L’engagement auprès des pouvoirs publics n’est pas une option

Dans une économie mondiale de plus en plus volatile, le rôle du gestionnaire d’actifs évolue. Il ne suffit plus de sélectionner des actions performantes ou de diversifier entre secteurs : le devoir fiduciaire exige désormais une approche plus large.

Vignotto Edoardo Publ Rgb
By Edoardo Vignotto Published on 30 janvier 2026 4h30
fonds d'investissement, stratégie, entreprise, ESG
L’engagement auprès des pouvoirs publics n’est pas une option - © Economie Matin
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Aujourd’hui, les investisseurs attendent de leurs gérants qu’ils naviguent dans un environnement où les risques systémiques sont liés à des dynamiques de marché globales, allant des évolutions réglementaires aux tensions géopolitiques. Ces risques systémiques peuvent affecter même les portefeuilles les plus résilients.

La gestion des risques traditionnelle se concentre souvent sur l’analyse des entreprises prises individuellement. Or, les risques systémiques sont transversaux à l’ensemble du marché et ne disparaissent pas par la simple diversification des portefeuilles. Afin de protéger les intérêts des clients sur le long terme, les gestionnaires d’actifs doivent intégrer les enjeux de durabilité et s’engager de manière constructive auprès des décideurs publics et des organisations sectorielles.

Consolider l’intégrité et l’efficience des marchés

Une gestion d’actifs performante repose sur des marchés transparents, efficients et encadrés par des règles fiables. Lorsque les gestionnaires d’actifs partagent leur expertise technique avec les régulateurs, ils contribuent à l’élaboration de cadres réglementaires pragmatiques, et non purement théoriques.

Ce dialogue favorise un écosystème financier plus robuste. Dans ce contexte, les initiatives collectives constituent souvent un levier efficace pour obtenir des résultats concrets. La Finance for Biodiversity Foundation en est un exemple emblématique. En appelant à des politiques alignées sur le Cadre mondial pour la biodiversité (Global Biodiversity Framework), les signataires œuvrent collectivement pour intégrer les risques liés à la nature dans la réglementation des marchés.

Créer des conditions équitables

La transition vers une économie durable nécessite un environnement réglementaire prévisible et cohérent. Des règles fragmentées ou excessivement complexes peuvent fausser la concurrence et générer un « risque politique », c’est-à-dire une incertitude qui freine l’allocation de capitaux à long terme.

En plaidant pour des standards clairs, les gestionnaires d’actifs contribuent à créer un cadre équitable propice à l’innovation. À l’inverse, des politiques conçues sans concertation avec les investisseurs rencontrent souvent des difficultés de mise en œuvre et présentent une faisabilité opérationnelle limitée.

Un exemple récent a été observé début 2025, lorsque la Commission européenne a lancé l’initiative Omnibus afin de simplifier plusieurs législations clés en matière de durabilité, telles que la CSRD [1] et la CSDDD [2], après que la charge réglementaire initiale s’est révélée potentiellement excessive pour les entreprises européennes. Un engagement précoce et proactif permet d’éviter ce type de retards et de complexités, et garantit l’efficacité des réglementations dès leur entrée en vigueur.

Si l’engagement direct auprès des entreprises et le vote en assemblée générale demeurent au cœur des stratégies de stewardship, le dialogue avec les parties prenantes sur l’environnement systémique peut renforcer l’ensemble du système financier et améliorer les résultats pour tous.

La collaboration : la force des réseaux

L’engagement auprès des pouvoirs publics constitue également un outil essentiel de partage des connaissances. En collaborant avec leurs pairs au sein d’organisations telles que l’UN PRI [3] — une communauté de plus de 5 000 organisations engagées autour de six principes fondamentaux d’investissement responsable — les gestionnaires d’actifs accèdent à un réservoir mondial de bonnes pratiques et de données.

Les plateformes collaboratives permettent une analyse des risques plus sophistiquée et une action collective plus impactante.

En s’engageant auprès des décideurs publics, les gestionnaires d’actifs jouent à la fois un rôle l’alerte avancée et d’influence constructive, contribuant à façonner un environnement stable dans lequel le capital peut se développer. Pour le fiduciaire, l’engagement public n’est pas une option : c’est un outil essentiel pour assumer pleinement sa responsabilité de protection du pouvoir d’achat à long terme des clients et pour garantir des systèmes financiers futurs résilients et transparents.

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Edoardo Vignotto, Stewardship Specialist, J. Safra Sarasin

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