Alors que l’Europe vieillit et que se prépare le plus important transfert de patrimoine de l’histoire moderne, une inquiétude domine chez les plus de 60 ans : la fiscalité de la transmission. Une étude menée dans dix pays européens montre qu’une nette majorité de seniors considère impôts et taxes liés à l’héritage comme disproportionnés. Un constat qui interroge les modèles nationaux, à l’heure où solidarité familiale et enjeux budgétaires s’entrechoquent.
Transmission patrimoniale : une fiscalité jugée écrasante pour une majorité de seniors

Une défiance croissante face à la fiscalité de la transmission
Dans dix pays européens, une large part des plus de 60 ans juge la fiscalité appliquée à la transmission patrimoniale trop élevée. Selon l’étude réalisée par l’Observatoire Cetelem, près de sept seniors sur dix expriment une forme de lassitude devant les droits de succession et de donation. Ces résultats reflètent un phénomène transversal : malgré des systèmes fiscaux très différents, l’idée d’une taxation trop lourde fait consensus.
Les contrastes restent toutefois marqués. La Belgique arrive en tête des pays les plus critiques, suivie de la France et de l’Italie. À l’inverse, la Suède, qui a supprimé son impôt sur les successions en 2005, affiche des niveaux d’insatisfaction beaucoup plus faibles. Ce décalage illustre l’influence directe des choix politiques sur la perception citoyenne. Là où la fiscalité est jugée lisible et mesurée, les tensions s’atténuent.
Le vieillissement rapide de la population explique en partie la montée du sujet. Les baby-boomers, qui détiennent une part importante du patrimoine privé européen, arrivent à l’âge où s’organisent transmissions et donations. Cette transition massive ouvre un débat sensible : quelle part doit revenir aux familles, et quelle part doit financer les politiques publiques ?
L’étude rappelle que les héritiers perçoivent aujourd’hui leur patrimoine de plus en plus tard, souvent autour de 50 ou 60 ans. Ce décalage interroge l’utilité réelle de l’héritage au moment où il est transmis. Certains économistes estiment que ces transmissions tardives pourraient perdre en impact économique, au moment même où l’État cherche à élargir ses recettes fiscales.
Une pression fiscale perçue comme un frein à la circulation du patrimoine
Malgré des avis très négatifs sur la fiscalité, la solidarité familiale reste un pilier profondément ancré. Huit seniors européens sur dix déclarent considérer essentiel d’aider financièrement leurs enfants ou petits-enfants. Une majorité affirme participer régulièrement à leurs dépenses, qu’il s’agisse de logement, d’éducation, de garde d’enfants ou de loisirs.
Cette réalité contredit l’idée d’un désintérêt des aînés pour les problématiques économiques des jeunes générations. Pour beaucoup, la transmission ne se limite pas à l’héritage légal, mais passe par des gestes quotidiens, des donations anticipées ou des contributions ponctuelles. La fiscalité apparaît alors comme un frein potentiel à une solidarité déjà très active.
Plusieurs travaux académiques montrent que les Européens utilisent de plus en plus la donation de leur vivant pour contourner une partie des droits de succession. Mais ces donations restent elles-mêmes encadrées et taxées, ce qui alimente le mécontentement. Dans certains pays, les abattements sont jugés trop faibles ou trop rigides. Dans d’autres, la complexité administrative décourage les transmissions en amont.
La perception de la fiscalité comme pénalisante nourrit un débat de fond : faut-il alléger les droits de succession pour favoriser la circulation du patrimoine, ou les renforcer pour soutenir les finances publiques ? Chaque pays tente d’y répondre selon son modèle social et ses priorités budgétaires. Mais une chose est sûre : la population senior souhaite que la question soit reposée de manière plus transparente.
