Enfants et ados : l’obésité progresse plus vite dans le monde que la sous-nutrition

L’Unicef a publié, le 9 septembre, un rapport mondial alertant sur une tendance sans précédent. L’obésité est devenue la forme la plus répandue de malnutrition chez les enfants et ados âgés de 5 à 19 ans. Cette mutation rapide, qui relègue la sous-nutrition au second plan, illustre la transformation profonde des systèmes alimentaires, dominés par les produits ultratransformés et la publicité agressive.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 10 septembre 2025 19h00
Enfants et ados : l’obésité progresse plus vite dans le monde que la sous-nutrition
Enfants et ados : l’obésité progresse plus vite dans le monde que la sous-nutrition - © Economie Matin

L’obésité dépasse la sous-nutrition : un basculement mondial

En vingt-cinq ans, la courbe s’est inversée. La proportion d’enfants et d’ados obèses est passée de 3 % en 2000 à 9,4 % en 2025, tandis que la sous-nutrition chutait de près de 13 % à 9,2 %, selon le rapport Feeding Profit de l’Unicef. Cela représente aujourd’hui 188 millions de jeunes souffrant d’obésité, soit environ un sur dix.

« Aujourd’hui, lorsque nous parlons de malnutrition, nous ne faisons plus uniquement référence aux enfants présentant une insuffisance pondérale », a déclaré Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef. L’agence souligne qu’au total, 391 millions de jeunes de 5 à 19 ans, soit un sur cinq, vivent en situation de surpoids, une statistique qui confirme l’ampleur du phénomène.

Un fléau inégalement réparti mais globalisé

L’obésité dépasse la sous-nutrition dans toutes les régions du globe, à l’exception notable de l’Afrique subsaharienne et de l’Asie du Sud. Là encore, la situation reste fragile, les deux formes de malnutrition coexistent, accentuant les inégalités sanitaires. Certaines zones affichent toutefois des records inquiétants. Dans les îles du Pacifique, la transition des régimes traditionnels vers des produits importés riches en calories a provoqué une explosion des cas. Nioué compte 38 % d’enfants et ados obèses, les îles Cook 37 %, Nauru 33 %, un chiffre qui a doublé depuis 2000, selon l’Unicef.

Parmi les pays à revenu élevé, le Chili présente 27 % de jeunes obèses, tandis que les États-Unis et les Émirats arabes unis atteignent chacun 21 %. Ces écarts géographiques révèlent que l’obésité n’est plus un problème cantonné aux pays industrialisés. Elle touche désormais toutes les classes sociales et fragilise les systèmes de santé déjà soumis à de fortes pressions.

Le rôle central du marketing et des ultratransformés

L’Unicef met directement en cause l’essor massif des aliments ultratransformés, riches en sucres, sel, graisses saturées et additifs, ainsi que le marketing numérique qui cible les plus jeunes. « Les enfants sont bombardés par le marketing alimentaire malsain, y compris à l’école », a dénoncé Katherine Shats, auteure principale du rapport, dans des propos rapportés par Le Monde. Une enquête menée via la plateforme U-Report auprès de 64 000 jeunes de 13 à 24 ans dans plus de 170 pays illustre cette pression. Trois quarts des répondants affirment avoir été exposés à des publicités pour boissons sucrées, snacks ou junk-food au cours de la semaine écoulée.

Plus préoccupant encore, 60 % estiment que ces campagnes augmentent leur envie de consommer ces produits. Cette omniprésence de la malbouffe crée un environnement alimentaire défavorable. Les écoles, censées être des lieux de protection, se retrouvent envahies par ces produits. Ce constat alarme les experts en santé publique, car l’exposition répétée influence durablement les habitudes alimentaires dès le plus jeune âge.

Une bombe sanitaire et économique

L’obésité infantile ne constitue pas seulement un problème esthétique ou social. Elle est associée à des risques accrus de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de certains cancers, rappelle l’Unicef. Catherine Russell insiste dans des propos rapportés par Le Monde : « L’obésité est un problème de plus en plus préoccupant qui peut avoir des répercussions sur la santé et le développement des enfants ».

Au-delà des impacts sur la qualité de vie, les conséquences économiques sont gigantesques. Selon les projections, le surpoids et l’obésité pourraient coûter au monde plus de 4 000 milliards de dollars par an d’ici 2035, soit une charge comparable à celle du changement climatique. Ces coûts incluent la prise en charge médicale, la perte de productivité et la baisse de l’espérance de vie en bonne santé.

Des appels à l’action face à une urgence planétaire

Face à cette situation, l’Unicef appelle les États à prendre des mesures contraignantes. Les recommandations incluent l’instauration de taxes sur les produits néfastes, la régulation stricte du marketing alimentaire visant les enfants, l’amélioration de l’étiquetage nutritionnel, ainsi que la transformation des environnements scolaires pour favoriser l’accès à des aliments sains.

L’agence demande également des aides pour les familles vulnérables, souvent plus exposées aux aliments bon marché mais de faible qualité. Le rapport rappelle que la responsabilité ne peut être laissée aux seuls individus ou aux parents. L’obésité chez les enfants et les ados est le produit d’un système global dominé par l’industrie agroalimentaire et ses stratégies commerciales. Sans régulation, préviennent les experts, la tendance ne pourra être inversée.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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