Frais bancaires : le RN veut les limiter, les banques s’insurgent

Alors que les frais bancaires ne cessent de grimper en 2025, le Rassemblement national tente un coup politique en déposant une proposition de loi pour les encadrer. Ce projet, débattu à l’Assemblée nationale le 30 octobre 2025, met les banques en alerte. Elles craignent de perdre une source de revenus plus que substantiels.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 27 octobre 2025 6h35
La Banque de France anticipe un PIB en hausse de 0,3 % au trimestre prochain
Frais bancaires : le RN veut les limiter, les banques s’insurgent - © Economie Matin
228 EUROSUn compte coûte en moyenne 228 euros par an aux Français.

Le débat sur les frais bancaires revient sur le devant de la scène à la veille d’un vote à l’Assemblée nationale. Ce jeudi 30 octobre 2025, le Rassemblement national (RN) présentera une proposition de loi visant à limiter les coûts facturés aux particuliers sur leurs comptes. Porté par le député Jean-Philippe Tanguy, le texte entend réagir à une nouvelle hausse des tarifs bancaires observée cette année, dans un contexte d’inflation persistante et de tensions sur le pouvoir d’achat. Les établissements financiers, eux, dénoncent un texte démagogique et potentiellement dangereux pour le modèle bancaire français.

Le RN veut plafonner les frais bancaires pour défendre le pouvoir d’achat

La proposition de loi du RN, intitulée « Limiter les frais bancaires injustes », doit être examinée en séance plénière le 30 octobre 2025, selon L’Express. Elle avait été rejetée quelques jours plus tôt par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, lors d’une séance tenue le 22 octobre 2025. Jean-Philippe Tanguy, vice-président du groupe RN, a repris ce texte, initialement porté par le groupe communiste (GDR), après que ce dernier a retiré sa propre proposition pour éviter la récupération politique. Le RN souhaite faire voter ce texte dans sa « niche parlementaire », l’espace réservé à ses propositions législatives.

Le projet entend plafonner plusieurs types de frais bancaires, en particulier ceux liés aux incidents de paiement, à la tenue de compte et aux découverts. Le RN avance un objectif de « justice financière » en ciblant les frais jugés disproportionnés pour les ménages modestes. Dans son exposé des motifs, Jean-Philippe Tanguy estime que « les banques françaises engrangent des bénéfices considérables tout en pénalisant les foyers les plus vulnérables ». Le texte prévoit aussi d’obliger les établissements à communiquer plus clairement les tarifs de leurs services, jugés opaques ou trompeurs par plusieurs associations de consommateurs.

Cette initiative intervient dans un contexte où le coût des services bancaires continue de croître. D’après une étude de l’association CCA, les tarifs bancaires ont augmenté de 3,1 % entre juin 2024 et juin 2025. Cette hausse dépasse encore l’inflation moyenne et frappe directement les ménages. Selon la Banque de France, les frais bancaires avaient déjà progressé de 3,0 % l’année précédente, contre 2,2 % pour l’inflation générale. L’association CLCV, de son côté, observe des hausses dépassant 5 % dans certaines banques.

Pour le RN, ces chiffres justifient une action législative rapide. Le parti d’extrême droite cherche à se positionner comme défenseur du pouvoir d’achat, un thème central de son discours depuis plusieurs années. Le député Tanguy affirme vouloir « rendre de l’air au porte-monnaie des Français » et dénonce « l’inaction » du gouvernement face aux marges bancaires. Le calendrier parlementaire choisi, à quelques mois des régionales de 2026, souligne également la portée politique de cette offensive.

Des banques vent debout face à un texte jugé “démagogique”

Les établissements financiers français ont réagi avec fermeté à la proposition du RN. Les Echos indiquent que les directions de banques, réunies au sein de la Fédération bancaire française (FBF), y voient une tentative de déstabilisation d’un secteur déjà soumis à de fortes contraintes réglementaires. Pour les dirigeants du secteur, la mesure ne prend pas en compte la réalité économique du modèle bancaire.

Frédéric Guyonnet, président du premier syndicat du secteur (SNB), prévient dans L’Express : « Modifier profondément le modèle économique des banques françaises reviendrait à affaiblir un service de proximité auquel nos concitoyens restent fortement attachés. » Les banques rappellent que les tarifs en France demeurent parmi les plus faibles d’Europe et que les frais d’incident, souvent pointés du doigt, sont déjà plafonnés par la loi depuis 2019.

Elles insistent également sur le rôle de la concurrence : dans un marché ouvert, la plupart des clients peuvent changer d’établissement pour éviter des tarifs excessifs. La FBF redoute qu’une nouvelle réglementation ne limite les marges des établissements de détail et n’entraîne des suppressions d’agences. Plusieurs établissements craignent que si les frais sont encadrés, les banques pourraient être contraintes d’augmenter d’autres services, comme les cartes ou les découverts autorisés.

Hausse des tarifs en 2025 : un poids croissant pour les ménages

En toile de fond de cette bataille parlementaire, la hausse continue des frais bancaires alimente la colère des ménages. En 2025, un client type paie en moyenne 228 euros de frais, selon Europe 1. Le montant progressait alors de 1,7 % par rapport à 2024, mais certaines catégories connaissent des hausses bien supérieures. Dans plusieurs établissements, la gratuité a disparu : le coût annuel atteint désormais 24 euros, alors qu’il était nul deux ans auparavant. Moins de 10 % des banques françaises maintiennent encore des comptes sans frais.

Cette inflation des tarifs pèse sur le pouvoir d’achat des foyers, notamment les plus modestes. Les associations de consommateurs soulignent que les frais d’incident (rejet de prélèvements, découverts non autorisés) s’ajoutent souvent aux coûts de tenue de compte, aggravant la facture. En réponse, les banques affirment que la hausse reste contenue et liée à l’évolution des coûts opérationnels.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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