Les entreprises ont nettement ralenti leurs projets d’implantation en France en 2025. Selon le baromètre annuel de la SCET, filiale de la Caisse des Dépôts, mené en partenariat avec Ancoris et dévoilé par France Inter, le nombre de projets détectés a reculé de 18%, à 1.305, contre 1.595 un an plus tôt. L’industrie, la logistique et le tertiaire sont tous orientés à la baisse, dans un climat marqué par l’incertitude politique, la pression foncière et des arbitrages d’investissement plus prudents.
Entreprises : un recul net des implantations en France en 2025

Le recul est suffisamment marqué pour être scruté de près par les collectivités locales comme par les acteurs économiques. Avec 1.305 projets d’implantation détectés en 2025, contre 1.595 en 2024, la France retombe à son niveau le plus bas depuis 2019 selon les données compilées par Ancoris. Cette baisse ne concerne pas un seul secteur : l’industrie, la logistique et le tertiaire sont tous orientés à la baisse. Derrière cette tendance, le baromètre met en lumière une réalité plus structurelle : les entreprises continuent d’envisager la France, mais elles investissent de façon plus prudente, sur des formats plus petits, plus souples et plus rapides à déployer.
La prudence des entreprises gagne du terrain dans tous les secteurs
Le baromètre SCET-Ancoris dresse une photographie claire de l’année 2025 : la dynamique d’implantation s’est contractée dans l’ensemble des grands secteurs. Le nombre total de projets détectés tombe à 1.305, soit une baisse de 18% sur un an. C’est le niveau le plus bas depuis 2019.
L’industrie, pourtant au cœur des discours sur la réindustrialisation, recule elle aussi. Les projets industriels passent de 329 en 2024 à 295 en 2025, soit un repli de 10%. La logistique chute encore plus fortement, avec 288 projets contre 389 un an plus tôt, soit -26%. Le tertiaire baisse de 8%, à 411 projets.
Le phénomène est d’autant plus notable qu’il intervient après plusieurs années soutenues par les mesures de relance post-Covid. Une fois cet effet dissipé, les entreprises reviennent à des calculs plus défensifs. La Banque de France le résumait en décembre 2025 en soulignant que « L’incertitude fiscale et budgétaire pèse sur la reprise de l’investissement des entreprises. » Le diagnostic rejoint celui du baromètre : l’environnement national n’incite pas à lancer rapidement des projets lourds.
Cette prudence se lit aussi dans la taille des implantations envisagées. Les projets créant moins de cinq emplois représentent désormais 41% du total, contre 30% en 2024. À l’inverse, les projets intermédiaires, plus structurants pour les bassins d’emploi, reculent nettement. Les entreprises cherchent à limiter leur exposition, à conserver des marges de manœuvre et à éviter les engagements trop difficiles à financer ou à rentabiliser.
Foncier, immobilier, stabilité : les vrais freins à l’implantation
Le baromètre montre aussi que le premier obstacle à l’implantation des entreprises n’est pas théorique. Il est matériel. Pour 60% des décideurs territoriaux interrogés, l’« indisponibilité ou inadéquation du foncier économique » constitue le principal frein aux nouvelles implantations. L’instabilité politique nationale arrive en deuxième position, citée par 52% des répondants. L’inadéquation de l’offre immobilière suit à 41%.
Autrement dit, la question n’est plus seulement d’attirer des entreprises. Il faut encore pouvoir les accueillir. Or les terrains mobilisables se raréfient, les contraintes environnementales se renforcent, et les locaux existants ne correspondent pas toujours aux besoins industriels, logistiques ou tertiaires.
Ce point pèse d’autant plus que les entreprises privilégient désormais la souplesse. En 2025, la location représente 50% des projets, contre 38% pour l’achat. La recherche de locaux existants reste majoritaire à 63%, mais la demande de terrains remonte à 25%. Cela traduit un double besoin : aller vite quand c’est possible, tout en gardant la possibilité de solutions plus sur mesure quand l’offre existante ne convient pas.
Pour les collectivités, cette tension débouche sur une sélection plus stricte des projets. Le premier motif de refus reste le faible ratio entre emplois créés et surface consommée. Viennent ensuite la qualité environnementale du projet et son acceptabilité locale. L’époque où l’on accueillait n’importe quel dossier au nom de l’attractivité semble révolue.
Interrogé dans le baromètre SCET-Ancoris, Thomas Huriez, président de 1083, résume la situation ainsi : « Les investissements ne se sont pas arrêtés, ils ont simplement changé de territoire. » La phrase éclaire un point essentiel : lorsque les conditions d’accueil ne sont pas réunies, le projet ne disparaît pas forcément, il va ailleurs. Le dirigeant ajoute une autre remarque tout aussi concrète : « On peut faire de l’industrie partout. Mais pas à n’importe quel prix. » Entre coût du bâti, disponibilité des sites et équilibre économique, beaucoup de projets butent désormais sur des considérations très pratiques.
Des collectivités encore mobilisées, mais sous contrainte
Malgré ce coup de frein, les territoires ne baissent pas les bras. Huit décideurs locaux sur dix se disent encore optimistes ou très optimistes pour le développement de leur territoire. Mais cet optimisme devient plus mesuré. La part des répondants se déclarant « très optimistes » a reculé de 8 points en un an, signe d’une vigilance accrue.
Les arbitrages budgétaires vont dans le même sens. Les budgets dédiés à l’attractivité stagnent majoritairement. Lorsqu’ils progressent, c’est surtout sur des leviers jugés directement utiles : la structuration de l’offre foncière et immobilière, la promotion territoriale et l’accompagnement des prospects. À l’inverse, l’événementiel, la prospection exogène et le financement direct des projets servent plus souvent de variables d’ajustement.
Ce recentrage traduit une logique de court terme très claire. Les collectivités cherchent moins à multiplier les opérations de communication qu’à sécuriser les conditions concrètes d’accueil. Le développement de l’offre foncière et immobilière arrive d’ailleurs en tête des chantiers prioritaires, cité par 75% des répondants.
Dans le même temps, les filières jugées stratégiques restent très orientées vers la production. L’industrie arrive largement en tête, à 85%, devant l’agroalimentaire, le tourisme, la santé, l’énergie-décarbonation et le numérique. Ce classement montre que les territoires veulent encore accueillir des entreprises, mais qu’ils ciblent davantage les activités considérées comme structurantes pour l’emploi local, la souveraineté ou la valeur ajoutée.
Des entreprises plus petites, plus flexibles, plus sélectives
Le recul de 2025 ne raconte pas seulement une baisse en volume. Il révèle une transformation du comportement des entreprises. Les projets deviennent plus petits, plus souples et plus prudents. Les dirigeants cherchent des implantations moins coûteuses, plus rapides à mettre en œuvre et plus faciles à ajuster selon la demande, le financement ou les évolutions réglementaires.
Cette logique vaut particulièrement dans l’industrie. Près des trois quarts des projets industriels prévoient désormais moins de 20 emplois. La part des très grands projets recule, tout comme celle des opérations les plus gourmandes en foncier. Dans la logistique aussi, le marché semble atteindre un palier après des années de forte expansion liée à l’e-commerce et à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement.
Même le tertiaire, qui résiste un peu mieux, s’inscrit dans cette tendance. Les projets y sont moins nombreux et les entreprises cherchent davantage des solutions immédiatement mobilisables, bien situées et capables d’offrir de la flexibilité. Le mot d’ordre n’est plus l’expansion rapide, mais la maîtrise du risque.
Cette évolution oblige la France à revoir sa manière de parler d’attractivité. L’enjeu n’est plus seulement de publier des chiffres ou d’annoncer des ambitions. Il s’agit de répondre à des questions simples et décisives pour les entreprises : y a-t-il un site disponible, un local adapté, un calendrier lisible, des règles stables et un coût soutenable ?
L’État sommé de simplifier pour éviter l’enlisement
Dans ce contexte, les attentes des collectivités vis-à-vis de l’État sont très nettes. La priorité absolue, citée par 80% des répondants, concerne la simplification du cadre réglementaire, qu’il s’agisse d’urbanisme, d’environnement ou de droit du travail. Juste derrière, 51% demandent un nouvel acte de décentralisation pour renforcer le rôle des territoires dans les politiques d’attractivité et de développement économique.
Le message est limpide. Quand les entreprises hésitent davantage, chaque délai supplémentaire, chaque incertitude administrative et chaque changement de cap politique peuvent faire échouer un projet. Les collectivités demandent donc moins de complexité et plus de capacité d’action.
Le baromètre met ainsi en lumière une réalité moins spectaculaire que les grandes annonces, mais plus déterminante pour l’économie réelle. Les entreprises n’ont pas déserté la France. Elles investissent simplement avec plus de prudence, plus d’exigence et moins de marge pour absorber les lenteurs, les surcoûts ou l’instabilité. Dans ce nouveau cadre, l’attractivité française dépend autant de la qualité du foncier et de l’immobilier disponibles que de la stabilité du contexte politique et réglementaire.
