Les femmes, encore trop peu nombreuses à la tête d’entreprises côtées

La France figure parmi les pays européens les plus avancés en matière de mixité dans les organes de gouvernance. Pourtant, l’accès des femmes aux plus hautes fonctions dirigeantes stagne. Une étude de l’Institut français des administrateurs (Ifa) et d’Ethics & Boards révèle que seules 24 entreprises du SBF 120 et du CAC 40 sont dirigées par des femmes. Une réalité qui interroge alors même que les politiques de féminisation progressent dans l’ensemble des comités exécutifs.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 19 février 2026 11h36
La présence des femmes à la tête des grandes entreprises françaises demeure extrêmement faible : seules 10 % des directions générales du SBF 120 et du CAC 40 sont féminisées. Pixabay
La présence des femmes à la tête des grandes entreprises françaises demeure extrêmement faible : seules 10 % des directions générales du SBF 120 et du CAC 40 sont féminisées. Pixabay - © Economie Matin

Les comités exécutifs se féminisent, mais pas la direction générale

Les grandes entreprises françaises affichent aujourd’hui environ 30% de femmes dans leurs comités exécutifs. Un résultat porté par plusieurs dynamiques : la loi Rixain de 2021, applicable à partir d’avril 2026, impose un seuil minimal de 30% de femmes dans les instances dirigeantes des entreprises d'au moins 1.000 salariés. Ce cadre légal accélère clairement la féminisation des fonctions stratégiques. La France rejoint ainsi le groupe des pays les plus avancés d’Europe, aux côtés de la Norvège, de la Finlande ou encore du Royaume-Uni, selon l’étude Ifa / Ethics & Boards.

Mais cette dynamique ne se reflète pas dans la structure du pouvoir suprême : les femmes ne représentent que 10% des patrons du SBF 120 et du CAC 40, un chiffre inchangé ou presque depuis cinq ans. Les dirigeantes se retrouvent surtout dans les secteurs de la consommation, de la finance ou des services — comme chez Amundi, FDJ, Engie, ou encore Orange.

À l’inverse, l’industrie lourde, la technologie ou les infrastructures restent des bastions masculins. Ce déséquilibre sectoriel réduit mécaniquement le vivier de futures dirigeantes. Les femmes restent encore majoritairement cantonnées aux postes support — RH, communication, juridique — historiquement moins valorisés dans les parcours menant à une direction générale.

Selon l’OCDE, dans les entreprises françaises de plus de 250 salariés, moins de 20% des postes opérationnels majeurs (direction d’usine, direction commerciale, direction des opérations) sont occupés par des femmes, alors qu’ils constituent souvent la voie d’accès naturelle à la direction générale.

Le plafond de verre persiste malgré des politiques volontaristes

Les mécanismes qui freinent l’évolution des femmes vers les plus hautes fonctions sont bien identifiés : réseaux informels dominés par les hommes, cooptation entre pairs, faible exposition à des responsabilités stratégiques, et persistance de stéréotypes sur la capacité des femmes à diriger dans des contextes complexes ou techniques.

Une étude de McKinsey Europe sur la mixité dans les entreprises souligne que les femmes sont 30% moins susceptibles que les hommes d’être identifiées comme "talents à haut potentiel" au début de leur carrière. Ce retard initial creuse les écarts tout au long du parcours professionnel.

Contrairement à une idée répandue, la France ne fait pas figure d’exception dans ce domaine : partout en Europe, les femmes peinent à accéder à la direction des grandes sociétés cotées. Hormis la Norvège — environ 16% de dirigeantes — aucun grand pays ne dépasse les 10%, selon l’étude Ifa / Ethics & Boards.

Cette convergence européenne montre que le problème ne tient pas seulement à la législation, mais bien à la manière dont les entreprises structurent leurs parcours, organisent la mobilité interne et valorisent les profils.

Or, lorsqu’une femme accède à un poste de direction générale, l’impact est visible : politiques RH plus inclusives, performance durable accrue, meilleure représentativité dans l’entreprise. De nombreuses études montrent que les sociétés mixtes sont plus innovantes, plus performantes et plus attractives pour les talents.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

No comment on «Les femmes, encore trop peu nombreuses à la tête d’entreprises côtées»

Leave a comment

* Required fields