Les entreprises d’insertion sous tension : activité solide, rentabilité en recul

Les entreprises d’insertion continuent de gagner du chiffre d’affaires et d’accompagner près de 93.000 personnes, mais leurs comptes se tendent. Marges en recul, capacités d’autofinancement fragiles et financement de la formation en baisse dessinent un paradoxe : l’insertion produit toujours des résultats sociaux et des retombées pour les finances publiques, alors même que son modèle économique se rapproche de la ligne rouge.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 1 octobre 2026 8h16
Les entreprises d'insertion sous tension : activité solide, rentabilité en recul
Les entreprises d’insertion sous tension : activité solide, rentabilité en recul - © Economie Matin
8%Les entreprises d’insertion ont vu leur chiffre d'affaires progresser de 8% sur un an en moyenne.

Entreprises d’insertion : l’activité progresse, les marges reculent

L'insertion se porte-t-elle bien et remplit-elle ses missions ? Le premier signal est trompeusement favorable. Entre 2024 et 2025, le chiffre d’affaires a progressé de 4,3% pour les entreprises d’insertion et de 9,8% pour les entreprises de travail temporaire d’insertion. L’activité tient donc, et elle accélère même pour une partie des structures. Mais la dispersion est forte : 38% des entreprises d’insertion et 30% des entreprises de travail temporaire d’insertion enregistrent malgré tout un recul de leur chiffre d’affaires, peut-on lire dans le dernier Observatoire de la Fédération des entreprises d'insertion.

Surtout, davantage de recettes commerciales ne signifie pas davantage de bénéfices. Dans les entreprises d’insertion, le chiffre d’affaires moyen passe de 2,47 millions d’euros à 2,66 millions d’euros, soit une hausse de 8%. Dans le même temps, la marge nette moyenne recule de 1,05% à 0,66%. Près de 30% des entreprises d’insertion présentent même un résultat négatif. Pour les entreprises de travail temporaire d’insertion, le mouvement est plus sévère : malgré une progression de 7,9% du chiffre d’affaires moyen, la marge nette passe de 0,29% à moins 0,12%.

L’insertion sous pression : des bénéficiaires nombreux, des moyens resserrés

Sur le front social, le volume reste élevé mais ne progresse plus. En 2025, les entreprises d’insertion ont accompagné 39.667 personnes et les entreprises de travail temporaire d’insertion 53.042 personnes, soit 92.709 bénéficiaires au total. Ce nombre s'inscrit en baisse de 2,6% sur un an. Ces structures représentent néanmoins 31,3% des 296.000 bénéficiaires de l’insertion par l’activité économique en France.

La contraction ne concerne pas seulement le nombre de personnes accompagnées. Les crédits consacrés à la formation se sont également repliés. Le budget du plan d’investissement dans les compétences destiné à l’insertion par l’activité économique est passé de 95,8 millions d’euros en 2023 à 81,3 millions d’euros en 2024, puis à 70 millions d’euros en 2025. La Fédération relie cette diminution à une baisse du nombre de salariés en insertion ayant suivi au moins une formation.

L’enjeu n’est pas secondaire. Les personnes embauchées affichent des niveaux de qualification nettement inférieurs à ceux de l’ensemble des personnes en emploi. En 2024, 77% des salariés recrutés dans les entreprises d’insertion et 81% de ceux embauchés dans les entreprises de travail temporaire d’insertion avaient un niveau d’études inférieur au baccalauréat, selon les données de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DREES) du ministère du Travail. À titre de comparaison, cette proportion atteignait 31% parmi l’ensemble des personnes en emploi en France.

L’accompagnement touche des publics particulièrement éloignés du marché du travail. En 2024, 29% des salariés embauchés dans les entreprises d’insertion et 28% dans les entreprises de travail temporaire d’insertion étaient issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville. La proportion correspondante dans la population de France hexagonale était de 8%, nous apprend l'INSEE.

L’insertion remplit-elle sa mission d’emploi pour les bénéficiaires ?

À cette question, les chiffres apportent une réponse nuancée plutôt qu’un verdict unique. L’objectif premier est bien atteint sur le ciblage : les entreprises recrutent des personnes qui rencontrent davantage d’obstacles face à l’emploi. Parmi les salariés embauchés en entreprise d’insertion, 23% étaient inscrits à France Travail depuis plus de 24 mois. Dans les entreprises de travail temporaire d’insertion, cette proportion est de 18%.

Les parcours sont en outre relativement courts. Leur durée moyenne atteint 10,8 mois dans les entreprises d’insertion et 9,6 mois dans les entreprises de travail temporaire d’insertion en 2025. Toutes structures confondues, la moyenne ressort à 10,2 mois. L’enjeu consiste donc à remettre les personnes en situation de travail, à renforcer leurs compétences puis à préparer une transition vers le marché ordinaire.

Les résultats de sortie diffèrent fortement selon le modèle. Dans les entreprises de travail temporaire d’insertion, 30,4% des bénéficiaires sortent vers un emploi durable et 26% vers un emploi court, soit 56,4% directement en emploi. Dans les entreprises d’insertion, 18,4% rejoignent un emploi durable et 12,5% un contrat court, autrement dit, 30,9% des bénéficiaires sont remis directement en emploi. D’autres bénéficiaires poursuivent par un emploi aidé, une formation ou une création d’entreprise. La Fédération estime ainsi qu’en intégrant ces différentes issues positives, environ deux tiers des salariés sortent de la privation d’emploi.

Le débat sur les financements ne se résume donc pas au montant des aides. La Fédération met en avant les recettes publiques produites en retour. Pour 100 euros de produits d’exploitation, une entreprise de travail temporaire d’insertion verse en moyenne 18,40 euros de cotisations sociales, impôts et taxes, tandis qu’elle perçoit 9,80 euros de subventions d’exploitation, lit-on dans l’Observatoire 2026. Autrement dit, dans cette catégorie précise de structures, les prélèvements fiscaux et sociaux sont près de deux fois supérieurs aux subventions reçues.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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