Fitch, la dette, Mélenchon : la France au bord du gouffre

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By Jean-Baptiste Giraud
Fitch, la dette, Mélenchon : la France au bord du gouffre
Fitch, la dette, Mélenchon : la France au bord du gouffre - © Economie Matin

Vendredi, l'agence Fitch se penchera sur la note souveraine de la France, et elle « aurait des arguments » pour la dégrader encore. Pendant ce temps, l'hypothèse d'un président Mélenchon annulant 18 % de notre dette circule dans les cercles économiques européens. Bienvenue dans le roman d'horreur des finances publiques françaises.

18 %

La part de la dette française qu'un scénario-fiction attribue à Jean-Luc Mélenchon président pour être purement et simplement annulée — de quoi provoquer un arrêt cardiaque sur les marchés obligataires.

Fitch s'apprête à punir ce que les politiques refusent de corriger

Force est de constater que nous avons un problème grave avec la réalité. Vendredi, Fitch rendra son verdict sur la note souveraine de la France. Et selon les analystes qui ont lu les signaux envoyés par l'agence, elle aurait « des arguments » pour abaisser encore cette note. Des arguments, vraiment ? Permettez-moi de reformuler : elle a des montagnes de preuves.

La croissance française s'est enrayée. Le déficit public dépasse les 6 % du PIB. La dette frôle les 3 200 milliards d'euros. Et pendant que nos voisins allemands ont engagé une cure de rigueur douloureuse mais nécessaire, pendant que la Suisse affiche un budget excédentaire pour la treizième année consécutive, la France continue de vivre à crédit en espérant que personne ne sonnera à la porte.

Fitch ne fait pas de politique. Elle constate. Elle mesure. Et ce qu'elle mesure, c'est l'incapacité structurelle de notre classe politique à dépenser moins qu'elle ne gagne. Une dégradation de note, ce n'est pas une sanction idéologique : c'est une hausse mécanique du coût de refinancement de notre dette. Chaque point de base supplémentaire sur nos obligations, c'est des centaines de millions d'euros arrachés aux contribuables français pour rémunérer davantage nos créanciers. De l'argent qui ne finance ni une école, ni une route, ni un hôpital.

Le scénario Mélenchon, ou comment terroriser un marché obligataire

Thierry Breton a choisi l'exercice du scénario-fiction pour alerter l'Europe. Son hypothèse ? Un président Mélenchon qui annulerait 18 % de la dette française. Certains sourient. Moi, je ne ris pas.

Non pas parce que je crois ce scénario inévitable, mais parce qu'il illustre parfaitement le poison qui ronge la crédibilité financière de la France : l'incertitude politique. Les marchés n'ont pas besoin que la catastrophe se produise pour sanctionner. Il leur suffit qu'elle soit possible. Et aujourd'hui, dans un pays où la dette a été multipliée par quatre en vingt ans sans que personne ne perde son poste pour ça, l'impensable devient pensable.

Je pense que nous sous-estimons dramatiquement le prix de cette incertitude. Les entreprises françaises qui empruntent pour investir paient déjà une prime de risque « France ». Les investisseurs étrangers arbitrent en faveur des Pays-Bas ou de l'Autriche. Et pendant ce temps, nos gouvernements successifs continuent de promettre des dépenses nouvelles pour acheter une paix sociale qui, à ce rythme, sera bientôt financée par nos petits-enfants.

La facture électronique, métaphore d'un État qui contrôle sans se réformer

Dernier signe des temps : au 1er septembre entre en vigueur l'obligation de facturation électronique pour les entreprises. Bonne idée sur le principe. Sauf que près d'une entreprise concernée sur deux n'est toujours pas inscrite sur une plateforme agréée. 148 plateformes homologuées, des mois de délai, et la moitié des acteurs économiques pris de court. C'est la France administrative dans toute sa splendeur : des obligations nouvelles, des délais impossibles, et l'État qui découvre au dernier moment que ses administrés ne suivent pas.

La vraie réforme ne consiste pas à multiplier les contraintes sur les entreprises. Elle consiste à réduire la dépense publique de manière structurelle, à baisser les charges qui asphyxient nos PME, et à rendre à la France la crédibilité qu'elle a dilapidée en vingt ans de lâcheté budgétaire.

Fitch frappe à la porte. Qui ouvrira ?

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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