Europe : 1 femme sur 3 victime de violences

La violence subie par les femmes en Europe reste massive, et surtout largement silencieuse. Une enquête paneuropéenne publiée le 3 mars 2026 met un chiffre sur ce que beaucoup de victimes décrivent depuis longtemps : environ 30,7 % des femmes dans l’Union européenne déclarent avoir subi, au cours de leur vie, des violences physiques et/ou sexuelles, soit près d’une femme sur trois, selon l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA), l’EIGE.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 4 mars 2026 6h46
violences économiques
49% des chômeuses ont déjà subi au moins une forme de violences économiques de la part de leur conjoint. - © Economie Matin
29,9%29,9 % des femmes déclarent avoir subi des violences psychologiques de la part d’un partenaire.

Le cœur du rapport n’est pas seulement la prévalence de la violence : c’est ce que la statistique révèle du fossé entre ce que vivent les femmes et ce qui arrive jusqu’à la police, aux services de santé ou aux guichets de plainte. Car l’enquête montre aussi une réalité institutionnelle : la majorité des faits n’est pas signalée, malgré l’existence, dans de nombreux pays, de dispositifs dédiés.

La violence envers les femmes est toujours très présente en Europe

L’enquête repose sur une base rare par son ampleur : près de 115 000 femmes interrogées, âgées de 18 à 74 ans, dans les 27 États membres. Les entretiens ont été conduits entre septembre 2020 et mars 2024, selon Reuters.

Ce socle permet de comparer les pays, mais aussi de distinguer les types de violence et les auteurs : partenaire intime, ex-partenaire, non-partenaire. Il permet surtout d’observer des variations frappantes. Reuters cite un écart allant de 57,1 % de femmes déclarant des violences en Finlande à 11,9 % en Bulgarie, et décrit un phénomène souvent débattu, le « paradoxe nordique » : des pays réputés avancés en matière d’égalité affichent des taux déclarés plus élevés. Les chercheurs cités par Reuters rappellent que ces écarts peuvent refléter des expériences différentes, mais aussi des différences de perception, de définition, ou de propension à déclarer.

Autre point saillant : l’évolution dans le temps ne suffit pas à rassurer. Reuters indique qu’on passe de 33 % dans la première grande enquête comparable de 2012 à 30,7 % aujourd’hui. La baisse, à l’échelle d’une décennie, est très légère et ne change pas la photographie d’ensemble : la violence reste un phénomène de masse, enraciné, et inégalement visible selon les pays.

La FRA insiste d’ailleurs sur un angle moins spectaculaire mais décisif : les violences « moins reconnues » pèsent lourd. Dans son communiqué, l’agence souligne que la violence psychologique, économique et numérique fait partie des formes les plus répandues, tout en restant parmi les plus difficiles à identifier et à prendre en charge.

Violences : pourquoi la dénonciation reste minoritaire chez les femmes

Le chiffre le plus politique du rapport tient peut-être en une ligne : la plainte est l’exception, pas la règle. Selon le rapport, seules 6,1 % des femmes déclarant des violences physiques ou sexuelles commises par un partenaire intime les signalent à la police. En cas d’agression par un non-partenaire, la proportion monte, mais reste limitée : 11,3 %.

L’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA) décrit une différence persistante entre violence « intime » et violence « extérieure » : pour l’épisode le plus récent, 6,1 % des femmes signalent à la police une violence physique et/ou sexuelle commise par un partenaire actuel, contre 20,8 % lorsqu’il s’agit d’un non-partenaire. Cette asymétrie dit quelque chose du huis clos. Le danger, la dépendance, la peur des représailles, ou l’emprise peuvent peser différemment lorsque l’auteur vit au quotidien, ou a vécu dans la sphère intime.

Le rapport documente aussi la place des autres portes d’entrée. Parmi les victimes de violences physiques et/ou sexuelles, 20,5 % ont contacté des services de santé ou des services sociaux, et 13,9 % ont contacté la police. Le fait de passer par un médecin, une assistante sociale, une structure d’aide, plutôt que par un commissariat, n’est pas anecdotique : il renvoie à la manière dont les victimes hiérarchisent l’urgence, l’écoute, la preuve, et le risque.

Les raisons de la non-déclaration sont répétées, mais leur répétition ne les banalise pas. Reuters cite la honte, l’auto-culpabilisation, la peur et la défiance envers les forces de l’ordre. La FRA, dans son communiqué, insiste sur le manque de confiance dans la police et, plus largement, sur l’accès imparfait aux réseaux de soutien. Ainsi, 49,9 % des victimes de viol interrogées évoquent l’embarras ou le sentiment de culpabilité comme raison de ne pas signaler des violences commises par un non-partenaire, selon la FRA/EIGE.

« La violence à l’égard des femmes est une violation des droits fondamentaux », affirme Sirpa Rautio, directrice de la FRA. Elle ajoute que « les États membres ont l’obligation claire de prévenir la violence, de protéger les victimes et de garantir l’accès à la justice ». La phrase n’est pas seulement morale : elle renvoie à la responsabilité de l’État quand l’accès à la plainte demeure, pour beaucoup de femmes, un parcours incertain.

Violences psychologiques et économiques : quand le contrôle pèse plus que les coups sur la femme

Le rapport pousse à élargir le regard. Selon le communiqué de la FRA, 29,9 % des femmes déclarent avoir subi des violences psychologiques de la part d’un partenaire. Le même document met en avant la violence économique, mesurée plus précisément dans certains pays : dans huit États où des questions supplémentaires ont été posées, 20,3 % des femmes déclarent avoir subi une violence économique. Le rapport détaille des situations typiques : empêcher de travailler, retenir de l’argent, confisquer des revenus ou des aides.

Ces violences de contrôle dessinent un paysage où la frontière entre conflit conjugal et domination s’efface. Elles expliquent aussi pourquoi la plainte est difficile : comment « prouver » un contrôle, une humiliation répétée, une restriction d’autonomie financière, une surveillance, lorsque l’environnement social lui-même peut minimiser ?

Les données publiées par la FRA apportent aussi des éléments plus spécifiques sur la violence physique au sein du couple. 10,7 % des femmes ont subi des violences physiques de la part de leur partenaire.

Enfin, le rapport insiste sur un point rarement discuté dans l’espace public : la violence « intime » n’est pas forcément « moins grave » parce qu’elle se déroule à huis clos. Elle peut être cumulative, structurante, et associée à d’autres formes, notamment numériques. Ce continuum rend la prise en charge plus complexe et exige des institutions qu’elles relient police, justice, santé et social au lieu de fonctionner en silos.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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