Pour la première fois, une éolienne aéroportée de classe mégawatt a injecté de l’électricité dans un réseau public. En Chine, le système MW-class S2000 ouvre une nouvelle voie pour exploiter les vents de haute altitude et bouscule les modèles classiques de production éolienne.
Cette éolienne volante chinoise capte le vent à 2 000 mètres d’altitude

En janvier 2026, dans la province chinoise du Sichuan, un système expérimental baptisé MW-class S2000 a franchi un cap inédit. Cette éolienne aéroportée a produit de l’électricité en conditions réelles et l’a injectée dans le réseau local, marquant une étape clé pour une technologie longtemps cantonnée aux laboratoires et aux prototypes.
Une éolienne volante qui va chercher le vent là où il est plus fort
À première vue, le MW-class S2000 déroute. Pourtant, son principe reste simple. Plutôt que d’ériger une tour de plusieurs centaines de mètres, le système est maintenu en altitude grâce à une plateforme aérostatique gonflée à l’hélium. Ainsi, il évolue autour de 2 000 mètres d’altitude, là où les vents sont plus forts, plus réguliers et moins perturbés par le relief ou les constructions humaines. Par conséquent, l’objectif est clair : capter une ressource énergétique largement sous-exploitée.
Dans les faits, le MW-class S2000 combine plusieurs turbines intégrées à une structure volante unique. L’électricité produite est transmise au sol via un câble, qui assure à la fois l’ancrage mécanique et la connexion électrique. Selon les développeurs, lors du vol d’essai réalisé dans la région de Yibin, le système a généré 385 kilowattheures d’électricité injectés directement dans le réseau local. Ce résultat, bien que limité dans le temps, démontre surtout la faisabilité technique d’un raccordement au réseau pour une éolienne aéroportée de classe mégawatt.
D’un point de vue physique, l’intérêt du MW-class S2000 repose sur un constat connu mais rarement exploité à cette échelle. La puissance du vent augmente avec le cube de sa vitesse. Autrement dit, une augmentation modérée de la vitesse du vent entraîne une hausse très significative de l’énergie récupérable. Selon les développeurs du projet, cités par NewPolis, les vents rencontrés à 2 000 mètres peuvent produire plusieurs fois plus d’électricité que ceux disponibles au niveau du sol. Dès lors, même avec des turbines de taille plus modeste, le rendement potentiel devient comparable, voire supérieur, à celui des éoliennes terrestres classiques.
Pourquoi cette première injection réseau change la donne
Jusqu’ici, les éoliennes aéroportées souffraient d’un déficit de crédibilité industrielle. Les prototypes existaient, les démonstrateurs aussi, mais aucun système de grande puissance n’avait prouvé sa capacité à fournir de l’électricité utilisable par un réseau public. En injectant effectivement de l’énergie dans le réseau du Sichuan, le MW-class S2000 franchit donc une frontière symbolique et technique majeure. Désormais, la question n’est plus seulement de savoir si la technologie fonctionne, mais si elle peut être déployée à grande échelle.
Selon SolarVision, le système a atteint son altitude opérationnelle d’environ 2 000 mètres en une trentaine de minutes, un délai relativement court pour ce type de dispositif. Ce paramètre est loin d’être anodin. Plus le temps de déploiement est réduit, plus l’exploitation devient flexible. Ainsi, le MW-class S2000 pourrait être utilisé de manière ponctuelle pour répondre à des pics de demande, ou déplacé en fonction des conditions météorologiques, ce qu’aucune éolienne conventionnelle ne permet aujourd’hui.
Par ailleurs, la capacité nominale annoncée du MW-class S2000 atteint jusqu’à 3 mégawatts, selon les informations relayées par NewPolis en janvier 2026. À ce niveau de puissance, on ne parle plus d’une solution marginale ou expérimentale. On entre dans une catégorie comparable à celle des éoliennes terrestres modernes. Toutefois, contrairement à ces dernières, l’éolienne aéroportée n’exige ni fondations massives, ni longues procédures de permis de construire. En conséquence, les coûts d’infrastructure pourraient être significativement réduits, même si aucune estimation chiffrée globale n’a encore été rendue publique.
MW-class S2000 : des usages civils, urbains et stratégiques déjà envisagés
Au-delà de la prouesse technologique, les développeurs du MW-class S2000 affichent des ambitions très concrètes. Selon Weng Hanke, directeur technologique de l’entreprise à l’origine du projet, le système vise deux usages prioritaires. D’une part, l’alimentation de sites isolés ou hors réseau, comme des installations frontalières ou des zones reculées. D’autre part, le complément des parcs éoliens terrestres existants, afin de créer une approche tridimensionnelle de la production énergétique.
Cette complémentarité est centrale. En effet, l’éolien terrestre souffre d’une intermittence parfois difficile à compenser, notamment lors des périodes de faible vent au sol. En exploitant des couches atmosphériques différentes, le MW-class S2000 pourrait lisser la production globale et améliorer la stabilité du réseau. De ce point de vue, l’éolienne aéroportée ne se positionne pas comme une concurrente directe, mais comme un renfort technologique.
Enfin, les perspectives économiques attirent déjà l’attention. Sans occuper de foncier au sol, sans générer de nuisances visuelles permanentes et avec une empreinte matérielle potentiellement réduite, le MW-class S2000 pourrait séduire des zones urbaines ou périurbaines jusqu’ici réticentes à l’éolien classique. Toutefois, plusieurs défis restent à résoudre, notamment en matière de sécurité aérienne, de résistance aux conditions météorologiques extrêmes et de durabilité des matériaux soumis à des contraintes constantes. À ce stade, aucune échéance commerciale précise n’a été annoncée, mais l’injection réussie dans le réseau chinois constitue un signal fort pour les investisseurs et les acteurs du secteur énergétique.
