CO₂ : la France cale sur sa trajectoire climatique

Après plusieurs années de recul, les émissions de CO₂ de la France marquent une pause inquiétante. Selon le dernier baromètre du Citepa, la baisse des émissions de gaz à effet de serre a cessé au premier semestre 2025, un signal d’alerte pour la politique climatique française.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 10 octobre 2025 18h30
CO₂ : la France cale sur sa trajectoire climatique
CO₂ : la France cale sur sa trajectoire climatique - © Economie Matin

Au premier semestre 2025, la France voit la courbe de ses émissions de CO₂ se stabiliser. Selon les données publiées le 10 octobre 2025 par le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), le léger rebond de + 0,9 % observé dans la note du premier trimestre, parue en avril, a été révisé : le baromètre du deuxième trimestre fait désormais état d’une baisse d’environ 0,5 % à 0,6 % sur l’ensemble du premier semestre, soit 190 Mt CO₂e contre 191 Mt CO₂e un an plus tôt. Cette quasi-stagnation rompt la dynamique de réduction amorcée depuis la pandémie et fait peser un risque sur la trajectoire nationale de neutralité carbone.

La France face au ralentissement de la baisse des émissions de CO₂

Les données du baromètre prévisionnel du Citepa sont sans ambiguïté. Au premier semestre 2025, les émissions françaises de gaz à effet de serre sont restées quasi stables, à 190 Mt CO₂e, contre 191 Mt CO₂e un an plus tôt, soit une baisse de 0,6 %, selon les premières estimations du Citepa publiées par le ministère de la Transition écologique. Cette baisse de 0,6 % au premier semestre 2025 traduit une quasi-stagnation après une diminution plus marquée de 1,8 % entre 2023 et 2024, soit – 6,9 millions de tonnes d’équivalent CO₂ (Mt CO₂e) selon le rapport Secten 2025 du Citepa. Le ralentissement est confirmé par le communiqué du ministère de la Transition écologique : « Le Citepa, organisme indépendant qui calcule les émissions de gaz à effet de serre de la France, publie aujourd’hui son estimation provisoire des émissions de gaz à effet de serre (GES) en France pour le premier semestre 2025, en baisse de 0,6 % par rapport à la même période en 2024 », précise le ministère, citant le Citepa.

Cette situation intervient alors que la France avait réduit ses émissions d’environ 7 % entre 2022 et 2023, notamment grâce à un hiver doux et à une moindre activité industrielle. Mais la reprise de la consommation énergétique et le redémarrage de certains secteurs pèsent désormais sur la courbe. Dans le détail, le Citepa relève une hausse de 5,2 % des émissions du secteur du bâtiment au premier trimestre 2025, soit + 1 Mt CO₂e, liée à la demande de chauffage durant un hiver plus rigoureux. Le secteur de l’énergie enregistre également une hausse de 0,5 % (+ 0,1 Mt CO₂e), tandis que les transports reculent légèrement de – 2,5 % (– 0,7 Mt CO₂e), conséquence de la baisse du trafic routier et aérien. Ces évolutions opposées aboutissent à une stagnation globale, confirmant la difficulté de maintenir une dynamique de réduction stable dans tous les secteurs économiques.

Une baisse annuelle de seulement 0,8 % prévue en 2025

Si l’on élargit la perspective à l’ensemble de l’année, le Citepa anticipe une réduction limitée d’environ 0,8 % des émissions de CO₂ sur 2025, soit – 2,8 Mt CO₂e. « Pour l’ensemble de l’année 2025, le baromètre prévisionnel estime que les émissions de GES devraient connaître une baisse limitée d’environ 0,8 % », indique l’organisme. Une décélération nette, loin de la moyenne annuelle de – 2,5 % nécessaire pour atteindre les objectifs du plan climat 2030. Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de la Transition énergétique, a réagi, dans un communiqué, en appelant à se « ressaisir, en nous dotant d’un cap énergétique et écologique clair, malgré la situation politique », rappelant que « nous ne pouvons pas baisser les bras après avoir fait si bien : plus de 20 % de baisse depuis 2017. Ce chiffre nous rappelle que nous sommes capables de lutter efficacement contre le dérèglement climatique. ».

Ce discours souligne la tension entre les ambitions affichées et la réalité des chiffres. Les données du rapport Secten 2025 confirment que l’énergie, les transports et l’industrie manufacturière restent les trois principaux contributeurs aux émissions françaises. Entre 2023 et 2024, le secteur de l’énergie a réduit ses rejets de – 3,8 Mt CO₂e, les transports de – 1,5 Mt CO₂e, et l’industrie de – 0,9 Mt CO₂e. Mais ces efforts cumulés semblent s’essouffler, notamment du fait d’une reprise modérée de la demande énergétique et de l’usage accru de combustibles fossiles pour la production électrique.

Un signal d’alerte pour la trajectoire climatique de la France

Ce palier dans la baisse des émissions de CO₂ constitue un signal préoccupant. Alors que la France vise une neutralité carbone d’ici 2050, la stagnation observée début 2025 laisse craindre un retard sur les objectifs intermédiaires du budget carbone 2024-2028, qui exige une réduction moyenne de – 4,7 % par an. Selon Le Monde, cette performance insuffisante tient autant à la reprise industrielle qu’à un essoufflement des politiques de rénovation énergétique. En effet, le nombre de logements rénovés via MaPrimeRénov’ a chuté au premier trimestre, limitant les gains attendus sur les émissions du bâtiment.

Le Citepa rappelle par ailleurs que les puits de carbone (forêts, sols, biomasse) jouent un rôle croissant pour compenser les émissions, mais leur capacité d’absorption reste fragile face au dérèglement climatique. L’organisme souligne qu’une stabilisation prolongée des rejets pourrait compromettre la crédibilité de la trajectoire française dans le cadre du paquet européen “Fit for 55”, qui impose à la France une baisse de – 47,5 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990. En dépit des alertes, le gouvernement mise sur la montée en puissance de la planification écologique et sur la relance de la filière industrielle verte pour redresser la tendance d’ici la fin de l’année. Mais à mi-2025, la réalité est claire, la baisse des émissions de CO₂ en France marque le pas, révélant un ralentissement du virage climatique national.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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