminement 15,9 milliards.
La répartition des coûts du système électrique
La charge financière repose majoritairement sur les consommateurs. Ces derniers couvrent 78,5 % des coûts de production par le biais de la part énergie de leur facture. En ajoutant l'accise sur l'électricité, cette proportion atteint 92 %. L'État et les mécanismes budgétaires complètent le financement, tandis que les producteurs profitent partiellement des revenus d'exportation. La CRE indique que « électrifier notre économie, c'est rendre notre pays moins dépendant des ressources énergétiques étrangères et donc renforcer sa souveraineté ». Cependant, cela implique une pression financière accrue sur les ménages et entreprises.
Sur les 55,9 milliards d'euros, 40 milliards sont alloués à la production électrique, englobant le nucléaire, les énergies renouvelables et les centrales thermiques. L'acheminement, géré par RTE et Enedis, représente 15,9 milliards. Cette répartition illustre la gestion complexe d'un système nécessitant le pilotage constant de plus de 160 GW de capacité installée. Les réseaux perçoivent également 1,7 milliard d'euros des échanges transfrontaliers, qui aident à financer les infrastructures adaptées aux énergies renouvelables.
En 2025, la France redevient le premier exportateur net d'électricité en Europe avec 92,3 TWh exportés, générant 5,4 milliards d'euros pour les producteurs. Cela réduit la pression sur les consommateurs, malgré leur rôle principal dans le financement. Les interconnexions européennes sont cruciales, couvrant jusqu'à 22 % de la consommation nationale lors de crises, et permettant d'écouler les excédents en cas de surproduction.
Les impacts financiers du système électrique
La baisse des prix de marché, conséquence du développement des énergies renouvelables entre 2020 et 2025, profite aux consommateurs par des tarifs réduits, mais pénalise les producteurs non soutenus par des mécanismes publics. Ces derniers subissent une érosion de leurs revenus, exacerbée par l'augmentation des heures à prix négatifs en 2025. En parallèle, les périodes de tension ont entraîné une hausse des heures à prix élevés, montrant un système déséquilibré.
L'État soutient les renouvelables par des subventions répercutées sur les factures, et l'accise sur l'électricité capte une partie des coûts. Ces transferts favorisent les producteurs soutenus au détriment des acteurs historiques. La CRE recommande de synchroniser production et consommation pour maintenir des prix avantageux tout en maîtrisant les coûts et les transferts financiers. Cela nécessite une électrification accrue et le développement de la flexibilité.
Défis pour la soutenabilité budgétaire
Le modèle français repose sur un équilibre délicat. Malgré une capacité installée excédentaire, la disponibilité en période de pointe reste limite. Le développement des renouvelables, qui représentent déjà plus de 50 % de la puissance installée, nécessite une augmentation de la consommation pour éviter la multiplication des heures à prix négatifs. Cependant, 26 % des Français sont en situation de précarité énergétique en 2026, selon le baromètre Secours populaire/Ipsos, créant un paradoxe entre prix de marché avantageux et factures individuelles élevées.
La priorité des dix prochaines années est de concilier décarbonation, souveraineté énergétique et accessibilité tarifaire. L'électrification de l'économie, vue comme un levier stratégique, exige d'importants investissements dans les réseaux et le stockage. Sans augmentation de la demande, le risque de stagnation menace la rentabilité du système et la capacité des consommateurs à absorber les coûts. La CRE propose une synchronisation de la production et de la consommation pour éviter que les transferts financiers ne deviennent insoutenables, un défi crucial pour la compétitivité et le pouvoir d'achat.
